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Nouzha Skalli, Ministre du Développement social, de la famille et de la solidarité

Posted in Interviews by hichambennani on janvier 1, 2008

« Au Maroc, il y a une tendance au scepticisme qui fait qu’on tire sur tout ce qui bouge »

Propos recueillis par Hicham Bennani en janvier 2008

Éternelle militante pour les droits de la femme, Nouzha Skalli fait partie des sept femmes nommées au gouvernement El Fassi. Elle revient sur l’étendue de son rôle, ses positions et ses déterminations.

Vous avez toujours été une militante, votre nomination représente-t-elle un aboutissement ?

Nouzha Skalli – Oui c’est un aboutissement. Il est vrai que je suis passée par toutes les «classes» de la politique depuis plus de 30 ans. Rien n’a été très facile, je me suis présentée 7 fois aux élections avant d’être élue municipale et 10 fois avant d’être élue parlementaire.

Comment vous sentez-vous dans votre nouveau poste de ministre ?

N.S. – Je sens que j’ai une immense et lourde responsabilité. Gérer une maison ce n’est pas évident. Gérer un quartier c’est beaucoup plus difficile. Gérer une ville c’est énorme. Gérer un pays entier c’est gigantesque. Ce sont des mécanismes dans lesquels on n’agit pas tout seul. Dire que l’on va travailler et qu’on aura des résultats assurés ce n’est pas évident. Il faut agir sur une dynamique. Cependant, je suis optimiste car lorsqu’on fait bien les choses, il y a beaucoup de chances d’obtenir un résultat positif.

Quelles sont les décisions que vous voulez prendre ?

N.S. – A l’échelle du pays tout entier, pour avoir une action réussie, il s’agit de créer un cadre favorable, de promouvoir la bonne gouvernance. Il faut promouvoir une méthodologie maîtrisée et élaborer des stratégies rigoureuses pour réaliser les objectifs fixés. Ces objectifs doivent être déclinés à travers toutes les régions, toutes les provinces, voire toutes les communes du pays. Réaliser ces actions soi-même est impossible sachant qu’il y a 1540 communes au Maroc. Il est plus efficace de renforcer les acteurs locaux et d’adopter des mesures pour favoriser la bonne gouvernance. Par exemple, la participation des femmes dans les communes est une mesure à portée stratégique. Les femmes sont proches des problèmes sociaux et des besoins quotidiens de la famille. Il faut leur donner la possibilité de renforcer leur pouvoir.

Vous faites référence par exemple à l’INDH…

N.S. – Il y a beaucoup d’incompréhension autour de l’INDH. Cette initiative est pourtant très noble. Le point de départ de l’INDH était de cibler les communes les plus pauvres et les quartiers défavorisés et de les aider à combler leur déficit tout en poursuivant l’action gouvernementale de développement au niveau de l’ensemble des communes. 10 milliards de Dh sur 5 ans sont prévus. Pour que la démarche réussisse, il faut cependant l’adhésion de la société. Or malheureusement au Maroc, il y a une tendance au scepticisme qui fait qu’on tire sur tout ce qui bouge.

Revenons au gouvernement. Il a mis un certain temps à se constituer. Que pensez-vous de la décision finale ?

N.S. – On peut parler d’un processus démocratique qui a eu des points faibles et des points forts. Le gouvernement de Jettou avait été très critiqué, surtout au début de sa création parce que le Premier ministre n’était pas issu des partis politiques. On oublie souvent que si ce Premier ministre a été nommé à l’époque, c’est parce que les deux premiers partis politiques ne s’étaient pas entendus sur une vision commune. La nomination du chef du premier parti à la tête du gouvernement fait partie de la méthodologie démocratique. Une démarche à saluer !
Le gouvernement a des atouts. Il ne faut pas négliger le fait qu’il y a 7 femmes au gouvernement, ce qui est une première au Maroc. Cela manifeste une volonté de rupture avec les stéréotypes et les idées du passé et c’est de rupture que notre démocratie a besoin pour avancer. Aujourd’hui, ce sont des ministères à portée stratégique qui sont confiés à des femmes. Cela marque une nouvelle orientation. Sa Majesté a montré que le Maroc était capable de se montrer « up to date » (à jour) par rapport aux orientations internationales. Il a vraiment créé positivement l’événement.

Vous évoquez de manière positive la nomination d’Abbas El Fassi. Pourtant, cette nomination à été assez critiquée. Comment réagissez-vous à ces critiques ?

N.S. – Abbas El Fassi est le secrétaire général du premier parti. Ce parti a gagné la confiance de la majorité relative des électeurs. C’est normal que son Secrétaire Général ait été nommé à la tête du gouvernement et c’est conforme à la méthodologie démocratique à laquelle n’ont cessé d’appeler les partis politiques à l’époque de Driss Jettou. Je pense que Abbas El Fassi a de grandes qualités sur le plan humain. Il a une grande expérience en politique et dans la gestion des affaires publiques. Ce qui me laisse confiante concernant la réussite de ce nouveau gouvernement.

Comment évaluez-vous le pouvoir de Fouad Ali El Himma ?

N.S. – Je ramène les choses à leur dimension légale et légitime. Il s’est présenté aux élections comme tout citoyen en a le droit. Il a rencontré un succès exceptionnel que chacun est libre de commenter. Il a constitué un groupe parlementaire. Je ne vois pas ce qu’il aurait fait de critiquable sur le plan politique.

Mais son pouvoir actuel n’est-il pas trop étendu ?

N.S. – Je ne comprends pas ce à quoi vous faites allusion. Il n’a pas de fonction aujourd’hui au sein du gouvernement. En tant que parlementaire, il a été élu Président de la commission des affaires étrangères, et à ma connaissance, le pouvoir qu’il exerce s’inscrit parfaitement dans les fonctions qui lui ont été dévolues.

Selon vous, est-ce que le PJD est un parti politique ?

N.S. – Oui bien sûr. Mais ce qui le distingue, c’est son identité première qui est celle d’un parti islamiste. Sa première grande sortie médiatique et politique était contre le plan d’action pour l’intégration des femmes au développement. Dans cette lutte, il avait largement instrumentalisé la religion à des fins politiques. Depuis, ce parti a évolué. Mais il a malgré tout du mal à trouver ses marques. Il semble faire des efforts pour s’intégrer à la vie politique démocratique du pays avec une idéologie particulièrement conservatrice et moralisante.

Quels enjeux pour 2008 ?

N.S. – Me concernant, ce sera le bilan de ma première année à la tête du Ministère du développement social, de la famille et de la solidarité. Sur le plan politique, les partis doivent se restructurer en renforçant leur démocratie interne et leur ouverture pour davantage de modernité et d’efficacité. Nous avons besoin d’avoir des instruments forts pour réussir les élections communales de 2009. Celles-ci devront encore une fois marquer la rupture avec le passé en matière de participation démocratique et de représentation des femmes et des jeunes. 2008 sera peut-être l’année qui marquera la fin du conflit concernant nos provinces du Sud et par conséquent la mise en œuvre de l’autonomie de ces provinces. Ce serait une avancée historique majeure qui nous ouvrirait l’opportunité de construire l’unité du grand Maghreb Arabe !

BIO

1950 Naissance à El Jadida

1974 Diplômée de l’université de Montpellier en pharmacie

1988 Membre fondatrice de l’Organisation Marocaine des Droits Humains (OMDH)

1992 Fondatrice du Comité National pour la Participation des Femmes à la Vie Politique

2002 Députée du Parti du Progrès et du Socialisme (PPS) à la chambre des représentants

2003 Chef du Groupe Parlementaire de l’Alliance Socialiste

2007 Nommée ministre du Développement social, de la famille et de la solidarité

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