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Conférence de Tanger

Posted in Politique by hichambennani on avril 26, 2008

Nouvelle empoignade maroco-algérienne

Le bras de fer entre les deux pays voisins pour la question du Sahara n’a fait que s’amplifier lors de la visite du Premier ministre algérien pour la conférence de Tanger entre les pays du Maghreb.

Un incident diplomatique entre le Maroc et l’Algérie a bien failli éclater dimanche 27 avril à l’occasion de la célébration du 50ème anniversaire de la conférence des partis du Maghreb arabe. Les cinq pays du Maghreb étaient réunis à Tanger afin de se remémorer le temps où ils luttaient contre le colonialisme et de relancer l’idée d’une Union du Maghreb Arabe (UMA) encore beaucoup trop fictive. Six jours seulement après que Peter Van Walsum, émissaire des Nations Unies pour le conflit du Sahara ait déclaré qu’ « un Sahara Occidental indépendant n’est pas une proposition réaliste », Mohamed El Yazghi, ministre d’Etat marocain, a titillé les représentants algériens  en évoquant l’éternel problème du Sahara. Il a tout bonnement provoqué le président algérien Abdelaziz Bouteflika en l’appelant avec les dirigeants maghrébins « à soutenir le projet marocain pour sortir le dossier du Sahara de l’impasse ».

Une déclaration très mal reçue par Abdelaziz Belkhadem, Premier ministre algérien. Le remplaçant d’Ahmed Ouyahia, a, comme à l’accoutumée, défendu corps et âme son président. « L’Algérie a toujours défendu depuis son indépendance les causes justes et les mouvements de libération nationale, au Mozambique, en Angola et même dans son voisinage », s’est défendu le protégé de Bouteflika, sous-entendant l’appui de son pays au Front Polisario. Et d’ajouter : « Voulez-vous que l’Algérie renonce à ses principes ? Mon pays fait face à des accusations » a poursuivi Belkhadem avant d’être freiné dans son élan par une foule scandant : « Le Sahara est marocain ». Pour calmer les esprits, Abbas El Fassi, Premier ministre marocain a ensuite coupé court aux échauffourées verbales en réclamant le respect de l’intervention du représentant algérien. Belkhadem a lancé un dernier pavé dans la mare en reprochant au Maroc la stagnation de l’UMA. « L’histoire dira qui est le responsable du blocage », termine-t-il cahin caha.

Un malaise criard

À bon chat bon rat, Abbas El Fassi a mis fin à ce début de cataclysme par une queue-de-poisson : « La question du Sahara est sacrée au Maroc, on ne va pas la résoudre dans cette salle, mais avec justice, objectivité et calme ». Si la presse marocaine a pesé ses mots concernant cette altercation, cela n’a pas été le cas côté algérien. Le quotidien El Watan prêchait pour la paroisse algérienne en accusant le Maroc de ne voir que son nombril et d’avoir fait tomber Belkhadem dans un « traquenard ». Pis, le quotidien Liberté titrait en une, illustrant les deux premiers ministres : « La provocation marocaine contre Belkhadem à Tanger ». L’édito de ce même journal qualifiait de « guet-apens » la manifestation où Rabat aurait carrément « violé toutes les règles de bienséance entre deux Etats qui ne cessent de s’appeler frères » par l’intermédiaire d’un El Yazghi réduit au rang de « ministre marocain connu pour diaboliser l’Algérie en toute occasion ». Au final, cette rencontre aura plus été une mise au point du gouvernement algérien, mis à mal la semaine dernière par certains dirigeants de l’ONU concernant la question du Sahara, qu’une lueur d’espoir pour l’UMA. Maroc, Algérie, Tunisie, Libye et Mauritanie ont pourtant, à l’unisson, appelé à une véritable relance de l’UMA. Belkhadem, également secrétaire général du FLN a crié haut et fort que « le corps maghrébin » n’était pas mort et que la pièce manquante était un septième sommet des chefs d’Etats, rejoignant ainsi la volonté du tunisien Habib Benyahia, secrétaire général de l’UMA. « L’heure a sonné, il faut rattraper le retard pris et mettre fin au gel de l’UMA » assenait Abbas El Fassi. Un certain 27 avril 1958, les représentants de l’Istiqlal, du Néo-Destour tunisien et du Front de libération nationale algérien s’étaient réunis pour concrétiser une union. Cinquante ans après, toute entente semble irréalisable, compte tenu de ce désaccord entre les deux pays voisins qui cadenassent leurs frontières terrestres communes depuis quinze longues années. La conférence de Tanger a témoigné du malaise criard qui règne au sein du Maghreb. Tant que l’ONU et les pays occidentaux continueront à maintenir le statut quo du Sahara, rien ne sera résolu. Mais au-delà, les cinq acteurs maghrébins, dont les plaies coloniales n’ont pas encore cicatrisé, auront toujours du mal à se défaire du mal qui les ronge, tant qu’ils ne s’élèveront pas au rang des grandes nations de ce monde en oubliant leurs jalousies et leurs turpitudes internes. À l’aube du premier sommet euro-méditérrannéen qui aura lieu le 13 juillet prochain, cela semble constituer une utopie.

Hicham Bennani

Le journal Hebdomadaire, mai 2008

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