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Aristote au Mont Saint-Michel de Sylvain Gouguenheim

Posted in Livres, Religion by hichambennani on mai 10, 2008

L’islam en eaux troubles

par HICHAM BENNANI

Sylvain Gouguenheim dans un nouveau livre, balaie les anciennes thèses pourtant supposées acquises qui attestent de l’impact des musulmans sur la culture européenne. Ouvrage étayé ou bluff commercial ?

Depuis deux mois, le livre d’un historien est à l’origine d’une vive polémique en France dans le milieu des médiévistes. Considéré comme ayant un caractère « raciste », par des spécialistes de l’Histoire, censés incarner sagesse et discernement, cet ouvrage suscite des controverses de plus en plus brûlantes. « Aristote au Mont Saint-Michel » de Sylvain Gouguenheim remet en question un grand nombre de recherches clés concernant l’histoire culturelle de l’Europe. Selon lui, la thèse bien connue relative au rôle décisif des musulmans dans l’intégration de la culture grecque dans l’Occident chrétien a été largement amplifiée, voire biaisée. « La thèse n’aurait en soi rien de scandaleux, si elle était vraie. Il reste qu’elle repose sur un certain nombre de raccourcis ou d’approximations, et qu’elle fait l’économie d’une série d’éléments historiques pourtant bien établis » écrit Gouguenheim dans son avant-propos. Ce professeur d’histoire médiévale à l’Ecole Normale Supérieure de Lyon atteste, en s’appuyant sur des ouvrages d’historiens plus ou moins reconnus que le savoir grec a été en grande partie traduit du grec au latin sans aucun recours à la langue arabe. Une affirmation en totale contradiction avec les convictions d’éminents penseurs comme Edward Saïd, Mohammed Arkoun ou Alain de Libera. Ces derniers avancent (et c’est devenu un acquis dans l’élaboration de l’Histoire ) que le savoir grec antique (mathématique, médecine, philosophie, astronomie…), lorsqu’il a disparu d’Europe, a été traduit en arabe dans le monde musulman avant d’être transmis à l’Occident, ce qui a fait renaître la culture européenne.
La polémique autour du livre en question éclate le 4 avril 2008, après la publication dans Le Monde des livres d’un article de Roger-Pol Droit, considérant les recherches de Gouguenheim comme un progrès : « Somme toute, contrairement à ce qu’on répète crescendo depuis les années 1960, la culture européenne, dans son histoire et son développement, ne devrait pas grand-chose à l’islam. En tout cas rien d’essentiel. Précis, argumenté, ce livre qui remet l’histoire à l’heure est aussi fort courageux » n’hésite pas à conclure le philosophe. Même son de cloche du côté du Figaro Littéraire le 17 avril suivant : « Félicitons M. Gouguenheim de n’avoir pas craint de rappeler qu’il y eut bien un creuset chrétien médiéval, fruit des héritages d’Athènes et de Jérusalem ». La réaction des médiévistes est immédiate.

Groupuscule islamophobe

Gabriel Martinez-Gros, Professeur d’histoire à l’université Paris-VIII et Julien Loiseau, Maître de conférences à l’université Montpellier-III fustigent l’œuvre de Gouguenheim. Ils s’offusquent devant le fait que l’historien passe pratiquement sous silence le rôle joué par la péninsule ibérique, où l’on a traduit de l’arabe au latin les principaux textes scientifiques « dont la réception allait préparer en Europe la révolution scientifique moderne ». Mais le plus grave, c’est que l’écrivain est accusé d’avoir des pensées idéologiques derrière ses affirmations. « Les fréquentations intellectuelles de Sylvain Gouguenheim sont pour le moins douteuses » condamnent les deux historiens pointant ainsi du doigt René Marchand, abondamment cité et remercié par Gouguenheim. Et d’ajouter : « D’une manière ou d’une autre, S. Gouguenheim a ainsi contribué, en toute connaissance de cause, à fourbir les arguments prétendument érudits d’un groupuscule ouvertement et violemment islamophobe ». René Marchand, auteur de Mahomet, contre-enquête et de La France en danger d’Islam : entre Jihad et Reconquista, a récemment accordé un entretien au site Internet de l’association Occidentalis qui aurait pour principe que «la France ne devienne jamais une terre d’islam» et qui appelle à combattre l’Islam. Martinez-Gros et Loiseau ajoutent également que des passages entiers d’Aristote au Mont Saint-Michel sont en ligne sur le site.
Une pétition commence alors à être diffusée. Elle est signée par une quarantaine d’historiens et philosophes. « Il est difficile de voir dans l’ouvrage de S. Gouguenheim, autre chose que le propos d’un idéologue. C’est cependant moins dans le domaine de l’histoire de la philosophie ou des sciences, que sur la formation du grand public cultivé, que l’on en redoutera les effets » résume Hélène Bellosta, Directeur de recherche au CNRS.
La palme du « coup de gueule » revient à Alain de Libera. Dans Penser au Moyen Age, l’historien a écrit : « que les arabes aient joué un rôle déterminant dans la formation de l’identité culturelle de l’Europe est une chose qu’il n’est pas possible de discuter, à moins de nier l’évidence ». Une évidence qualifiée de « discutable » par Gouguenheim dans son livre. « L’hypothèse du Mont-saint-Michel, hâtivement célébrée par l’islamophobie ordinaire a autant d’importance que la réévaluation du rôle de l’authentique Mère Poulard dans l’histoire de l’omelette » publie Alain de Libera dans un article truffé d’ironie paru dans Télérama.

Site d’extrême droite

« Mon livre a été tellement déformé, que j’ai dû prendre un avocat. Je suis dans une situation délicate où je n’ai pas la liberté de dire tout ce que je veux » rétorque Sylvain Gouguenheim lorsqu’on lui demande de se défendre. « Mon travail concerne les différents canaux par lesquels le savoir grec a été conservé et retrouvé par les gens du Moyen Age. Je ne nie pas du tout l’existence de la transmission arabe, mais je souligne à côté d’elle l’existence d’une filière directe de traductions du grec au latin, dont le Mont-Saint-Michel a été le centre au début du XIIème siècle, grâce à Jacques de Venise » se contente d’expliquer l’homme qui se revendique d’une famille de résistants bien loin de l’extrême droite. Pour Maurice Sartre, spécialiste de l’histoire du monde grec, le fait que le livre soit récupéré par les sites d’extrême-droite ne prouve en rien que l’auteur appartient à ce milieu : « Ces gens-là sont prêts à utiliser n’importe quoi, quitte à le déformer, pour soutenir leurs théories pernicieuses » nuance l’historien.
Alain Gresh, directeur adjoint du Monde diplomatique, partage la même idée. « Le fait que tel ou tel texte se retrouve sur un site d’extrême droite ne veut rien dire à l’heure d’Internet » explique-t-il en insistant sur la nécessité de faire la part entre le débat scientifique et historique dans le livre. Il déclare : « C’est le rôle des spécialistes d’y participer, comme l’ont déjà fait de nombreux historiens en réponse au livre, et les prises de position idéologiques de Gouguenheim comme elles apparaissent dans son livre ». Alain Gresh marque un temps d’arrêt sur ce dernier point. Il met en lumière une note de l’écrivain concernant la volonté de la France d’accorder une plus grande place à l’islam dans les programmes d’histoire : « Bizarrement, après que le monde occidental a été la cible d’un acte de guerre (11-Septembre), il devient urgent d’enseigner que ceux qui l’ont commis sont les tenants d’une religion pacifique et de rappeler que l’Occident lui-même fut violent » peut-on lire à la fin du livre. Le journaliste précise que l’auteur affirme, à plusieurs reprises un antagonisme fondamental entre « islam » et « Occident » (identifié largement au christianisme), antagonisme qui découlerait du Coran dans lequel on peut trouver les explications au comportement des musulmans à travers l’histoire. Alain Gresh pense que pour Gouguenheim, les musulmans ne se seraient jamais intéressés aux autres. En revanche, l’Occident aurait appliqué le verset de Saint-Jean (« Tant que vous avez la lumière, croyez en la lumière afin de devenir des fils de la lumière ») pour approfondir la recherche scientifique, « mais il aurait pu citer le hadith de Mohammad (« cherche le savoir jusqu’en Chine s’il le faut ») » note astucieusement ce spécialiste. Ainsi, pour Alain Gresh, ces débats sur les textes religieux (Ancien Testament, Nouveau Testament, Coran) qui seraient fondamentalement différents et qui expliqueraient le fossé entre islam et Occident traduisent un essentialisme et, bien que l’auteur s’en défende, un ralliement à la guerre des civilisations.

Gouguenheim cite le hadith

Que retenir des idées d’Alain Gresh ? A-t-il raison de critiquer l’essentialisme ? Oui, mais il le fait avec les mauvais arguments selon un chercheur au CNRS qui a préféré gardé l’anonymat. « Gouguenheim cite précisément le hadith de Mahomet sur le savoir à aller chercher en Chine, ce qui prouve que Gresh n’a pas lu le livre en détail ! Je pense que cela vient du fait que sous le terme « islam », Gresh place pêle-mêle des régimes politiques, des aires culturelles et une religion » analyse cette source. Par ces propos, le chercheur veut montrer que pour lutter contre l’essentialisme, il faut commencer par distinguer les régimes politiques, les politiques culturelles et le culte proprement dit. « Maintenant, qu’il y ait effectivement une partie de l’islam politique qui ait déclaré la guerre à l’Occident, qui pourrait le nier ? » conclut-il.
Maurice Sartre examine la question de façon très mesurée. Il pense que Gouguenheim a largement raison en mettant en évidence le maintien de communications constantes entre l’Orient chrétien et l’Occident, mais qu’il a tort d’en faire une nouveauté : « tous les spécialistes savent bien que la littérature grecque n’a pas été transmise par les Arabes, mais par Byzance. Gouguenheim apporte sans doute plus de neuf en montrant qu’il y a eu une très forte diffusion des traductions latines d’Aristote avant la découverte des traductions arabes d’Aristote ». Sylvain Gouguenheim, dans son livre, néglige donc complètement le fait que l’Europe connaît une grande partie de la littérature scientifique et technique grecque par les traductions arabes, ou par les bibliothèques de Tolède et de Cordoue. L’apport des Arabes ne se limite pas à Aristote, ce n’est un secret pour personne. De plus, il soutient que les Arabes musulmans ont transmis Aristote sans réellement le comprendre, à la fois parce qu’ils ne connaissaient pas le grec et parce que leur religion les aurait empêchés de profiter des enseignements de la philosophie grecque. D’une manière générale, l’écrivain réduit le rôle des Arabes à celui de passeurs qui n’auraient en rien profité de la philosophie grecque. Même si ce livre donne certaines informations utiles, il comporte donc de nombreuses erreurs et surtout une vision réductrice des choses qui affaiblit complètement sa thèse. Une réaction épidermique n’est finalement pas la bonne attitude à adopter à la lecture de ses recherches.

L’avis de l’historien marocain

Abdesselam Cheddadi

Récent lauréat du prix international du Roi Abdallah-Ibn Abdelaziz pour les traductions en sciences humaines de l’arabe vers les langues étrangères.

« Le propos de Gouguenheim tout au long de son livre, est très clair : tenter de présenter comme mise au point historique le fait que la civilisation arabe et l’islam en général n’eurent qu’un impact très faible, sinon nul, sur l’Europe médiévale et, plus tard, sur la Renaissance. C’est un propos franchement raciste, qui rejoint une idée maîtresse de l’idéologie des extrémistes occidentaux de droite, à savoir que l’Occident s’est auto constitué et ne doit rien aux autres cultures et civilisations, d’où sa supériorité. Dans ce but, Gouguenheim fait flèche de tout bois, utilisant les arguments les plus absurdes et tentant de rabaisser le travail scientifique et philosophique des penseurs arabes les plus éminents comme Al-Farabi, Avicenne ou Averroès, ou de nier les apports les plus évidents de la science arabe comme la formalisation mathématique. Il ne peut s’agir de répondre à toute son argumentation où se mêlent la mauvaise foi, l’ignorance et les déformations des faits historiques. Mais son livre, qui prend le ton de l’historien soucieux de rectifier des faits, a une grande capacité de nuisance, et il est donc important de relever certaines contrevérités qui risquent d’induire en erreur le lecteur non spécialiste.
Comme le rappelle Dimitri Gutas dans son livre Pensée grecque, culture arabe (Aubier, Paris 2005), il faut d’abord attirer l’attention sur le fait que lorsqu’on parle de « culture arabe» ou de « civilisation arabe », on vise la culture et la civilisation en langue arabe, donc quelque chose à laquelle ont contribué l’ensemble des peuples qui faisaient partie de l’empire et des États musulmans à diverses époques, et notamment à l’époque abbasside, et pas seulement les Arabes d’Arabie. La même chose vaut pour « la culture hellénistique » ou « la culture chinoise », ou tout autre culture, où le concept « d’ethnicité » doit être compris au sens strictement linguistique et non racial. Prendre argument du fait que les traductions en arabe d’une partie importante de l’héritage grec ont été effectuées par des chrétiens syriaques pour diminuer l’apport de l’islam relève donc de la mauvaise foi et du pur racisme. Le mouvement de traduction du grec en arabe, mais aussi du pehlevi, du sanscrit et du copte, qui dura du VIIIe au Xe siècle, s’inscrivit dans un vaste contexte politique, social et économique impliquant tant l’État que les mécènes particuliers, et intéressant tous les aspects de la vie spirituelle et intellectuelle. Sa longue durée montre qu’il avait interagi avec un important développement interne de la science et de la technologie, aboutissant à des découvertes de premier plan en mathématiques, en médecine, en astronomie, en agronomie, en mécanique et en optique. Surtout, c’est à partir de cette efflorescence culturelle remarquable qu’on assista au développement du concept d’universalité de la science en tant qu’activité humaine ignorant les frontières ethniques, linguistiques et religieuses, concept qui est au fondement de la science et de toute la civilisation moderne.
L’autre argument massif avancé par Gouguenheim pour déprécier l’apport de l’Islam à l’Europe, consiste à dire qu’Aristote, le philosophe grec par excellence, était bien connu des Européens médiévaux avant les traductions latines faites à partir de l’arabe. Outre qu’en disant cela Gouguenheim n’apporte rien de nouveau, il passe sous silence l’essentiel : ce que les Européens étudièrent dans leurs universités à ces époques, ce n’était pas tant les œuvres d’Aristote que ses commentaires arabes, notamment ceux d’Averroès. D’autre part, ce fut l’ensemble des acquis de la nouvelle science et de la technologie arabes, et non seulement les œuvres de philosophie, qui passa en Europe via la Sicile, le sud de l’Italie et l’Espagne.
Un autre argument de Gouguenheim est que même si les Arabes ont traduit des œuvres grecques, ils n’ont rien su en faire, en raison de l’étroitesse et de la rigueur de leurs conceptions religieuses. Derrière cet argument, qui est faux en soi, il y a une autre idée encore plus fausse et aux relents racistes : les seules civilisations valables dans l’histoire humaine sont la civilisation grecque et la civilisation européenne qui en est l’héritière. Même si les Arabes ont reçu quelque chose de la culture grecque, ils ont été incapables de s’en servir.
Gougueheim ignore ou feint d’ignorer que non seulement les sciences dites philosophiques comme les mathématiques, l’astronomie, la médecine, la géographie, la botanique ont eu un impact énorme sur la pensée et la vie au quotidien partout dans le monde musulman, mais les sciences religieuses elles-mêmes comme la théologie ou le droit (fiqh), le hadith, la grammaire, et une partie importante de la littérature (adab) ont intégré des éléments importants de la culture grecque. D’ailleurs la science et la culture arabes en général n’ont pas une dette seulement vis-à-vis des Grecs, mais également à l’égard de toutes les cultures qui les ont précédés dans le bassin méditerranéen, en Asie centrale, en Inde, en Chine et en Afrique. »

INTERVIEW : SYLVAIN GOUGUENHEIM

La polémique
1. Pensiez-vous que votre livre ferait polémique et était-ce votre intention ?

Quand je pense que le centre de mon livre, le coeur de ma recherche était l’abbaye du Mont-Saint-Michel, je suis complètement dépassé par l’ampleur de la polémique. Je m’attendais à des critiques universitaires mais pas du tout à être tiré du côté d’une polémique aussi violente, faite d’attaques politiques et personnelles. Dans l’introduction je dis ne pas avoir d’intention polémique; malheureusement j’ai, par souci de clarté, un style un peu sec, ce qu’on m’a souvent reproché…. Mon livre ne s’adressait pas à des spécialistes mais voulait montrer au grand public que les manuels scolaires ou les journaux donnaient une image trop simpliste du Moyen Age (toutes civiliations confondues). Je suis d’ailleurs persuadé que l’on a encore beaucoup à découvrir sur cette période des 8e-12e siècles (manuscrits, nouvelles interprétations etc.)

2. Votre thèse consiste à montrer que la réception des textes grecs antiques en Occident s’est faite par deux voies : la première, bien connue, via l’empire musulman et en particulier l’Espagne musulmane ; la seconde, plus ancienne, via l’Empire Byzantin et sa parenté religieuse avec les royaumes chrétiens d’Occident. Vous pensez que cette seconde voie a été sous-estimée pour des raisons idéologiques. A quoi tient cette sous-estimation, selon vous ?

Les raisons sont peut-être plus scientifiques qu’idéologiques à la réflexion. Peut-être parce que les spécialistes de l’Europe oublient souvent l’existence de l’Empire byzantin et peut-être aussi parce que les spécialistes des trois grandes civilisations médiévales des 8e-12e siècles ne travaillent ensemble que depuis trop peu de temps. Il y a aussi sans doute une autre explication: l’Occident a longtemps ignoré toute la civilisation arabo-musulmane, ou l’a dépréciée (voir l’époque coloniale). Ensuite, grâce aux travaux des spécialistes on s’est mis à en mettre en lumière ses richesses (art, kalam, falsafa, droit etc.). Mais du coup certains (en particulier des non spécialistes) en sont venus à croire ou à dire que l’Occident n’avait rien fait! C’est une histoire classique de balancier: on a eu le même phénomène à propos de la civilisation des Vikings. Ce qui relève de l’idéologie serait une tendance à l’auto-critique un peu trop forte de nos jours en Europe.

3. Votre thèse a fait l’objet d’une diffusion sur des sites d’extrême-droite en France, connus pour leur rejet radical de l’islam. Comment expliquez-vous cette récupération et qu’en pensez-vous, avec
le recul ?

Je ne suis pas sûr que ces sites aient lu mon livre.. Ils ont pris certains éléments, tirés hors de leur contexte, pour en faire leurs choux gras. Ils ont aussi utilisé des articles de journaux qui eux-mêmes déformaient mes thèses. Je suis blessé de cette récupération. Je signale que des gens d’extrême-gauche ont eux aussi déformé mon livre et m’ont accusé de manière brutale. On passe d’ailleurs sous silence, des deux côtés, les commentaires positifs que je fais de la langue arabe, ou des qualités de commentateurs du Coran comme Tabari, ou des falasifa…. . Avec le recul, je me dis que j’aurais dû faire une introduction plus longue et plus claire pour insister sur le fait que je faisais un essai sur une période du Moyen Age et que je n’en tirais et ne voulais qu’on en tire aucune conclusion générale pour notre époque. Nous vivons d’ailleurs une époque très différente où existe un véritable dialogue: nous ne sommes plus au Moyen Âge justement! (une interview comme celle-ci le montre!).

4. Vous rappelez, dans un appendice de votre livre, que Sigrid Hunke, auteur du livre Le soleil d’Allah brille sur l’Occident, fut membre du parti nazi. Pour elle, l’islam apparaît comme « civilisateur » par rapport à un judaïsme et un christianisme « décadents ». Comment expliquez-vous la fortune qu’a eu ce livre depuis sa parution et comment expliquez-vous sa réimpression constante ?

Sigrid Hunke a écrit un texte imprégné par ses idées nazies et son admiration pour la religion païenne des anciens Germains. Hostile au christianisme elle a utilisé l’époque médiévale pour le déprécier. Elle a d’ailleurs refait ensuite la même chose en opposant le catharisme au christianisme… Pourquoi a-t-elle eu du succès? Peut-être parce qu’elle écrivait très bien? Et aussi parce qu’elle traite un sujet fascinant: celui des rapports entre les civilisations méditerranéennes! Les spécialistes de l’islam s’en sont méfiés, mais le grand public n’a pas été averti de ses parti-pris.

Orient / Occident

1. Récemment, le Journal Hebdomadaire a publié un « coup de colère » d’un responsable de la communauté juive de Fès qui se plaignait que, lors de l’anniversaire des 1200 ans de la ville de Fès que nous célébrons en ce moment, aucun membre de la communauté juive n’ait été invité à prendre la parole pour parler de cette longue histoire commune, alors que Fès fut, à une époque, peuplée pour moitié de juifs. Diriez-vous qu’il y a, du côté des musulmans, un déni du rôle exercé dans l’empire musulman par les membres des religions minoritaires, judaïsme et christianisme ? Ce déni est-il du même ordre que celui que les musulmans ressentent à propos du peu d’empressement que la recherche historique européenne a eu longtemps à reconnaître le rôle culturel joué par la civilisation arabe ?

Le monde musulman est très divers et en pleine évolution. Les dénis dont vous parlez ont été assez répandus, à certaines époques du moins. Les choses changent depuis les progrès des travaux scientifiques et les dialogues des politiques. Pour ce que je sais, je ne suis pas sûr que les historiens musulmans actuels oublient le rôle des communautés juives ou chrétiennes dans le monde abbasside (il y a des livres parus sur ce sujet). On entend même des déclarations rappeler la diversité religieuse de cet empire. Je dirai plutôt que ce sont les Européens actuels qui oublient ces minorités. Peut-être parce que dans une Europe de tradition « catholique » ou « protestante » (ou agnostique) on a tendance à oublier les chrétiens orthodoxes ou les différentes chrétientés d’Orient?

2. Pensez-vous qu’une solution à ce conflit réciproque ne consisterait pas à laisser de côté les références religieuses et à s’en tenir à des expressions plus neutres, comme « monde latin » ou « monde arabophone », ce qui permettrait de faire justice à tous ceux qui, dans le mode arabe, ont contribué à cette culture, qu’ils soient juifs, chrétiens ou persans ?


Au Moyen Âge le poids du religieux était très important: on ne peut l’écarter comme facteur, mais je suis entièrement d’accord avec vous. On est piégé par les mots. Il faudrait parler des grandes langues qui ont été les vecteurs de civilisation (arabe, grec, latin). C’est l’un des regrets et des reproches que je fais à mon livre avec le recul. Et je pense aussi en effet qu’il faut rendre justice à chaque peuple, à chaque civilisation.
3. La science


1. On a l’impression, à la lecture de votre livre, que la notion même de science est suffisamment claire aux yeux des acteurs de l’époque pour qu’ils aient pu privilégier ce contenu plutôt qu’un autre.
Pourtant, ce que nous appelons « science » aujourd’hui, était-il si clair à l’époque médiévale ? Comment alors parler de diffusion de connaissance proprement scientifique si la définition même de la science n’avait pas le même sens ?


Il me semble qu’au Moyen Âge, avant le 13e siècle du moins, ce que l’on appelle « science » ne correspond pas à ce que l’on appelle science aujourd’hui dans le monde entier. Je suis aussi d’accord avec vous lorsque vous dites que le terme de « science » utilisé à Paris, Bagdad ou Byzance au Moyen Age n’avait pas forcément le même sens pour tous. Il y a des débats sur l’aspect scientifique de l’astrologie par exemple (déjà!). Au XIIe siècle pour un chrétien la science du hadith – qu’il ne connaît pas – n’est pas une science; pour un musulman elle l’est évidemment. Il faudrait parler de « savoir » plutôt que de « science » pour éviter l’anachronisme. c’est encore un problème de mots: quel terme utiliser de nos jours pour faire comprendre les mots utilisés au Moyen Âge? Et c’est vrai dans tous les domaines (termes commerciaux, noms donnés aux impôts). C’est l »un des aspects les plus difficiles du métier d’historien: traduire, sans trahir. Je ne dis pas que j’y suis parvenu.

2. Vous savez que la polémique autour du rôle à accorder à la civilisation arabe dans la transmission et l’élaboration du savoir antique est née dans le monde arabe à une époque de revendication nationaliste, plus précisément chez les chrétiens arabes du Liban dans les années 20 du vingtième siècle. N’avez-vous pas l’impression qu’en parlant de « science » de façon aussi univoque, vous êtes vous aussi victime de la conception dépassée que l’on se faisait de la science à ce moment-là ?

C’est possible en effet, et cela rejoint la question précédente. C’est le piège de l’anachronisme que pourtant je signale dans le livre. Et un historien court toujours le risque en effet de se faire piéger…

propos recueillis par Hicham Bennani

EXTRAITS du livre Aristote au Mont Saint-Michel de Sylvain Gouguenheim :

Page 14 : Des nuances sont parfois proposées, ainsi de la part d’universitaires arabes chrétiens qui mettent l’accent sur la nature plus arabe que musulmane de la civilisation abbasside (où pourtant, les Persans jouèrent un rôle essentiel). Enfin, au sein des islamologues occidentaux, les jugements sont partagés, allant de l’adhésion totale à une profonde réserve. Mais la thèse la plus médiatisée est bien celle qui confère à l’Islam médiéval la paternité de l’essor de la civilisation européenne. A cette présentation s’ajoute une vision spécifique du monde européen : sans l’entregent de l’Islam, l’Europe ne serait pas sortie des « âges sombres » du Moyen Orient.
La théorie de la dette de l’Europe implique celle de la prééminence du monde musulman sur la chrétienté médiévale. Une sorte de légende noire du Moyen Age semble de nouveau prendre le dessus ; elle donne de l’Europe des VIIe-XIIe siècles l’image réductrice d’un continent arriéré, enfermé dans les Dark Ages, cliché que des historiens avaient pourtant cru réfuter.
Ce contraste entre les deux civilisation est attribué à la nature même du Dar al Islam, présenté sous les séduisantes couleurs d’un univers de tolérance religieuse, d’ouverture culturelle, d’essor scientifique rationaliste, bref une civilisation supérieure à ses homologues chrétiennes, bysantine ou latine, et somme toute fort proche de la civilisation idéale, du moins telle qu’on se la figure de nos jours en Occident.

Pages 15 : Une autre approximation consiste à faire du monde islamique un bloc homogène, et à confondre en particulier arabité et islamisme, attribuant à l’Islam, civilisation fondée sur une religion, ce qui relève de la culture de langue arabe. Or l’univers arabe ne peut être réduit à une seule foi, pas plus de nos jours qu’au Moyen Age. A cet égard, les données démographiques sont importantes : les arabes chrétiens et les chrétiens arabisés du fait de la conquête musulmane constituaient encore près de la moitié de la population des pays d’Islam aux alentours de l’an mil.

Page 16 : Lorsque A. de Libera parle du monde abbasside comme d’un monde « sans retard ni handicap intellectuels », où les mosquées sont de véritables lieux de recherche » et où l’on « savait parfaitement réciter et interpréter la Coran », il amalgame des éléments très différents. Si la dernière affirmation est d’évidence exacte, la seconde, faisant des mosquées des lieux de recherche » est en revanche erronée, puisqu’elle extrapole à l’univers des sciences ce qui ne concernait que les études portant sur la religion.

Page 17 : L’exemple, maintes fois rapporté par les manuels scolaires, du noble syrien Ousama, laissa un témoignage ironique et mordant sur les désatstreuses pratiques médicales des francs. Or des travaux récents ont montré qu’Ousama avait composé un texte de propagande et surtout, que la médecine des Francs était loin d’être aussi médiocre qu’il le prétendait. Par ailleurs, si l’Europe doit la Renaissance à l’Islam, il faut comprendre ce dernier n’a pas en retour participé à cette Renaissance. On méconnait ainsi souventn ou l’on dévalorise le passé européen, tandis que l’on vante celui de l’Islam. La honte et l’orgueil se font face ; il n’y a pas là de quoi bâtir un dialogue fructueux.

Page 18 : Ces interrogations portent en germe un autre problème, que seuls de rares spécialistes ont abordé : celui de la qualité et de l’exactitude des traductions effectuées, et donc de la portée des livres ainsi obtenus. Il n’est ni aisé ni anodin, de passer du grec à l’arabe- que ce soit ou non par l’intermédiaire du syriaque-, puis de l’arabe au latin.

Nul ne peut nier qu’avec la chute de l’Empire romain d’Occident, le savoir antique tomba en grande partie dans l’oubli. Toutefois, il est également indéniable que Byzance sut, à partir des VIII et Ixe siècles, se tourner de nouveau vers ses origines grecques, et que, dès la renaissance carolingienne, l’Europe occidentale fut animée du même souci.

Page 20 : Il est nécessaire de rappeler tout ce que le développement scientifique du bassin méditérrannéen et de l’Europe doit aux chrétiens syriaques des Vie-Xe siècles. La science arabo-musulmane, en particulier, leur est redevable du socle de ses connaissances. Un autre phénomène est de nos jours largement ignoré, bien qu’il ait eu ses historiens : la vague de traductions de l’œuvre d’Aristote, effectuées directement à partir des textes grecs à l’abbaye du Mont-Saint-Michel, cinquante ans avant que ne démarrent en Espagne, à Saragosse ou à Tolède, les traductions réalisées d’après les versions arabes de ces mêmes textes. Cet ample mouvement, où se distingua Jasques de Venise (mort vers 1150), à permis à la France du Nord et à l’Angleterre germanique, de disposer de l’intégralité de l’œuvre d’Aristote et de commencer à faire fructifier cet héritage, scientifique et philosophique, avant de disposer des traductions de l’arabe.

Pages 21 : La passion exprimée pour la pensée grecque par les falâsifa, les grands philosophes musulmans tels qu’Al Farabi, Avicenne ou Averroès, a-t-elle eu des répercussions hors de la sphère du monde des idées ? L’hellénisation fut-elle un phénomène général, touchant la société et les mentalités collectives, ou demeura-t-elle circonscrite à quelques membres des élites intellectuelles ? Et, chez ces derniers, quelle fut en définitive la place respective accordée à la pensée grecque et aux principes islamiques ? Cela revient à déterminer quels rapports entretinrent avec le savoir grec ces trois ensembles que l’on confond parfois, à savoir la religion musulmane (Islam), la société musulmane (Islam) et les lettrés de langue arabe (toutes religions confondues). Cette mise au point est nécessaire avant de poser la question de la dette de l’Europe envers l’Islam.

Page 23 : Les Grecs, comme les arabes ou les indous, n’avaient pas la possibilité de vérifier leurs hypothèses de manière assurée : ils ne « calculaient » pas, au sens où l’on se mit à calculer en Europe à partir de la fin du Moyen Age. L’exemple des mathématiques des éclairant : les Grecs, les Indous ou les Arabes n’usaient pas du formalisme abstrait qui nous est devenu familier mais qui remonte aux travaux de Chuquet, Viète et Descartes et n’a pris la forme que nous lui connaissons qu’au XIXe siècle.

Page 27 : Les sociétés chrétiennes des marges de l’Empire byzantin ont connu une évolution inverse : la grande vague de traduction des œuvres grecques en syriaque commença en effet dès le Vème siècle. Pour des raisons religieuses, les Syriaques ont privilégié les textes philosophiques et scientifiques qui permettaient de combler les imperfections de la Bible et de répondre aux défis des débats théologiques.

Page 40 : Les livres des grands médecins grecs furent abondamment recopiés, tandis que leur enseignement se diffusa dans l’ile et dans le Sud de l’Italie.

Page 50 : Le mouvement continue au début du XIIe siècle, grâce à un homme curieusement oublié, Jacques de Venise, qui passa une partie de sa vie au monastère du Mont Saint Michel. On lui doit la quasi-totalité de l’œuvre d’Aristote.

Page 85 : Les Syriaques furent en effet les intermédiaires essentiels de la transmission en arabe des textes savants de l’Antiquité grecque. Comme le rappelle R. Le Coz : « Il faut bien se rendre compte que tous les savants de l’Islam n’ont jamais eu accès aux textes anciens originaux, tous leurs travaux ayant été effectués à partir de traductions…De fait, jamais les Arabes musulmans n’apprirent le grec, même Al Farabi, Avicenne ou Averroès l’ignoraient : peut-être ne jugeaient-ils pas utile d’apprendre cette langue, alors qu’ils étaient détenteurs de la plus belle des langues, celle qui, d’une manière inimitable, avait transmis l’éternelle Parole de Dieu. Ils n’abordèrent donc les œuvres grecques qu’au travers des traductions en arabe effectuées par les chrétiens syriaques, tant et si bien que connaître l’état du savoir syriaque revient à connaître l’héritage dont les musulmans se sont trouvés dotés. Les chrétiens syriaques, nestoriens ou monophysites, furent donc à la source de la culture écrite arabo-musulmane.

Page 88 : Des chrétiens ont ainsi forgé, de A à Z, le vocabulaire scientifique arabe. Telle fut notamment l’œuvre d’Hunayn ibn Ishaq, le véritable créateur de la terminologie médicale arabe, dont le génie consista non seulement à décalquer les mots grecs et à les « arabiser » en leur donnant une sonorité arabe, mais aussi à inventer des équivbalents arabes en prenant appui sur le sens des mots.

Pages 93 : Al Hajjaj Ibn Yusuf fut l’un des personnages majeurs du triomphe de l’islam à la fin du VIIe siècle, l’homme fort d’Abd al Malik, lequel imposa son propre codex du Coran, fit interdire les autres, et n’hésita pas à faire bombarder la Ka’ba de La Mecque pour déloger le calife ennemi Abd Allah ibn al-Zubayr. C’est dire la qualité reconnue au médecin juif pour qu’on acceptât de lui confier la santé d’un personnage aussi important.

Page 129 : Le rejet –ou l’indifférence- du savoir grec se manifeste encore à travers la destruction des centres culturels qu’étaient les monastères, les musulmans n’agissant pas différemment des Vikings. Le mont Athos lui-même fut victime d’attaques violentes : dans la « montagne sacrée » des orthodoxes, le couvent de Vatopédi aurait été à moitié pilllé en 862.

Page 151 : Si la pensée d’Al Farabi, Avicenne et Averroès est admirable, doit-on faire d’eux des esprits rationalistes, au sens où nous l’entendons ? Il est peut-être plus juste de comparer leur démarche à celle d’un Anselme. Le falsafa se heurtait en effet à une difficulté immense : l’idée de causalité développée par les Grecs ne permettait pas de rendre compte de celle de création, à la base du Coran.

181 : La religion musulmane a façonné une civilisation originale, à laquelle peut s’agréger n’importe quel peuple, mais où la place laissée aux influences culturelles extérieures, certes possible, est soumise à des conditions. Il leur faut d’abord passer par le crible juridique et conceptuel issu du Coran.

183 : Que l’Islam ait conservé, grâce aux chrétiens syriques, arabes ou arabisés, une grande partie du savoir grec est indiscutable. Que l’Occident en ait bénéficié est exact, même si ce ne fut pas l’unique canal par lequel il redécouvrit ce savoir. Mais que les musulmans aient volontairement transmis ce savoir antique aux chrétiens est une vue d’esprit. Ces temps de jihad et de croisade ignoraient les coopérations culturelles entre des mondes en guerre.

Non que le monde ismanique soit resté passif face au savoir grec. Il le soumit à un filtre, l’orienta dans un sens religieux, le repris, voire le prolongera dans certains aspects comme en mathématiques ou en médecine. Mais passif, l’Islam le fut vis-à-vis de l’Occident. Les musulmans n’ont pas frappé à la porte des chrétiens en leur apprtoant des œuvres d’Aristote, à charge de les traduire de l’arabe au latin. Ils n’avaient pas non plus l’intention de faire découvrir au monde chrétien ses propres racines, ni de le « civiliser ». Le monde européen a su trouver en lui-même les sources nécessaires et suffisantes à la traduction des ouvrages grecs, puis à leur commentaire et à leur exploitation.

Page 187 : certains transferts scientifiques furent possibles, tels la numérisation de position et les chiffres arabes que , après tout, l’Islam les avait lui-même empruntés aux polythéistes hindous via l’intermédiaire syriaque.

Page 189 : Le fossé entre les deux civilisations médiévales ne cessa de se creuser. Il fut ouvert dès les origines de l’Islam. Bien avant les croisades, de violentes critiques s’élevèrent contre les Chrétiens, principalement en raison du fait que, en vertu de ce que le Coran fait dire à Jésus, le christianisme est perçu comme un polythéisme qui admet l’existence de trois dieux : le Père, le Fils et Marie. Ce n’est certes pas la Trinité telle que les chrétiens la conçoivent, mais c’est celle que Jésus, dans le Coran, affirme ne jamais avoir enseigné à la place du strisct monothéisme islamique.

Page 190 : L’un des plus fameux reproches adressé aux chrétiens est d’avoir caché que Jésus aurait annoncé la venue de Mohamet. Si Jésus est le fils de Dieu, alors Mahomet ne peut être son Prophète. Cette vérité vaut pour les deux mondes.

Le Journal Hebdomadaire, mai 2008

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2 Réponses

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  1. iskender kebab said, on février 2, 2009 at 1:59

    salut à toutes et à tous,
    ça y est : la version 2009 d’islam-documents.org est enfin disponible: 3500 pages. bonne lecture et bon courage!

  2. zaganiaris said, on novembre 11, 2009 at 2:40

    j’ai lu le livre de Gouguenheim et je trouve ton article très intéressant car il essaie de rendre compte des débats ainsi que de les complexifier ; pour ma part, je suis très foucaldien et je crois que le problème du savoir n’est pas d’être vériridique ou pas mais de comprendre comment est-ce qu’il se construit et comment est-ce qu’il s’inscrit dans des rapports de force ; il est intéressant de voir à la fin du livre de Gouguenheim les références qu’il fait au choc des civilisations de Huntigton et la manière dont il les reprend à son compte. Là, le problème est ontologique ; pour lui les civilisations sont par essence conflictuelles. C’est une autre vision ontologique que possède Dimitri Gutas, cité par Cheddadi, qui considère que les civilisations sont capables d’être métissés culturellement et d’être intellectuellement hybrique. Pour ma part, je suis plus proche de la seconde thèse. Jean Zaganiaris


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