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MAROC-JORDANIE

Posted in Maroc by hichambennani on janvier 15, 2008

Pacte avec les Hachémites

La première visite officielle au Maroc du Roi Abdallah de Jordanie depuis son intronisation en 1999 s’est achevée mardi 15 janvier. Que retenir de cette rencontre entre les deux pays ?

Durant trois jours à Marrakech, le Roi Abdallah II, accompagné de la Reine Rania, a été reçu par le souverain Mohammed VI et son épouse Lalla Salma, ainsi que par les membres de la famille royale. Au terme de ce voyage, les deux chefs d’Etats ont largement mis en avant leur « parfaite convergence de vue » sur les éternels grands dossiers que sont les territoires palestiniens, la question du Sahara, la situation au Liban, l’Irak et les pays africains en difficulté. Le renforcement des échanges commerciaux entre les deux « peuples frères » selon les propos de Abdallah II, aura constitué le fait marquant de cette visite. « Les deux pays sont signataires de l’accord d’Agadir, un accord de libre-échange signé en 2004 et entré en vigueur en mars 2007 » a indiqué Amer Al Hadidi, ministre jordanien de l’Industrie et du Commerce. Les relations économiques entretenues par le Maroc et la Jordanie n’avaient donc besoin que d’une impulsion pour s’élancer. C’est désormais chose faite. Trois accords de coopération ont été signés. De gigantesques projets de développement vont voir le jour. Des investissements d’un montant global de 15,3 milliards de Dirhams vont se réaliser dans les deux royaumes. Le partenariat entre la Caisse marocaine de dépôt et de gestion (CDG) et la Société jordanienne Mawared va permettre la transformation des anciens camps militaires jordaniens de Zarka en un centre commercial et urbain. Ce sera sans doute « le plus grand projet de l’histoire de la Jordanie » n’a pas hésité à avancer Mustapha Bakkoury, Directeur Général de la CDG.

Royaume-tampon

La situation géographique du Maroc et de la Jordanie les confronte à des problèmes avec leurs voisins, ce qui les contraint depuis longtemps à s’aligner sur Washington. Si le Maroc doit composer avec l’Espagne et l’Algérie, la Jordanie quant à elle, n’est pas mieux lotie de par sa posture de « Royaume-tampon » entre Israël, l’Irak, la Syrie, l’Arabie Saoudite et les territoires palestiniens. La position stratégique de la Jordanie a motivé les Américains à soutenir le pays et sa monarchie. Dépendant économiquement de l’aide extérieure, ce Royaume a toujours jonglé entre une politique pro-occidentale et une attitude digne face à la susceptibilité des pays arabes. La construction d’un nouvel ordre démocratique en Irak et la résolution de l’équation israélo-palestinienne demeurent intrinsèquement liés à l’épanouissement de la Jordanie. Le Maroc, pour sa part, est un acteur essentiel de la présence américaine au sein du Maghreb et du Proche-Orient. Ses enjeux territoriaux l’obligent à avoir des relations privilégiées avec les Américains. « Il n’y a plus actuellement dans le monde que deux territoires occupés par l’étranger : la Palestine, et Sebta et Melilla » a récemment déclaré le Premier ministre Abbas El Fassi. Clin d’œil à l’histoire, le lundi 14 janvier avait lieu le 65ème anniversaire de la conférence d’Anfa, qui marqua un tournant dans les relations entre le Maroc et les Etats-unis. Cet évènement contribua à accélérer le processus de libération sous l’indépendance.

Le rôle de l’armée

Une comparaison plus approfondie entre ces deux pays arabes explique l’engouement de Abdallah II pour le Royaume chérifien. Les deux peuples, profondément attachés à la religion, partagent les mêmes idéologies. Les manifestations de soutien à l’Irak en 1991 et à la Palestine en 2002 dans les rues de Rabat et d’Amman en témoignent. En remontant dans le passé, on constate que Hassan II et Hussein de Jordanie avaient le talent nécessaire pour rassurer habilement leurs sujets. Ces leaders charismatiques se sont positionnés en fervents défenseurs de la religion, tout en conservant un pouvoir absolu. Autre point commun à signaler, le rôle de l’armée a été sur bien des plans comparable, d’un côté comme de l’autre. La défense de l’intégrité territoriale trace un parallèle entre les deux anciens monarques. Tous deux sont morts en 1999. Ils ont légué à leurs successeurs, âgés de 37 (pour Mohammed VI) et 38 ans (pour Abdallah II) à l’époque, un lourd héritage. Les deux souverains actuels ont donc eux aussi des points communs frappants. Leur accession au trône était attendue au tournant. Ils font face jusqu’à présent aux difficultés que leur impose leur position et aux défis de la modernité. Le tableau des analogies s’arrête là…ou presque.

Pas de reine en Islam

Les épouses des deux hommes, l’une reine, l’autre princesse n’ont pas exactement la même image, ni le même rôle au sein de leurs sociétés respectives. Rania est classée 82ème femme la plus puissante du monde par le magazine Forbes. Elle est également membre du World Economic Forum, créé en 1971 et qui se définit comme « une organisation internationale indépendante investie dans l’amélioration de l’état du monde en engageant des leaders dans les associations ». Pour couronner le tout, la beauté et l’élégance de cette reine font l’unanimité dans le monde arabe et partout ailleurs. On lui reprochera le décalage entre son côté glamour et la réalité de son pays.
Lala Salma, même si elle joue un rôle non négligeable au Maroc, n’a pas le pouvoir de son homologue jordanienne. Pour justifier son statut de princesse, elle avait déclaré à Paris Match en 2001 : « Il n’y a pas de reine en Islam, et donc la question ne se pose pas ». Mohammed VI, en faisant allusion à la Jordanie, avait alors précisé : « En tout cas pas au Maroc » ! Quoi qu’il en soit, Lalla Salma, prend de plus en plus ses aises dans le Royaume chérifien. Ses activités diplomatiques et associatives la rendent de plus en plus indépendante. Elle donne ainsi l’exemple à une partie de la société encore trop renfermée. Les deux femmes se sont rendues à un centre pour enfants en situation précaire lundi 14 janvier dans la ville ocre.
Maroc et Jordanie, malgré tout ce qui les rapproche, restent tout de même deux pays très distincts. Leur coopération aura, à n’en pas douter, des rebondissements positifs sur leur économie, leurs problèmes politiques et leur lien avec l’Oncle Sam.

Hicham Bennani

Le Journal Hebdomadaire, janvier 2008

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