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Peintre marocain

Posted in Culture by hichambennani on février 10, 2008

L’éruption Hassani

Après deux ans sans avoir présenté ses œuvres au grand public, le peintre se lance dans une exposition inédite le 23 février. Nouveau tournant pour l’artiste ou simple manifestation ?

Jusqu’au 18 mars prochain, les tableaux de Saâd Hassani seront exposés à la Galerie Tindouf de Marrakech. Une initiative de Boubker Temli, ami de longue date du peintre. « Cela fait très longtemps que je harcèle Boubker qui est mieux placé que quiconque pour me faire une expo » explique Hassani. Et d’ajouter : « J’ai trouvé que c’était assez généreux et flatteur. » La galerie Tindouf qui vient d’être inaugurée par une exposition collective, accueille à cette occasion le premier vernissage personnel d’un peintre. Agé de 60 ans, l’artiste travaille lentement, il n’expose que tous les deux, trois ans et reste convaincu que chaque événement de cet acabit peut constituer un renouveau. Le créateur qui a puisé sa force dans la mémoire de son père, disparu depuis 30 ans, va donc se concocter une deuxième jeunesse. C’est en tout cas l’avis de ses amis les plus proches. Le réalisateur Abdelhaï Laraki assiste à ses expositions avec assiduité depuis une vingtaine d’années et le soutient dans ses périodes de création. « Il travaille surtout dans le stress, ses meilleures créations sont celles qui ne sont pas réfléchies…Il peut rester quatre mois sans rien faire » raconte Abdelhaï Laraki en ajoutant que plus le peintre est affaibli, plus il surprend : « quand les choses commencent à sortir c’est un véritable volcan !»
Saâd Hassani ne s’en cache pas, il a été influencé par de nombreux peintres. Rothko, Rauschenberg, Turner et Tàpies sont cités par l’artiste. « Je reste assez ouvert et curieux du travail de l’autre, aller vers l’autre est une manière de me ressourcer. » indique-t-il, en faisait même référence à ses rivaux les plus proches. Mais lorsqu’on évoque Sean Scully, un peintre américain au style très voisin du sien, Hassani dit très mal le connaître en précisant : « C’est peut être dans la manière de structurer les choses que nous avons des similitudes. » Pour couper court à toute polémique, le psychanalyste Larbi Seghir, ami de longue date du peintre donne sa propre interprétation : « Scully et Hassani ont le même langage mais chacun compose son œuvre à partir de son inspiration et de sa propre sensibilité ».

Un travail physique

Aziz Aouadi, consultant dans le domaine artistique, explique que depuis une quarantaine d’années, Hassani a toujours essayé de travailler en tenant compte du regard des autres. Une donnée qui aurait changé aujourd’hui. « Pour la première fois, il peint pour lui-même » pense cet expert. Saâd Hassani qui usait auparavant de couleurs léchées, peint depuis peu à l’aide de tons nouveaux comme le noir ou l’ocre, de matériaux plus rudes et lourds. Tout en étant dans l’air du temps, son style ne peut pas plaire à tout le monde. Il arrive au peintre de coller des bouts d’éponges sur ses toiles, puis de les passer au chalumeau. Un travail titanesque. « Il effectue un vrai travail d’homme… » témoigne Aziz Aouadi. En effet, Hassani lui-même parle de rupture dans ses réalisations. Il évoque un tournant décisif sans sa carrière : « Je faisais des toiles de 2 mètres sur 2, maintenant je ne veux pas faire de petites pièces pour ne pas tomber dans le décoratif ». Ses tableaux peuvent atteindre jusqu’à 30 mètres sur 30, car c’est de la difficulté que l’homme se nourrit : « Mon travail est physique, je cherche la difficulté…le cercle et le carré sont les deux formats les plus difficiles à créer pour un peintre ».
Concernant ses ambitions, le peintre dit ne pas avoir pour objectif de faire carrière, mais de se focaliser entièrement sur l’importance de l’œuvre elle-même. Pourtant, il n’est pas attaché viscéralement à ses créations : « Une fois que je vends une œuvre, elle ne m’appartient plus » lâche Hassani. Ce dernier est donc un peintre hors normes. Il n’y a pas de continuité dans ses réalisations, pas de périodes définies… Une manière bien à lui de se distinguer des autres et de vivre au gré de ses envies.
Comme tous les grands peintres marocains et internationaux, Saâd Hassani n’échappe pas aux attaques et aux règlements de compte. Un artiste de cette envergure a nécessairement une forte personnalité et des facettes contestables. Ainsi, certains peintres ou galeristes n’ont pas voulu trop s’étendre sur le cas Hassani et particulièrement sur la personnalité du personnage. Pauline Demazière, qui avait accueilli le peintre pour une exposition à l’Atelier de Rabat en 1979, a préféré ne pas se prononcer sur la question. D’autres ont préféré garder l’anonymat en fustigeant le personnage. « Pour créer, il ne faut pas être normal, tout le monde traîne des casseroles, il y a une quinzaine d’années c’était un peintre mondain, maintenant il s’affirme, il propose un travail mature… » analyse Aziz Aouadi.

« Je ne suis pas pédagogue »

Les critiques constituent les aléas dus au succès d’un homme qui a traversé « plusieurs étapes, plusieurs époques comme ses aînés et maîtres » selon Tahar Ben Jelloun qui a rédigé un petit texte élogieux à son ami de toujours pour célébrer l’événement. Cependant, personne ne remet en cause le professionnalisme et les qualités de Hassani dont les œuvres auront à coup sûr une place de choix dans le panthéon de la peinture marocaine. « Son travail, étayé d’un subtil maniement de la couleur, donne des œuvres où sensibilité et sensualité s’allient pour soutenir chez lui cette répétition que tente de cerner au plus près ce que l’acte pictural tente de visualiser » résume Larbi Seghir.
Cette nouvelle exposition semble donc constituer, non pas une résurrection, mais un renouveau des œuvres de Hassani. Une démarche qu’on ne peut qu’encourager dans l’actuel contexte culturel marocain. Les musées sont toujours désertés, les rares revues étrangères spécialisées plus que jamais trop chères, les critiques d’art inexistants et le manque d’échanges entre les artistes beaucoup trop criant. Dans la brochure de présentation de l’exposition qui se tiendra dans la ville ocre, Boubker Temli indique dans un petit texte introductif : « Je prie Dieu Tout Puissant de faire en sorte que cette ville devienne une capitale culturelle et scientifique et non pas seulement un lieu de consommation touristique. » Sans doute une manière pour le galeriste de dénoncer la place qu’occupe la culture dans le royaume chérifien. Un avis partagé par son hôte, qui pense que l’avenir de sa discipline est entre les mains du privé. Quoi qu’il en soit, Saâd Hassani ne se définit pas comme un peintre engagé. « Je ne suis pas un militant. Je ne peux que respecter la démarche de peintres comme Kacimi, mais ce n’est pas ma démarche, ça ne correspond pas à mes besoins personnels… » précise-t-il. En fin démagogue, Hassani reste positif concernant la place qu’occupe son art au Maroc : « Je ne suis pas un peintre pédagogue, si j’ai une leçon à donner c’est d’abord à moi-même, j’ai la conviction qu’il y a des choses très importantes qui vont se passer au Maroc…c’est peut être le début de quelque chose. » Il est aussi très optimiste quant à la place de la peinture marocaine au Maghreb, dans le monde arabe et dans le monde en général pour les années à venir. Le sort en est jeté.

Hicham Bennani

Le Journal Hebdomadaire, février 2008

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2 Réponses

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  1. mostafa afiri said, on novembre 14, 2010 at 8:45

    j’aime bien vos article sur l’arts bon courage.

  2. karima said, on janvier 3, 2011 at 10:27

    niC


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