Maroc Infos

Portrait : Yasmina Baddou

Posted in Politique by hichambennani on janvier 26, 2008

Désirs d’avenir istiqlaliens

par Hicham Bennani

Fraîchement désignée à la tête du ministère de la Santé, Yasmina Baddou hérite d’une institution malade. Comment en est-elle arrivée là et de quelle manière gère- t-elle son nouveau statut ?

Nous sommes le lundi 21 janvier. Une centaine d’infirmiers et d’infirmières manifestent devant le ministère de la Santé à Rabat. Arrive alors Yasmina Baddou. La nouvelle ministre de la Santé a du mal à se frayer un chemin pour pénétrer dans son fief. Elle évite le plus possible la foule avec laquelle elle s’est déjà entretenue maintes fois, sans pour autant éviter ce sit-in qui perdure depuis 20 jours. Cette istiqlalienne de sang n’en est pas à ses premiers obstacles. Fille de Abderrahmane Baddou, ancien membre du comité exécutif du Parti de l’Istiqlal, ex-ambassadeur et ancien secrétaire d’Etat aux Affaires Etrangères sous l’ère Boucetta, elle a toujours baigné dans la politique. Yasmina Baddou a décroché son baccalauréat à Marseille au lycée Mongrand et s’est ensuite lancée par choix dans des études de droit à l’université Mohammed V de Rabat. Sa carrière juridique débute en 1990. Avocate au barreau de Casablanca, elle ne tarde pas à se faire remarquer et à travailler avec de gros calibres comme l’actuel patron de la RAM, Driss Benhima. « J’appartiens toujours à la famille de la justice. Après avoir terminé ma mission, il est certain que je reviendrai au barreau parce que c’est mon métier » indique aujourd’hui l’épouse de Ali Fassi Fihri, directeur général de l’ONEP. Parallèlement, l’Organisation de la femme istiqlalienne a toujours constitué son cheval de bataille. Dès l’âge de 25 ans, elle fait son entrée en politique et milite aux côtés de Latifa Bennani Smires (première femme à avoir été élue au Parlement en 1993). La protégée du clan «fassi» poursuit un chemin, en apparence tranquille, qui la conduira, à travers de nombreuses activités, à devenir secrétaire de section à Anfa. Cette mère de trois filles explique qu’elle a toujours eu la profonde conviction que c’était à travers l’action politique que l’on pouvait agir.

Ex-secrétariat d’Etat noyé

Par «devoir», elle se présente comme tête de liste à la circonscription de Casa Anfa en croyant dur comme fer au renouvellement de la classe politique. «On est tous dans un microcosme où l’on a tendance à critiquer la classe politique. Au lieu de critiquer, pourquoi ne pas prendre le cours des choses et s’engager pleinement ? » se questionnait-elle avant son sacre de députée en septembre 2002. Juste après, elle brigue le secrétariat d’État à la Famille, la Solidarité et l’Action sociale. Et même si elle ne cache pas sa préférence pour la Justice, la Jeunesse et les Sports ou encore la Culture, Yasmina Baddou s’attelle à la tâche. A l’époque, elle collabore, selon ses propos, « en parfaite harmonie et coordination » avec un Ministère de l’Education Nationale qui était pourtant connu pour ses complexités. Aujourd’hui, son ancien Secrétariat d’Etat n’est plus une entité à part entière. Il fait partie du Ministère des Affaires Sociales. Pour certains observateurs, il s’agit d’une régression car son ex-secrétariat d’Etat serait « noyé » dans le ministère de Nouzha Skalli. En rusée diplomate, Yasmina Baddou ne partage pas cet avis : « J’ai toujours plaidé pour que ce soit un seul ministère, pour qu’il soit mieux armé et mieux outillé pour être en mesure d’accomplir sa mission. C’est donc une excellente chose. » Malgré tout, la juriste plaide pour la continuité et la poursuite de toutes les actions qu’elle a enclenchées. Parmi ses nombreux efforts pour les personnes « en détresse » (handicapés, malades, démunis…), on notera son initiative de création d’un Samu social (service médical d’urgence). Une idée qui lui est venue lors d’une visite au Samu social de Paris en novembre 2003. Trois ans plus tard, le Samu social de Casablanca sera inauguré par le Roi. Elle y joue un rôle aujourd’hui encore car le Samu social se trouve dans l’arrondissement d’Anfa, qu’elle présidera jusqu’en 2009. N’hésitant pas à se frotter à la réalité, elle gardait en permanence le contact avec ses électeurs de la commune d’Anfa qui compte plusieurs bidonvilles et une grande majorité de personnes appartenant aux classes défavorisées (80%). Une stratégie dont elle use encore aujourd’hui : « Je ne suis pas une femme qui reste uniquement dans son bureau. Il n’y a que le terrain qui peut vous éclairer sur les dysfonctionnements. C’est ce qui m’a permis, en l’espace de deux mois, de comprendre les mécanismes à mettre en place. »

La « Ségolène Royal » marocaine

Femme de terrain, Yasmina Baddou est surtout une grande communicatrice. Elle sélectionne avec des gants de velours ses interventions et donne peu d’interviews aux médias. Même la presse féminine a du mal à l’approcher. Et si officiellement elle communique sur son action et ses résultats, cette figure féminine a toujours soigné son image. Consciemment ou pas, elle compose avec le fait d’être une femme dans la société marocaine, et d’être une femme tout court, dans l’arène de la politique. Pour rester proche et respectueuse des habitants des bidonvilles, elle ne néglige rien. A titre d’anecdote, elle préfère s’attacher les cheveux pour ne pas heurter leurs mœurs. « C’est la proximité avec les personnes qui m’a permis de briguer mon siège par rapport à des personnes qui étaient gagnantes de loin… » explique la ministre. Eté 2007, la « Ségolène Royal » marocaine (dans le sens où elle est une femme qui communique) n’hésite pas à employer les grands moyens pour sa campagne de « députation » qui se déroule du 24 août au 6 septembre. Saga Communication, une des plus grosses agences de communication marocaines avec à sa tête Chakir Fassi Fihri, l’accompagne dans l’aventure et par la même occasion, prend en charge la campagne de son parti pour l’élection parlementaire de 2007. Affiches, flyers, dépliants, émissions radio, tout l’arsenal est déballé. Le style, mais aussi la forme des supports utilisés ont impressionné les autres partis. Ils n’ont pu que constater l’écart entre leurs moyens de communication et ceux de l’Istiqlal. « Ces 5 années passées à vos côtés m’ont permis de mieux vous connaître et de comprendre vos préoccupations. Aujourd’hui, je souhaite continuer à être à votre écoute et à répondre à vos attentes » pouvait-on lire dans les deux langues sur les tracts distribués à la population. « Je ne communique que très rarement par rapport à moi-même » tient à préciser la ministre. Pourtant, ses tracts de campagne indiquaient clairement : « Yasmina Baddou, une femme d’engagements » ou encore « Consolider et construire avec Yasmina Baddou ». Sans parler de sa photo qui figurait sur le document en question, travaillée et étudiée aux petits soins par Saga. Depuis le mois de mai, Yasmina Baddou n’a pas pris de vacances. Ministre de la santé le 7 octobre 2007, elle assume parfaitement son nouveau statut de gestionnaire. Avant son arrivée, pratiquement tous les hommes à son poste avaient un lien avec la médecine

Les brebis galeuses de la santé

Placée dans un secteur mal en point, Yasmina Baddou veut bouleverser les choses, progresser et ne pas forcément accepter la donne : « Tous les ministres tiennent les rênes de leurs ministères, il ne faut pas avoir peur qu’on vous tire dessus, ou d’ébranler certaines choses… J’aurais pu me dire, je vais être gentille avec tout le monde et me plaire dans mon nouveau statut, mais ça ne m’intéresse pas ». Elle se dit confiante dans le potentiel humain qui existe à la santé, bien qu’il y ait toujours « quelques brebis galeuses ! » et veut faire « un peu de nettoyage » afin de lutter contre la corruption et de « moraliser » le secteur de la santé. Comme solution, elle propose de vrais « managers » d’hôpitaux. Mais les problèmes les plus menaçants au sein de son ministère sont tout autres. Les infirmiers qui manifestent à Rabat lui reprochent son manque de collaboration et une méconnaissance des problèmes de la santé. L’affaire remonte au 10 mai 2007. Une décision ministérielle annonce la mise en place d’un concours que devront passer tous les infirmiers avant d’être embauchés. Yasmina Baddou, qui, faut-il le préciser, n’était pas ministre à cette date, ne comprend pas leur mécontentement, alors qu’elle leur a assurés à tous qu’ils trouveraient un emploi. « Ils vont passer un examen et seront sûrs à la sortie de travailler, alors je ne comprends pas où est le problème… » De leur côté, les infirmiers ne voient pas l’intérêt de passer un concours, après être passés par des années d’études à la fois pratiques et théoriques. Jusqu’à présent, tous les concours ont été boycottés. « Vu qu’elle fait partie du même parti que le premier ministre, nous ne devrions pas avoir de problèmes ! A eux deux ils peuvent tout régler en 24 heures ! » s’insurge Rabii Bardaouh, membre du comité national de coordination des lauréats et étudiants des instituts de formation aux carrières de Santé. Poussée dans ses retranchements, la ministre de la santé rétorque : « Le ministère de la santé forme des infirmiers mais est-il obligé de les recruter pour autant ? Le ministère du commerce extérieur forme des Iscaistes ? Est ce que cela veut dire qu’ils vont manifester pour être embauchés ? » Elle pense que les infirmiers ne réalisent pas la chance qu’ils ont d’avoir un diplôme qui leur assure un emploi au Maroc et en déduit qu’ils sont tout simplement induits en erreur. Mercredi 23 janvier, environ 1200 infirmiers et sages-femmes s’étaient donné rendez-vous devant le Parlement pour réclamer leurs droits. Le lendemain, Yasmina Baddou les recevait au ministère pour tenter de trouver une solution à ce casse-tête. En vain pour le moment.


BIO Yasmina Baddou

1962 : naissance à Rabat 1988-1990 : avocate stagiaire auprès du cabinet Chaoui et Bruno à Rabat

1991 : ouvre avec son père un cabinet spécialisé en Droit des Affaires 1994-1996 : intègre la BCM en tant que directeur adjoint au département juridique 2002 : élue députée de la Circonscription de Casablanca-Anfa

2002 –2004 : Secrétaire d’Etat auprès du Ministre de l’Emploi, des Affaire Sociales et de la Solidarité chargée de la Famille, de la Solidarité et de l’Action sociale

2004 –2007 : Secrétaire d’Etat auprès du Ministre de Développement Social, de la Famille et de la Solidarité chargée de la Famille de l’Enfance et des Personnes Handicapées 2007 : réélue députée de la Circonscription de Casablanca-Anfa

Le Journal Hebdomadaire, Janvier 2008

Advertisements
Tagged with: ,

Une Réponse

Subscribe to comments with RSS.

  1. agourram said, on juillet 15, 2009 at 11:26

    cher madam badou yasmina
    bonjour,je viens par ma lettre suivante pour vous demander d’aide .suis 1 jeune marocainne agée de 47 ans handicapée d1 sourdité total adhérante d1 carte de la sociation l’ avenir d’handicapé. ayant suiveé des traitement au fac dentaire à casa .mais la direction m’on demandé de payer le prix de traitement . comme je suis sans travail et je vis dans des situation difficille . il m’est impossible de regler mon probleme . je vous pries madame le ministre de contacter la direction du fac d’entaire afain de continuer les traitement .avec tous mes remercemnts . je vous pris madame d’agéer mes plus pronds respects.
    de aicha agourram n de mon dossier de traitements 771/09


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :