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L’or à tout prix

Posted in Monde by hichambennani on juin 2, 2005

Dahab. Ce coin perdu du golfe de Aqaba commence à devenir une destination de plus en plus prisée. La petite bourgade offre un décor de rêve aux touristes, malheureusement terni par les comportements des autochtones. Etat des lieux.

Dahab, qui veut dire or en arabe a été appelée ainsi par les Bédouins qui voyaient dans le sable local une ressemblance avec le métal précieux. A une heure de route seulement de Sharm El Sheik, la station balnéaire donne sur la mer rouge et offre un paysage de toute beauté. Le village s’étend sur un kilomètre de long et se divise en trois parties.
Assalah est le quartier caché où vivent les gens du cru. La majorité des habitants de Dahab y habitent. Ils sont pratiquement tous d’origine bédouine.
El Masbat constitue une baie arrondie où se trouvent des magasins et des boutiques en tous genres, deux banques, un supermarché, des terrasses de cafés, des petits restaurants et de modestes hôtels.

El Mashraba est la partie la plus calme. Elle est composée de campings, petits hôtels et restaurants charmants. En s’éloignant du centre pour aller vers le sud, on découvre de grandes chaînes hôtelières.

Mentir au touriste

Les hôtels de Dahab vont du plus désuet au plus huppé et proposent des tarifs pour toutes les bourses. De 10 LE la chambre double pour les plus aventuriers à 600 LE pour un hôtel de luxe. On pourra payer environ 100 LE pour un petit hôtel agréable en front de mer. Malheureusement, il faudra être vigilant car la propreté n’est pas toujours au rendez-vous. D’autres incommodités s’ajoutent à cela. Par exemple, l’eau des douches est salée et il n’est pas possible d’avoir une baignoire. A la réception on n’hésitera pas à mentir au touriste pour lui louer une chambre. « Vous voulez une baignoire ! Il n’y en a pas à Dahab, même dans les meilleurs hôtels… » dit Mohammad, un employé d’une pension. Autre inconvénient de taille, les prix des chambres ne sont jamais affichés. Il faut donc négocier. Une chambre à 250 LE pourra être obtenue pour 100 LE. Par contre, les grands hôtels situés de l’autre côté de la crique ont des prix fixes, avec des tarifs préférentiels pour les Égyptiens ou les résidents. Ils ont chacun leur plage privée, proposent leur lot d’activités, sont dotés d’un dispositif de dessalement d’eau de mer et possèdent bel et bien des baignoires. Pour revenir aux petits hôtels, une autre de leurs particularités est qu’ils n’acceptent pas ou sont très réticents à accueillir des Egyptiens. « Pas d’Egyptiens chez moi ! » clame Mustapha, patron d’un de ces hôtels. Il explique cela par le fait que les Egyptiens sont de mauvais payeurs : « J’ai eu beaucoup de problèmes dans le passé, je préfère interdire l’entrée aux Egyptiens pour être tranquille et être sûr d’être payé. » D’autres autochtones du même avis que Mustapha expliquent cette question avec plus de sincérité : « Lorsqu’un Egyptien cherche un hôtel, il veut toujours payer le moins possible et négocie le prix de la chambre pendant des heures. Je préfère attendre qu’un étranger vienne, il me payera plus et ne me cassera pas la tête. » déclare Karim, un commerçant. Il est vrai que les Egyptiens connaissent plus la valeur de la livre égyptienne que les étrangers, ils ne prendront jamais un petit-déjeuner à l’hôtel pour 20 LE par personne en sachant que c’est moins cher chez le voisin. Enfin, pour d’autres, les Egyptiens sont tout simplement une source d’ennuis. Ahmad, vendeur de tapis, approfondit la question : « Les Egyptiens ne viennent pas ici dans le même but que les touristes, pour se dépayser, ils cherchent surtout à passer du bon temps. Alors ils draguent les filles et se comportent mal, je suis persuadé que les gérants d’hôtels ne veulent pas d’eux parce qu’ils ont peur d’avoir des problèmes avec les autorités. Avec les touristes, ils sont plus tranquilles. »
Toutefois, cette pratique demeure taboue et les patrons ont du mal à s’avouer clairement qu’ils exercent une discrimination à l’encontre de leurs propres compatriotes. Cela explique les différents subterfuges auxquels ils ont recours pour empêcher les touristes nationaux d’élire domicile au sein de leurs établissements. Certains prétendent que leur hôtel est complet et d’autres annoncent des tarifs exorbitants en vue de les décourager. D’autres, par contre, affichent franchement la couleur : « Désolé, cet endroit est réservé aux étrangers ! » n’hésite pas à répondre Mustafa à Yohana, un jeune cairote venu passer le week-end à Dahab. Les visiteurs Egyptiens se rabattront alors sur les modes d’hébergement les moins chers donc les moins regardants ou opteront, si leurs moyens le permettent, pour les grandes chaînes hôtelières qui les traitent avec le plus grand professionnalisme et un respect total.

Commentaires en arabe

Les cafés et restaurants de Dahab sont des lieux incontournables. Leurs menus affichent des prix allant de 3 LE pour un thé à 70 LE pour un plat de poisson. Un petit sandwich reviendra tout de même à 10 LE environ et il faudra compter 35 LE au moins pour combler sa faim.
Certains de ces établissements ont même aménagé des tables pour que les touristes mangent les pieds dans le sable. Si on a de la chance, on trouvera du poisson frais, mais ce ne sera pas toujours le cas. Rambo, gérant d’un petit restaurant affirme qu’il est le seul à proposer du poisson frais : « Vous verrez, il n’y a qu’ici que ça se passe comme ça. Je pêche le poisson le matin tôt et vous le fais cuire le jour même. » Pourtant, après vérification, le lendemain, il proposera ce même poisson et s’il n’a pas été mangé, il le proposera à nouveau le jour suivant.

Avant de choisir un endroit pour s’attabler, le touriste devra se confronter à une situation embarrassante. Les harcèlements et interpellations en tous genres se succèdent. L’étranger est un élément de foire, il est au milieu d’une concurrence acharnée qui veut à tout prix l’appâter. Il étouffe. Derrière leurs sourires et leurs mots de bienvenue en anglais, les locaux placent parfois quelques commentaires en arabe, inutile de préciser que ce ne sont pas des louanges : « une fille pareille, tu ne lui parles même pas, tu te contentes de la regarder ! » lance un jeune rabatteur d’un restaurant de la corniche d’El Masbat à un collègue posté quelques mètres plus loin. La remarque visait une passante qui était pourtant au bras de son époux.

Ces endroits, très calmes selon ceux qui vous poussent à y manger, mettent le plus souvent de la musique commerciale, peu appropriée pour ceux qui souhaitent être bercés par le son des vagues pour se relaxer loin des klaxons cairotes. Ces nuisances sonores vous atteindront jusqu’à votre chambre d’hôtel, vous privant ainsi de calme et de sommeil. « Vous serez tranquille ici, c’est l’endroit le plus calme de tout Dahab, pas de musique, que de la tranquillité pour les touristes, beaucoup de familles et donc pas d’ambiance de boîtes de nuits. » C’étaient les propos du patron d’un petit complexe hôtelier. Une description qui s’est avérée fausse à la tombée de la nuit.

S’il n’est pas trop épuisé par le manque de sommeil, le voyageur aura l’embarras du choix pour agrémenter ses journées. Plongée sous marine, randonnée dans le désert, balade à cheval ou en dromadaire et bronzage au soleil. La dernière possibilité étant évidemment la moins coûteuse, car tout se négocie à Dahab.
Afin d’explorer les fonds marins, les clubs de plongée proposent des tarifs en Euros ou en Dollars : les prix vont de 35 à 300 euros en fonction des formules choisies.
Pour le cheval, il faut compter minimum 30 LE pour une promenade d’une heure. Se balader à dos de dromadaire revient moins cher : 15 LE l’heure. Cela dit, le moyen de transport le plus pratique pour se déplacer entre les différentes zones reste le taxi. Toutefois, les taxis de Dahab, à l’instar de leurs homologues cairotes, tentent de soutirer un maximum d’argent aux visiteurs. Alors qu’un habitant du village ne sortira qu’une livre de son porte-monnaie, le touriste devra débourser au moins 5 LE, le chauffeur de taxi lui réclamera parfois jusqu’à 50 LE.

Le plus grand trésor de Dahab est finalement le spectacle des couleurs qui s’entrelacent au bon vouloir du soleil pour le plus grand plaisir des yeux. Lorsque le soleil se couche, les montagnes qui dégringolent dans la mer deviennent rouges, se reflétant alors sur l’eau qui se retrouve colorée par une fascinante illusion d’optique. Ces paysages qui se profilent à l’horizon ne sont autres que l’Arabie Saoudite, à seulement une demi-heure en bateau. Si proche et si lointaine à la fois.

Hicham Bennani

-Texte inédit-

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