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Festival de Jazz de Rabat

Posted in Culture by hichambennani on juin 14, 2008

Musique sans jase

Le festival de Jazz de Rabat en est déjà à sa 13e année. Quel bilan tirer de cette édition ? Que faudrait-il pour qu’il continue à évoluer dans le bon sens ?

A mille lieux du gigantisme de Mawâzine, le festival Jazz au Chellah, a pris un peu plus de poils de la bête lors de ce 13e volet. Chaque année, cet événement qui propose une fusion entre jazz européen et musiques marocaines, séduit les férus de jazz rbatis. Autour de 6500 personnes se sont déplacées sur le féerique site du Chellah du 12 au 16 juin. Dans un esprit bien à lui, loin de TANJAzz ou de JAZZablanca, le festival de jazz de Rabat a offert un vol pour l’inconnu au public, composé de la crème de Rabat (malgré le coût de l’entrée qui était de 10 à 30 dirhams). Un véritable tour d’Europe a eu lieu durant ces cinq jours. Jazz oriental, électro jazz, musique du monde revisitée, fusions, classic jazz.. rien n’a été laissé au hasard. Ou plutôt, tout a été laissé au hasard, les artistes jouant d’improvisations et de vrilles symboliques. « On a eu 12 nationalités européennes, des mélanges de trios, et un mixage avec des musiques marocaines, on sentait cette année encore plus de curiosité, de joie et d’intérêt du public Marocain pour découvrir différentes variétés. » explique Jérome Cassiers, conseiller culturel de la délégation de la commission européenne. Guitare, oud et voix exceptionnelle ont ouvert le bal grâce au trio de Wolfgang Muthspiel et Youssef Dhafer. La flûte du surprenant Said Nouiar a corroboré cette osmose. Le groupe State of Monc, le violon d’Ahmed Cherkani et les percussions d’Abdellah Allaoui ont fait vibrer le public. En digne héritier de son père Hmida, Hassan Boussou a flirté avec les rythmes endiablés de Lansiné Kouayaté. Le trompettiste Flavio Boltro, le percussionniste Jauck El Maleh et le joueur de Oud Youssef Oulmadani ont uni leurs talents pour concocter un spectacle à couper le souffle. En clôture du festival, Majid Bekkas, Joachim Khün et Ramon Lopez ont joué des morceaux de leur album Kalimba, qui compte parmi les dix meilleurs albums de jazz de 2007. Le Béninois Joseph a fait une apparition surprise lors de cette dernière soirée, provoquant les âmes sensibles trop enfoncées dans leur place. Ami intime de Majid Bellas, Joseph est en fait un des membres du groupe africain qui se produit au Yacout, un pub de Rabat. Réputé pour faire « remuer les popotins », Joseph n’a pas failli à sa réputation : « je viens de Salé, je préfère être avec vous dans le sucré ! » a plaisanté l’artiste.

Implication marocaine


Jazz au Chellah est organisé depuis 1996 par la Délégation de la Commission européenne au Maroc, en partenariat avec le ministère de la culture et la Wilaya de Rabat. L’intégralité des recettes (93000 dirhams) sera versée à des associations caritatives marocaines. Les racines de ce festival remontent au temps des accords de Barcelone. Le volet social et culturel voulait qu’il y ait des échanges culturels via des activités artistiques. En 1996, l’ambassadeur de la délégation, ami du musicien Majid Bekkas souhaitait que le jazz reflète une forme de dialogue entre le Maroc et la France. Au tout début, le festival s’appelait Jazz aux Oudayas. Il a commencé dans une salle du musée des Oudayas (une kasbah proche de la médina de Rabat), avant de s’étendre dans le patio, puis dans l’esplanade des Oudayas. Pour les 10 ans du festival, l’événement a déménagé au Chellah. « Au fil des éditions, le public de ce festival rajeunit » constate Safaa Kaddioui chargée des affaires culturelles à la commission européenne. Et d’ajouter : « 70 % des spectateurs sont marocains et 60 % sont des jeunes. » Deux directeurs artistiques ont été désignés, l’un européen et l’autre Marocain. Il s’agit du parisien Habib Achour et de Majid Bekkas, le « magicien des rencontres ». Ce dernier déclare : « Le jazz a toujours été un métissage, même le jazz américain est un mélange de musiques africaines et d’improvisation, ce qu’on a fait c’est du jazz moderne, mélange de musique européenne, gnawas et africaine en général. Chacun a son apport, chacun a sa culture mais on est tous ensembles en parfaite harmonie. » Selon Bruno Dethomas, « c’est le directeur artistique qui choisi les groupes qu’il trouve bons et non pas l’ambassadeur », insistant par là sur l’implication des Marocains dans le projet. Jérome Cassiers partage le même avis, mais il précise que « ce serait superbe d’avoir un soutien marocain ». Ce responsable pense que la présence de partenaires marocains, autres que la wilaya et le ministère de la culture, seraient d’un apport non négligeable au festival. « Ce serait bien si l’union européenne élargissait le festival par quelques « master class » pour donner une chance à nos jeunes de découvrir des écoles musicales. » propose le conseiller du roi André Azoulay, qui a assisté à la clôture du festival. L’appel est lancé.

Hicham Bennani


Le Journal Hebdomadaire, juin 2008

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