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Mahjoubi Aherdane, Président du Mouvement Populaire

Posted in Interviews by hichambennani on février 3, 2008

Interview

Propos recueillis par Hicham Bennani en février 2008 (texte inédit)

« Si le club de El Himma est capable de nous bouffer, qu’il le fasse ! »

photo Alexandre Dupeyron

Dans l’intimité de son atelier d’artiste, le dinosaure du Mouvement Populaire (MP) s’exprime en toute sincérité en respectant ses adversaires.

«Nous n’avons pas acquis l’indépendance pour perdre la liberté ». Pouvez-vous commenter cette phrase tirée du livre Aherdane ou la passion de la liberté de Moha Khettouch ?

C’est la phrase sur laquelle s’est construit le MP. La liberté se gagne, elle ne se donne pas. Le fils du berger a les mêmes droits que le fils du ministre. Le Maroc est un chantier. Arrivés à l’indépendance, nous avons voulu exercer un pouvoir que nous n’avions même pas compris. Il faut maintenant donner à chacun ce qu’il mérite. C’est la mission des hommes politiques. S’ils ne sont pas au service du pays, il y a exploitation. Nous voulons que cette exploitation cesse.

Quel est l’état actuel du MP ?

Actuellement nous sommes dans une phase d’union et de réorganisation. Nous avons vaincu nos réticences et nos divisions. On s’organise car il faut être dans les règles. Le MP doit reprendre son ancien essor. Certains ont absolument voulu nous faire passer pour des gens du Maghzen afin de diminuer notre importance. Nous sommes dans l’opposition et ce n’est pas nouveau. J’ai toujours été pratiquement dans l’opposition en défendant des idées qui n’étaient pas acceptées.

Lors de la dernière conférence de presse du MP, il y a eu beaucoup de remises en question, de critiques…

Il y a des instances : le conseil national, le comité central, le bureau politique. Ceux qui veulent critiquer ont le droit de le faire. Mansouri et d’autres ont été renvoyés du mouvement. Qu’est ce que ça a donné finalement ? Il n’y a pas de crise. Chacun a dit ce qu’il avait à dire pour pouvoir aboutir à un consensus.

En cas de crise, le MP serait-il prêt faire partie du gouvernement ?

Oui pourquoi pas, rien n’est impossible. S’il y a un parti politique, il faut bien qu’il soit au gouvernement mais pas à n’importe quel prix, c’est une question d’organisation. Il faudra tout revoir. Il faut servir et non se servir.

Il y a une polémique depuis un moment sur votre place au sein du MP. Pourriez-vous nous éclairer sur ce point ?

Je n’ai jamais donné de démission. Je ne suis pas payé ! A chaque congrès j’ai toujours dit que l’on pouvait proposer une autre personne à ma place. C’est ce qui va se passer la prochaine fois. Je vais tenter de m’éloigner, mais les acquis doivent rester en place, même s’ils risquent d’être emportés dans les rouages exécutifs de tous les jours. Je suis président jusqu’au congrès, après on verra. Il y a un président, il a un secrétaire général et il y a son adjoint. Demain il faudra juste un secrétaire général avec des structures solides. Personnellement, je tâcherai de servir mon pays, même de loin. Si le mouvement peut marcher sans moi, ce sera le plus grand jour de ma vie. S’il ne peut pas, j’adopterai une attitude pour continuer à aider tout en poursuivant mes autres activités.

Quant est-il de la question de l’amazighité ?

Le problème a été posé bien avant la création du mouvement. L’amazighité est le sous bassement de notre marocanité et l’exigence de notre identité. Il est temps d’y penser sérieusement.

Que pensez-vous de l’actuel Premier Ministre ?

Se prononcer pour ou contre Abbas El Fassi, ce serait rentrer dans les prérogatives du Roi. Il a choisi Abbas El Fassi… que ce dernier s’acquitte simplement de sa mission. Si Abass El Fassi travaille bien, pourquoi pas ? Mais si il y a des anomalies et que ça ne va pas, le Maroc aura besoin de quelqu’un d’autre pour faire le travail. Dernièrement le Premier Ministre a fait une déclaration nous concernant où il a escamoté certaines vérités. Abbas Al Fassi a dit que le mouvement n’était plus engagé… Un communiqué va sortir pour rétablir la vérité. Vous comprendrez alors pourquoi on est dans l’opposition et pas dans le gouvernement.

Que dire du taux d’abstention record ?

Il y a un malaise, des gens qui sont laissés pour compte. Il faut une justice. Nous parlons de démocratie mais est-ce qu’elle existe réellement ? La vrai démocratie existait avant. A l’époque des tribus les gens réglaient mieux leurs problèmes. Maintenant il y a le Qaid, le pacha, le juge, le gendarme…ça ne va pas. On a tout changé sans tenir compte des réalités. Mais aujourd’hui que nous a-t-on donné ? Quelqu’un qui vient du grand Atlas ne sait même pas où se trouve le tribunal, c’est terrible.

Quelle est votre position par rapport à la monarchie ?

La monarchie est essentielle pour le pays. Sans monarchie, le Maroc serait différent. Aujourd’hui on peut dire au Roi quand les choses vont bien et on peut lui dire quand elles vont mal. Le Roi est là, la monarchie est là et la stabilité est là. Imaginez le Maroc comme le Tchad… Les dynasties ont changé, mais le Maroc est resté stable. Un jour, La Pera, maire de Florence était invité chez moi à Oulmes. Il a rencontré les notables de la tribu et leur a dit : « Je comprends maintenant pourquoi vous avez un Roi, parce que vous êtes tous des Rois. Un peuple de Rois ne peut avoir comme chef qu’un Roi ! ».

Que pensez-vous des nouvelles actions d’El Himma ?

El Himma en est au début de son expérience. C’est un Marocain comme les autres, il a le droit de créer un club politique, mais à condition de le faire comme tous les marocains dans les meilleures conditions possibles. S’il peut apporter quelque chose de nouveau pourquoi pas ? Mais le Roi est à tout le monde, pas seulement à El Himma. Chacun de nous a sa part dans la monarchie. El Himma, moi et tout le monde. Le Roi est au-dessus des démêlés politiques partisans. Avec la création du mouvement populaire, les libertés publiques ont été promulguées, donc on ne peut pas être contre la création d’un parti politique. Mais il ne faut pas pousser les gens à créer des partis parce qu’on disperse les potentialités. Il ne faut pas dépasser les limites. Si c’est un club, j’y adhérerai… Si c’est un parti, c’est une autre histoire. Aujourd’hui on parle de démocratie. Ceux qui ont adhéré au club seraient donc des démocrates et les autres pas ? On reproche à El Himma d’être proche du Roi. L’essentiel est qu’il n’exploite pas cette donnée. Ceux qui lui reprochent ça n’ont qu’à se joindre à lui. S’ils veulent mordre à l’hameçon comme des poissons, qu’ils le fassent. Il n’y a pas à tirer de sonnette d’alarme. Après tout, s’ils sont capables de nous bouffer, ils n’ont qu’à nous bouffer !

Etes-vous proche du PJD ?

Abdelkrim Khattib qui est à la tête du PJD était mon compagnon aussi bien sur le plan politique que dans l’armée de libération. Une fois, je devais prendre position pour le Kosovo avec le PJD. J’ai dit qu’il fallait se prononcer avant la nuit. Mais ils ont préféré d’abord faire la prière et nous sommes arrivés à la tombée de la nuit. Nous sommes tous musulmans. Il y a des gens qui font la prière à heure fixe et d’autres qui s’arrangent autrement. Là est notre différence. L’Islam date de plus de 1000 ans, alors ce n’est pas aujourd’hui que nous allons le définir. Le fait de mettre des femmes en cagoules est intolérable. Je lis un livre en ce moment ou il est écrit : « Mohamed revient et ils sont tous devenus fous ». Il raconte qu’une femme qui a simplement appris à lire et à écrire à été tuée. Je pense que le PJD n’a rien à voir avec ça. Au fond, ce n’est pas une mauvaise chose de revenir à la religion, car à force de vivre dans ce monde perturbé, on se demande si Dieu existe.

Homme politique, vous êtes aussi peintre et poète…

J’ai toujours voulu écrire depuis mon plus jeune âge. Pendant la période où j’ai été mis à l’écart j’ai écrit beaucoup de livres. Mon prochain ouvrage est un livre de peinture qui va être publié aux éditions Le regard. Tant qu’un homme peut donner, il doit le faire. La politique c’est une manière de servir pour des patriotes. L’art est une expression qui apporte quelque chose à son pays pour laisser des choses.

BIO EXPRESS

1921 : Naissance à Oulmès
1956 : Création du MP
1958 : Emprisonné
1961 : Ministre de la défense nationale
1965 : Ministre de l’agriculture
1977 : Ministre des télécommunications

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Une Réponse

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  1. agourram said, on juillet 15, 2009 at 11:42

    cher mensieur mahjoubi aherdane
    bonjoue,je viens par ma demande suivante esperant avoir une reponse de votre part
    suis 1 marocainne agée de 47ans handicapée d1 sourdité total ayants suivis des traiments au fac dentaire à casa .alors la dection m’ on demander de verser le pris de taritement étant deminu sans travaill . vivre ds des situation difficille il m’est impossible de regler mon probleme.je vous pris mensieur de vous contacter la direction pour pouvoir continuer les traitements.
    mon n de dossier du traitements 771/09 fax05 2291.14.17
    adress du centre de traitements dentaire tél 022.48.50.50 faxe:02.226.00.23
    avec tous mes remerciement je vous pris mensieur mahjoubi d’agéer mes plus pronds respect
    de la part de aicha agourram


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