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Festival Mawâzine

Posted in Culture by hichambennani on mai 25, 2008

Mawâz’in

par Hicham Bennani et Aïda Semlali


Dee Dee Bridgewatercredit (photos Driss Ben Malek)

Dee Dee Bridgewater (photo Driss Ben Malek)

Le Festival Mawâzine enrichit sa programmation et annonce cette année la couleur : jouer dans la cour des grands festivals du monde. Ambiance, coulisses et indiscrétion, immersion dans une édition pas comme les autres.

16 mai. La date pouvait éveiller de biens mauvais souvenir. Mais ce jour-là, soit très exactement cinq ans après les attentats de 2003, les Rbatis et les visiteurs venus d’autres villes n’avaient d’yeux que pour le démarrage du festival Mawâzine Rythmes du Monde. Après une spectaculaire parade dans la capitale sur le Boulevard Mohammed V et des feux d’artifices, la légende Georges Benson a officié aux pieds des Oudayas pour ouvrir un festival qui, d’emblée, a donné le ton : l’heure est à la fête et à l’ouverture sur les cultures du Monde. Volonté implicite ou hasard du calendrier, à une triste date s’est substituée une autre, marquant le nouveau départ d’un festival appelé dès cette édition à devenir grand.

George Benson (photo Lotfi Rachidi)
George Benson (photo Lotfi Rachidi)

L’ambition est clairement affichée du côté de Maroc-Cultures. L’association organisatrice n’a pas fait les choses à moitié, et pour cause. Surnommé dans la capitale cette année «le festival du roi», Mawâzine «aspire à répondre aux ambitions culturelles et artistiques de Sa Majesté le Roi Mohammed VI pour la ville Rabat et pour l’ensemble du Royaume», comme l’indique son conseiller Mounir El Majidi, fraîchement nommé cette année pour présider l’association et le Festival. Et si quelques citadins pointent du doigt le budget colossal de Mawâzine, estimé pour l’instant par les organisateurs entre 22 et 24 millions de DH, une somme «qui aurait pu être investie dans des projets plus constructifs» comme le regrettent certains, le public a massivement répondu présent pour cette nouvelle édition.
Toujours selon les organisateurs, ce sont plus de 120 000 personnes qui se sont pressées chaque jour sur l’ensemble des neuf scènes aménagées pour la circonstance. Si Mawâzine a aussi programmé une exposition, un colloque et, comme à son habitude, le concours pour jeunes talents Génération Mawâzine, c’est indéniablement les têtes d’affiches qui ont constitué la principale attraction du festival. Avec plus de cent concerts sur neuf jours, il y en a eu pour tous les goûts et toutes les poches, même les moins garnies, la plupart des concerts étant gratuits. Le coup d’envoi a été marqué par une effervescence et des embouteillages, peu ordinaires dans la capitale.

Haute Surveillance

Point de vue sécurité, verrouillage total. Aux côtés des agents de la sécurité, personne ne manque à l’appel, de la police aux gendarmes, en passant par les forces auxiliaires et les agents en civil. Sous pression, ils ne sont pas rares à se plaindre des conditions de travail et de la pression subie, «de six heures du matin à plus d’une heure du matin le lendemain, sans interruption et sans aucune rétribution supplémentaire». Les sites ont bénéficié d’une attention toute particulière. «Un véritable travail de fourmi a été effectué sous les instructions de Maroc-Cultures pour enlever les pierres qui étaient aux alentours de la scène», explique un responsable de l’un des sites en plein air. Seul point noir, on empêche «d’entrer avec des bouteilles en plastique, mais les sacs ne sont pas fouillés et il n’y a pas de détecteurs de métaux», déplore une organisatrice qui a préféré garder l’anonymat.

Pas intimidés pour autant, les spectateurs n’ont pas résisté à l’appel de la fête. La programmation adaptée à chaque quartier a largement contribué au succès de cette édition. De l’ambiance intimiste du Chellah aux foules de Hay Nahda, en passant par la Villa des Arts et la Place Moulay Hassan, les intérêts du public se sont naturellement disséminés aux quatre coins de Rabat. Au Bouregreg, comme sur la plupart des autres scènes, l’ambiance est mi-chic, mi-choc, avec un espace VIP réservé pour l’élite, devant une foule plus populaire, froissée parfois par les choix de certains artistes. Ainsi, pour le final du concert du groupe espagnol Los Delinquentes, sur une chanson suggérant l’exhibition, un de ses membres a cru bon de se déshabiller et de dévoiler ses fesses au public. Lequel a réagi en sifflant cet écart de conduite. Un effeuillage dont le groupe a l’habitude de gratifier son public espagnol. Pas de chance et manque de bon sens : «Je ne comprends pas pourquoi les Marocains ont réagi comme ça. On veut revenir au Maroc mais ce qui est sûr, c’est qu’on ne se déshabillera plus !» conclu Canijo, le leader du groupe. Autre artiste à avoir récolté quelques sifflets et huées, Goran Bregovic. Le musicien et son orchestre ont démarré le concert par des chœurs, pris (à tort) pour des chants religieux. Dès que le style musical est devenu plus entraînant, les applaudissements et les danses sont venus rétablir la bonne marche du concert. Quant à l’organisation aux abords de cette scène, elle a été saluée dès le premier soir, avec des parkings accessibles, ce qui n’a pas été le cas le lendemain dans le même périmètre. Pour espérer garer sa voiture, le pare-brise devait porter le macaron du festival. Afin de se débarrasser d’une automobiliste insistante, la raison, avérée ou simple prétexte, est soufflée par un policier excédé : «Moulay Rachid et Moulay Ismaïl sont attendus, circulez !»

Amr Diab (photo Lotfi Rachidi)
Amr Diab (photo Lotfi Rachidi

Autre lieu, autre ambiance : Hay Nahda et sa population paupérisée. Choisi pour sa grande capacité d’accueil et désigné pour clôturer le festival avec Whitney Houston, le stade a connu la programmation de gros calibres comme Nancy Ajram, Assala, Nass El Ghiwane, Fadel Chaker ou encore Amr Diab. Tous ont été accueillis par un public conquis, constitué en majeure partie de familles du quartier. D’après les organisateurs, la Syrienne Assala, vêtue d’un caftan marocain lors de son concert, aurait été acclamée par 45 000 spectateurs. Le stade n’a jamais désempli, et c’est l’icône libanaise Nancy Ajram qui a remporté la palme du record d’affluence, avec une ambiance type Coupe d’Afrique des Nations dans les rues de Hay Nahda. Atiq Benchiguer, qui a animé cette scène du début à la fin, s’est dit satisfait à cent pour cent. «Ce qui marche le plus, ce sont des artistes comme Nancy Ajram et Fadel Chaker. Ils chantent des tubes qu’on peut trouver en cassette à Derb Ghalef». Le présentateur-vedette souligne que lors de la soirée Fadel Chaker, malgré un public moins nombreux que pour Nancy Ajram, une véritable fusion a opéré avec le chanteur libanais

Le peuple et les bourgeois


L’enchantement n’a par contre pas toujours été au rendez-vous sur la scène Al Qamra. Situé à proximité des quartiers populaires de la capitale, le lieu à été le théâtre des scènes les plus lugubres de ce festival. Le concert de Bilal a réuni une foule en délire, difficile à maîtriser (cf. encadré). Lors du concert de Ziggy Marley, fils de Bob, il n’y a pas eu de débordements majeurs, bien qu’il était presque impossible d’être à l’intérieur de l’arène. Être VIP, invité ou journaliste était donc la meilleure solution pour éviter de se faire engloutir par les fanatiques. «Le public de Ziggy Marley a été formidable. Il y a toujours 40 % du public qui vient à chaque fois sur la même scène, provenant des quartiers voisins, et 60 % qui viennent d’ailleurs. C’est cette dominante qui détermine l’ambiance générale», analyse Rachid Fekkak, animateur des lieux. Natacha Atlas, en revanche, n’a pas fait vibrer le public. «Quand je suis dans un pays occidental, j’ai l’impression que je ne suis pas assez arabe… Et quand je suis dans un pays arabe, c’est le contraire», se justifiera par la suite la chanteuse. Latifa Raafat et Saida Charaf, quant à elles, ont été à la hauteur des attentes de leurs fans.
Non loin de là, Hay Riad n’a accueilli en moyenne que 3000 à 4000 spectateurs par soir. Avec Tony Allen, Mazagan ou Matthew Skoller, l’ambiance a été bon enfant et n’a pas perturbé le rythme des habitants du quartier. Un succès mitigé, peut-être dû à une programmation moins alléchante. À moins que ce ne soit dû à un public plutôt bourgeois, pas forcément enclin à se frotter au peuple. «S’il n’y a que des 3roubs, laissez

Ziggy Marley (photo Lotfi Rachidi)
Ziggy Marley (photo Lotfi Rachidi)

tomber», avertit sur le site Facebook un festivalier, à propos de la soirée spéciale « électro », accueillant Grace Kelly et David Vendetta. «Hay Riad est un quartier qui réunit tous les clubbers de Rabat, tous les jeunes qui vont en boîte le samedi soir, inscrits à Descartes ou dans des écoles privées», explique Samid Ghailan, qui a présenté les concerts.

Au Théâtre Mohammed V, l’ambiance est beaucoup plus cossue. On y verra même la princesse Salma assister au concert «Les voix des années 70», réunissant les groupes Tagada, Lamchaheb, Jil Jilala et Nass El Ghiwane. Franc succès auprès du public, même si les agents de la sécurité dans la salle veillent à ce que les spectateurs ne quittent pas leurs sièges pour danser. Moment fort du festival, le concert d’Al Di Meola a fait salle comble, avec une assemblée de connaisseurs et fans du guitariste. Dès son entrée, il a été salué d’une longue standing ovation. La reine du fado Christina Branco et l’Orchestre Symphonique Royal ont réuni moins de monde, mais ont séduit, voire surpris. L’Orchestre a ainsi opté pour l’interprétation de musiques de films, comme Star Wars ou New York, New York.

Mystère cachet

Globalement, le public tire un bilan très positif, à l’instar des artistes. Du moins les étrangers. D’Al Di Meola

Whitney Houstoncredit (photo Lotfi Rachidi)
Whitney Houston ( Lotfi Rachidi)

qui déclare à la fin de son concert «le moment que j’ai passé avec vous restera à tout jamais gravé dans ma mémoire», à Dee Dee Bridgewater qui s’essaie sur scène aux joies de la fusion jazz-gnaouas, et jusqu’au méritant Goran Bregovic, d’abord conspué avant d’être consacré la même soirée, tous confient repartir avec un souvenir impérissable. Le discours n’est pas aussi courtois du côté des artistes marocains. Nerf de la discorde : l’argent et les cachets jugés parfois insuffisants, comme le laisse entendre un des membres du groupe maroc-hollandais Kasba : «Au niveau de l’organisation, tout s’est bien passé. Ils sont plus forts que les Européens. On représente la culture marocaine à l’étranger, et il serait juste qu’on soit respecté au même titre que les autres artistes étrangers». Les cachets prétendument faramineux des stars, un sujet qui a beaucoup alimenté les conversations Mawâziniennes. Pourtant, afin d’offrir un maximum de spectacles gratuits, les responsables assurent avoir énormément négocié les cachets des artistes étrangers. À tel point que ceux-ci ont été tenus secrets, les stars craignant que cela ne leur porte préjudice à l’avenir pour d’autres dates.
Si le secret reste entier quant aux mystérieux montants de la discorde, les fuites sur les stars et leurs caprices ne se sont pas faites discrètes. Amr Diab a reporté trois fois dans la même journée sa conférence de presse, pour finir par arriver avec une heure de retard à son concert, Whitney Houston réclame des fruits de mer et du lait de soja, quand Ziggy Marley, moins exigeant, a boudé en toute simplicité le plaisir des dîners VIP pour préférer un tagine sans prétention dans la médina de Rabat.
Reste que le festival aura déchaîné les passions dans une ville d’ordinaire plus accoutumée au train-train des fonctionnaires qu’aux nuées de stars. Avec une programmation aussi riche cette année, le challenge est désormais de taille pour les autres festivals de Musique du Monde comme pour Mawâzine himself. «Nous travaillons déjà à la prochaine édition, nous sommes condamnés à faire mieux», signale Aziz Daki, porte parole du festival. Les têtes d’affiches pour l’ouverture et la clôture de la prochaine édition sont déjà confirmées, mais leur identité demeurent pour l’instant strictement confidentielle. Patience donc pour connaître les stars-mystères de la 8e édition, qui confirmera à n’en pas douter la Mawâzinomania.

Interview Aziz Daki,

Directeur artistique, chargé de la programmation internationale et Porte-parole du Festival.

photo Driss Ben Malek
photo Driss Ben Malek

Plus de jours, plus de scènes, plus d’artistes. Est-ce le début d’une nouvelle ère pour Mawazine ?
Oui, on peut le dire. C’est le début d’une volonté de faire de Mawazine un grand festival, un festival ambitieux qui n’a absolument pas à rougir face aux grands festivals du monde. Nous sommes bien partis pour évoluer dans ce sens.

Il était important de mettre autant de moyens pour cette nouvelle édition ?
Il était très important de mettre autant de moyens et surtout, de convaincre de grands artistes de venir à ce festival. C’est le plus important pour nous. Avec la présence de tous ces artistes, et jusque là tous repartent heureux, satisfaits aussi bien des conditions d’accueil, de la technique, c’est très important, c’est-à-dire du son, des lumière, vidéo et autres que du public. Le public est extraordinaire et pousse ces artistes à se surpasser. Ces artistes jouent rarement devant un public aussi enthousiaste et aussi chaleureux. Il est très important que ces artistes, qui chacun dans sa sphère est influent, repartent et parlent de Mawazine. Beaucoup d’entre eux nous disent en rigolant : «Ne vous inquiétez pas, on va faire des relations publiques pour vous», et ça c’est très important.

En général, ça s’est plutôt bien passé, à l’exception de quelques exemples comme le concert de Goran Bregovic qui a démarré sous les sifflets.

Ecoutez, Mawazine ne donne pas au public que ce qu’il attend. Nous avons un concept fondateur, mais ce n’est pas le public qui nous dicte la programmation. Il y a un peu de risques dans cette programmation. Vous faites très bien de citer Goran Bregovic, un artiste reconnu mais pas très connu au Maroc. Pourtant, c’est l’un des meilleurs musiciens au monde dans son genre, il est extraordinaire. Il a commencé avec ses choristes, ses musiciens, sur un ton pas très rythmé, ça a été un peu compliqué, il y a eu quelques sifflements, mais le plus extraordinaire, c’est qu’une demie-heure après, ceux qui sifflaient en redemandaient et ceux-là même qui sifflaient sont restés jusqu’à la fin du concert et l’ont rappelé à plusieurs reprises pour un concert qui a duré trois heures. Il est très rare de voir un artiste donner une performance de trois heures.

C’est ce genre de défi que Mawazine souhaite relever?
Bien sûr. Il est indéniable qu’on prend des risques dans la programmation, car notre rôle n’est pas seulement de donner au public ce qu’il attend mais de lui permettre de découvrir d’autres artistes. Et dans ses découvertes, l’exemple de Goran Bregovic, début difficile mais triomphe au milieu et à la fin, triomphe total. Et tous les gens sont repartis avec les rythmes, les notes de la musique de Goran Bregovic dans leurs têtes, dans leurs yeux, dans leurs regards. Pour nous, nous avons réussi notre pari.

Le Festival a grandi et l’équipe organisatrice a beaucoup changé. Est-ce qu’il était nécessaire d’avoir quelqu’un comme Mounir El Majidi à la tête de l’association pour accompagner ce développement ?

Bien sûr. Il ne faut pas se leurrer, derrière tout grand festival, du moins au Maroc, il y a un homme. Il est clair que le rayonnement, l’ambition et la volonté que le festival de Mawazine joue dans la cour des grands est due au président de Maroc-Culture et au président du festival, Mounir El Majidi. Est-ce qu’on va s’en plaindre ? On ne peut que s’en satisfaire. La preuve, regardons les gens dans la rue, comment ils sont. Regardons aussi la réaction des journalistes étrangers qui sont sur place, mais aussi celles des managers, des agents, des techniciens étrangers. Il y a 1200 personnes qui sont venues pour participer au festival, qui sont invités, techniciens, musiciens, artistes. Tous sont très agréablement surpris, aussi bien par le sérieux, la qualité, la sécurité et le sens de l’engagement respecté du Maroc.

Mawazine a cette année mis la barre très haut. Est-ce que cela risque de faire du tort aux autres festivals, que ce soit en termes de programmation ou de sponsors ?

Absolument pas, la concurrence n’a jamais fait de mal. Et nous ne sommes pas du tout dans une optique de rivalité avec les autres festivals. Au contraire, ce que nous faisons déteint sur les autres et très positivement, car les artistes qui sont chez nous, qui viennent au Maroc et parlent du Maroc. Ce sera plus facile, car nous ouvrons des portes pour d’autres festivals pour avoir des artistes de ce type. Je pense que nous ne sommes pas dans une optique de compétition, qui est le meilleur. Tous les festivals ont leur place, tous ont leur public, qui ne se déplace pas facilement. Le festival d’Agadir a son public qui ne va pas à Mawazine et inversement. Sans compter qu’au Maroc, il n’y a pas encore suffisamment de festivals, il en faut encore davantage.

Mawazine met la barre très haut, même pour Mawazine-même. Ça va être difficile de se surpasser et de proposer une programmation aussi riche.
Nous y travaillons déjà. Pour la prochaine édition, les premiers contacts sont déjà pris. Nous sommes condamnés à faire mieux.

Propos recueillis par Aïda Semlali

Un danger nommé Mawâzine ?

«Pas facile de passer après Mawâzine», soupire l’un des membres du pourtant prestigieux Festival Gnaouas et Musiques du Monde d’Essaouira. Sur le créneau des festivals axés Musiques du Monde, l’effort déployé cette année pour la programmation de Mawâzine a de quoi inquiéter, même si le discours officiel se veut on ne peut plus assuré. «Concernant le festival d’Essaouira, je préfère ne pas faire de comparaison, ce sont deux festival distincts, indique Neïla Tazi, productrice et organisatrice du festival. Chacun à ses caractéristiques et ses spécificités, et l’un n’aura pas d’influence sur l’autre.» Même son de cloche du côté du rendez-vous des Musiques Amazighes et des Musiques du Monde à Agadir, le festival Timitar. Selon son Directeur artistique Brahim El Mazned, «chaque festival a son identité». «S’il faut avancer sur un festival, ajoute-t-il, ce n’est pas en faisant la course aux vedettes, d’autant que ça nécessite beaucoup de moyens». Difficile pourtant de résister à la demande du public et à la pression médiatique qui veut que les têtes d’affiches fassent aujourd’hui partie intégrante des grands festivals de la place. Timitar n’y coupe pas et offre cette année à son public le concert de Youssou N’dour. Par ailleurs, vu la très riche programmation de Mawâzine, on devrait retrouver quelques mêmes artistes d’un festival à l’autre. L’Orchestre National de Barbès et Rokia Traoré, tous deux programmés cette année à Mawâzine, seront ainsi respectivement à l’affiche du festival d’Essaouira et de celui d’Agadir. Le public ne pourra qu’apprécier.

Aïda Semlali

Bilal transcende le peuple

Lundi 19 mai, 23h. Scène Al Qamra. Après le groupe allemand Shaël Brass Band, la star algérienne Bilal fait son entrée. Une foule qui s’étend jusqu’à plus d’un kilomètre au-delà de l’espace réservé au public scande son nom. Elle est estimée par les organisateurs à 50000 personnes. « Il doit y avoir au moins 65000 énergumènes! » estime pourtant un mabar de la sécurité? Et d’ajouter, serein : « un tiers des hommes sont des flics en civil! » Yacoub El Mansour, Douar Al Askar, G3 et autre G5, les quartiers chauds de Rabat se sont donnés rendez-vous. Consommation de karkoubi, jets de pierre, de bouteilles, agressions au sabre ou au couteau, tentative d’incendie, viols…La tension est à son comble. Un membre du staff technique est blessé au crâne et le groupe allemand obligé d’attendre la fin du show pour rentrer au bercail. « Je ne vais pas faire l’apologie du public. Il y a des choses qui ne rentrent pas dans le civisme! » dénonce Rachid Fekkak, animateur de la soirée. En cette sordide nuit, des gamins torses nus, agrippés à des poteaux d’éclairage hurlent le nom de leur idole, beaucoup plus vénérée au Maroc qu’en Algérie. « Leur attitude me dépasse. S’ils comprenaient vraiment les paroles de mes chasons, ils ne seraient pas violents! »s’indigne Bilal. A la barrière de sécurité qui sépare la horde enflammée de l’espace VIP, un homme aveugle pris en sandwich par des fans, sort du lot et crie : « je n’ai jamais vu ça de ma vie. Vive Bilal! »

Hicham Bennani

Le Journal Hebdomadaire, mai 2008

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