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Affaire Ben Barka

Posted in Livres by hichambennani on février 13, 2008

Le mythe reste en marche

Le livre d’un journaliste israélien accuse Ahmed Dlimi d’avoir assassiné de ses propres mains Mehdi Ben Barka et éclaire sur le passé sulfureux entre le Maroc et Israël.

Shmouel Seguev a ajouté une nouvelle pièce à l’interminable puzzle du dossier Ben Barka. Son ouvrage intitulé « Le lien marocain » qui vient de paraître aux éditions Matar, révèle que l’icône de la gauche aurait été assassinée par le Directeur général de la sûreté nationale de l’époque, Ahmed Dlimi. Pour rappel, l’homme a été acquitté par la justice française et a trouvé la mort dans des conditions mystérieuses. Le livre, publié en hébreu et préfacé par Ephraïm Halévy, ancien chef du Mossad, (service d’espionnage israélien), apporte également des éléments nouveaux concernant les liens obscurs qu’entretenaient le Maroc et Israël.
Au cours d’une interview accordée à l’AFP, Shmouel Seguev a retracé les péripéties de Ben Barka à partir du 29 octobre 1965, date de sa disparition. En voici les grandes lignes.
L’opposant est arrivé à Paris en provenance de Genève avec un passeport diplomatique algérien et a ensuite déposé ses valises chez un certain Jo Ohanna, un juif marocain. Il s’est ensuite rendu à pied à la brasserie Lipp pour y rencontrer un journaliste français. Deux policiers en civil de nationalité française l’ont interpellé et fait monter dans une voiture de location. Une villa au sud de Paris a été le théâtre des souffrances de Ben Barka. Shouel Seguev soutient mordicus que « Ben Barka était encore en vie le 1er novembre… Dlimi ne voulait pas le tuer, mais lui faire avouer son intention de renverser le roi Hassan II ». Et d’ajouter : « Ben Barka avait les chevilles entravées et les mains nouées dans le dos. Dlimi lui a plongé la tête dans un bac rempli d’eau. A un moment donné, il a pressé trop fort sur ses jugulaires, l’étranglant ainsi à mort ». Ce serait après ces évènements que le général Oufkir, chef de la police secrète, serait arrivé à Paris pour organiser l’enterrement. Quelques jours après sa mort, Ben Barka a été enterré sur une aire en construction aux abords d’une autoroute au sud de Paris.

Le Mossad avec Hassan II

Le livre en question affirme que c’est par le biais du Mossad que les services secrets marocains ont pu mettre la main sur l’homme. « Ben Barka, qui voyageait beaucoup à travers le monde, se servait d’un kiosque à journaux à Genève comme d’une boîte postale où il venait récupérer son courrier, et le Mossad a donné cette information à Dlimi » explique Seguev. Un autre Israélien, l’historien Ygal Bin-Num avait déjà déballé les liens supposés de Ben Barka avec le Mossad. A l’époque, Israël n’était pas considéré comme un allié à part entière des Etats-Unis…
Autre révélation de poids, Ben Barka aurait demandé en 1960 à un haut responsable du Mossad, une aide financière et des armes pour renverser le royaume. David Ben Gourion, fondateur d’Israël l’aurait signalé à Hassan II.
Ancien capitaine des renseignements militaires, et correspondant à Paris pour Maariv, un des quotidiens israéliens les plus en vue, Shmouel Seguev a tissé au fil du temps des liens très étroits avec les renseignements israéliens. Il n’a toutefois pas eu accès aux archives du Mossad qui pourraient faire éclater au grand jour des vérités non encore élucidées.
« Le lien marocain » relate que dans le contexte de la guerre entre le Maroc et l’Algérie de 1963, le chef du Mossad, Meir Amit, muni d’un faux passeport a affirmé à Hassan II sa volonté d’aider le royaume chérifien. Des officiers marocains ont été entraînés, des aviateurs formés pour piloter des Migs-17 soviétiques, la construction de la barrière entre le Maroc et l’Algérie a été surveillée, les services secrets marocains chapeautés, des chars AMX-13 français sont arrivés via Téhéran, des embarcations de pêche ont été équipées de radars. Le tout, avec l’aide d’Israël. Les pourparlers du Mossad avec Hassan II, juste avant la mystérieuse rencontre au Maroc entre le ministre israélien des Affaires étrangères Moshé Dayan et le vice-Premier ministre égyptien Hassan al-Toami, et également en prémisse du voyage historique du président égyptien Anouar Sadate à Jérusalem en 1977, sont aussi au centre de l’ouvrage. Dernier point à signaler, en 1965, Israël a suivi le sommet arabe de Casablanca et a ainsi constaté l’état des armées arabes avant la guerre de juin 1967.

Préparation à Accra au Ghana

Après les ouvrages références, les innombrables enquêtes menées par les journalistes de l’Express dans les années 60, les révélations de 2001 d’ Ahmed Boukhari, ancien membre des services de renseignement marocains et les déclarations de l’historien Petr Zidek dans les colonnes de l’Express en 2007, le livre de Seguev inscrit à coup sûr une nouvelle ligne dans la chronologie de l’affaire Ben Barka. Bien que le mythe de ce personnage restera a tout jamais l’incarnation d’un des plus grands leaders politiques qu’est connu le monde arabe, le temps laisse peu à peu échapper des informations troublantes sur les multiples visages de Ben Barka. C’est en rassemblant toutes les sources sur les liens qu’entretenait l’ex-patron de la Tricontinentale que ce soit avec les services tchécoslavaques, le Mossad ou autres, que la vérité sur cette affaire finira par voir le jour.
Les conditions de la mort de Ben Barka sont aussi étroitement liées au contexte de son époque. Du 6 au 19 mai 1965, le 4ème congrès de l’ Organisation de solidarité des peuples d’Afrique et d’Asie réuni à Accra au Ghana décide de tenir compte de la conférence Tricontinentale de la Havane en janvier 1966. Les raisons de la mort, de celui qui préparait cette conférence avant sa disparition, reposent en majeure partie sur les décideurs marocains. Nonobstant, Ali Mansour, Humberto Delgado, Malcolm X, Che Guevara, Cabral, Martin Luther King, Ernesto Molina sont tous morts à la même époque qu’à la disparition de Ben Barka. Et ce, dans des conditions plus ou moins similaires et mystérieuses. Le leader gauchiste incarnait, parallèlement à toutes les grandes figures de son ère, non seulement une menace pour Hassan II, mais aussi un élément déterminant dans le mouvement progressiste des années 70.
Quoi qu’il en soit, cette nouvelle pièce à conviction venue d’Israël sera aussi controversée que les précédentes. Pourvu simplement qu’elle s’insère dans le dossier plutôt que de l’éparpiller.

Hicham Bennani

Le Journal Hebdomadaire, Février 2008

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