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Le brouhaha footballistique ne fait que commencer

Posted in Sport by hichambennani on mars 13, 2008

La Fédération de football devait désigner un nouvel entraîneur mardi 12 mars. Une décision finalement reportée au vu et au su des médias qui avaient déjà sacré Baddou Zaki.

La prise en charge des Lions de l’Atlas par Baddou Zaki n’a finalement pas eu lieu. Pourtant, depuis vendredi 7 mars, l’arrivée de l’ancien entraîneur qui a mené l’équipe nationale en finale de la Coupe d’Afrique en 2004 semblait quasi-imminente. Tout du moins à en croire une grande partie des médias marocains. Pratiquement unanime, la presse a accordé une place de choix dans ses pages à celui qu’elle qualifiait de « grand favori ». Analyses, gros plans, interviews, titres vendeurs… Même les plus professionnels ont été bernés. Najib Salmi, référence en matière de journalisme sportif, a écrit à son plus grand regret, dans les lignes du quotidien L’opinion, que Baddou Zaki serait le prochain sélectionneur. A la surprise générale, la FRMF (Fédération Royale Marocaine de Football), qui devait dévoiler mardi 11 mars le visage du nouveau coach a pris à contre-pied toute l’armada des médias. La veille au soir, le bureau fédéral annonçait envers et contre tous le report de sa réunion décisive qui devait sonner le glas d’une période trouble. Raison officielle de ce report ? Le planning trop chargé du général Benslimane, incontestable numéro un du football marocain réputé pour son austérité. « M. Aouzal, vice-président de la FRMF a été invité par la FIFA à Zurich pour l’organisation de la coupe du monde des clubs qui se déroulera à Tokyo.» précise Abdelhak Mendoza, président de l’Amicale des entraîneurs. Quant à Benslimane, il aurait eu « des obligations » selon cette même source. Fait habituel, le bureau fédéral n’a envoyé aucune mise au point à la presse. Un mutisme qui fait peur.

Al Massae alimente les potins

Le jour de ladite réunion, le quotidien Assabah indiquait noir sur blanc : « la fédération discute aujourd’hui du staff technique qui travaillera avec Baddou Zaki pour encadrer l’équipe nationale ». Après ce coup de semonce, le journal Al Massae décryptait l’événement avec beaucoup de légèreté. Le canard arabophone, pour gonfler sa une, a mis en avant un tonitruant conflit Benslimane-Zaki. Une discorde qui perdurerait depuis un certain Kenya-Maroc, match qualificatif pour la coupe du monde 2006 qui avait vu la mise à l’écart du joueur clé Noureddine Naybet par Baddou Zaki. Autre ragot censé illustrer la brouille entre le général et le candidat : au cours du match décisif Maroc-Tunisie, Zaki aurait refusé à M’hamed Aouzal l’accès aux vestiaires de l’équipe nationale. Pour couronner le tout, Al Massae alimente les potins du moment en remettant sur le tapis les probables liens étroits entre le prince Moulay Rachid et Baddou Zaki. L’article fait même un retour à l’année 1986, date du mondial de Mexico, pour dénoncer la proximité entre le Palais et l’ancien gardien de but de la sélection nationale : « Le nom Hasna a été donné par Feu Hassan II à la fille de Zaki, née en 1986 pendant la participation du Maroc à la coupe du monde » tente d’argumenter le rédacteur. Mustapha Badri, Directeur du bi-hebdomadaire Al Mountakhab, équivalent du journal l’Equipe en France, n’hésite pas à jeter l’opprobre sur les journalistes sportifs marocains. Il fustige leur emballement trop excessif et catégorique concernant la nomination de Zaki. « Les rédac-chefs et les directeurs de journaux ne contrôlent pas leurs journalistes ! Tout ce qui les intéresse, c’est de vendre ! » clame ce spécialiste. Et d’ajouter : « Il n’y a jamais eu de communiqué officiel de la fédération annonçant que Zaki allait prendre les rênes de l’équipe… les journaux vont annoncer demain qu’Aimé Jacquet est le nouveau sélectionneur ! » ironise Mustapha Badri. Des sources avérées ont pourtant rapporté que Baddou Zaki avait été félicité par ses proches. Info ou intox ? Quoi qu’il en soit, la Fédération marocaine de football avec à sa tête le général Benslimane, a décidé de faire boire le calice jusqu’à la lie à tous ceux qui croyaient lui couper l’herbe sous le pied. Najib Salmi, avec recul, pense qu’en reportant la réunion prévue, la Fédération a tout simplement voulu taper du point et rester souveraine : « La FRMF n’a pas supporté de voir toute la presse annoncer la venue de Zaki sans son aval. » Il poursuit : « La réalité est sous l’autorité du général Benslimane, personne ne peut décider à part lui. » Cette déclaration fait référence aux oui-dires sur la volonté du Roi de nommer le principal concerné.

Eternels boucs émissaires

Commérages, cacophonie, rumeurs… qu’importe. Le onze national dispute le 26 mars prochain un match amical contre la Belgique. Cela va faire maintenant plus d’un mois que les Lions de l’Atlas ont fait subir à leurs supporters une énième désillusion. Plus d’un mois que la Fédération fait tourner en bourrique les derniers optimistes qui croient en l’avenir du ballon rond dans le Royaume. Fathi Jamal, fervent défenseur de Benslimane, assure pour l’instant l’intérim et devrait, sauf rebondissement de dernière minute, faire de la figuration à Bruxelles.
Aziz Bouderbala résume la situation ainsi : « La fédération a reporté sa réunion pour cacher son échec » a déclaré ce joueur légendaire dans les colonnes du quotidien Annahar Al Maghribia. Tant que le football marocain ne sortira pas de ce terrible imbroglio, ni les entraîneurs, ni les joueurs ne pourront faire honneur au Maroc, tant sur le plan national, qu’international. Et ce n’est pas en pointant du doigt d’éternels boucs émissaires comme Henri Michel que la fédération pourra s’alléger du plomb qu’elle a dans l’aile. « La ministre des Sports n’a aucun pouvoir, Blatter a donné l’immunité à la FRMF » dénonce Mustapha Badri afin de mettre de l’eau dans le gaz. Ce dernier pense que le prochain entraîneur ne doit pas être de nationalité marocaine. « Zaki est le seul gars qui est capable de fermer la porte au nez à un dirigeant fédéral ! S’il entraîne l’équipe, la fédé ne va jamais le laisser bosser ». Le Maroc paye moins bien les Marocains que les étrangers, le football en est l’exemple le plus flagrant. Plus grave, les Marocains nourrissent un complexe vis à vis des étrangers et ont tendance à dénigrer leur congénères. A bon entendeur…

HICHAM BENNANI

Le Journal Hebdomadaire, mars 2008

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