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Une visite qui fera date

Posted in Maroc by hichambennani on juin 24, 2008

Le passage éclair de Rachida Dati dans le Royaume n’est pas passé inaperçu. Ses origines marocaines y sont sans doute pour quelque chose.

Il y a un an, Jean-Marie Le Pen, président du Front national (FN), s’en est pris à Rachida Dati en lui demandant de choisir entre le passeport français et la nationalité marocaine. « Le Front national est foncièrement hostile à la double nationalité » avait déclaré Le Pen avant les législatives. Si pour le président du FN, avoir une double nationalité constitue un handicap pour la France, la garde des Sceaux ne l’entend pas de cette oreille. Sa visite au Maroc le 21 juin en témoigne. À cette occasion, la ministre française de la Justice a endossé sa tunique habituelle de porte-parole de Nicolas Sarkozy, son mentor. Sa première prise de parole a eu lieu lors d’une conférence à l’université Hassan II de Aïn Chock à Casablanca ayant pour thème « Accès au droit et citoyenneté ». Etudiants et personnalités de tous bords ont rempli à l’extrême l’amphithéâtre de l’université. Photographes et caméramans se sont bousculés à bras le corps pour prendre des clichés de la première fille d’immigré au poste de ministre de la République Française. Un triste état de fait qui a donné des sueurs froides à l’entourage de la star du jour (plusieurs de ses frères et sœurs, ainsi que son père étaient de la partie) et qui a témoigné du manque d’organisation des responsables marocains. Cette frénésie pour la protégée du président français ne s’est pas arrêtée en si bon chemin. Une cérémonie a été organisée à l’Ambassade de France avec pour prétexte la rencontre de la garde des Sceaux avec la communauté française. Yasmina Baddou, Touria Jabrane, Latifa Akherbach, André Azoulay, Ahmed Toufiq, Karim Ghellab, Jamal Rhamani, Nizar Baraka et Mohamed Ameur étaient présents. Pourquoi le déploiement d’une telle armada pour une simple ministre de la Justice ?

Punching-ball des médias


Très fragilisée au sein du gouvernement et véritable « punching-ball » des médias en France, elle reste envers et contre tous, chaperonnée par Président de la République qui semblerait lui avoir confié une mission : encourager les investissements français au Maroc. Début juin, elle a mis le feu aux poudres en revenant sur la décision du Tribunal de grande instance de Lille, d’annuler un mariage parce que la mariée avait caché sa virginité. Après avoir affirmé que cette décision avait été «un moyen de protéger la personne», une grande partie de la classe politique et en particulier de l’UMP a bondi sur l’occasion pour crier haro sur la ministre. Sarkozy a aussitôt pris sa défense, saluant la qualité de son travail et déclarant qu’elle « représente une sensibilité au sein du gouvernement ».  La très étroite complicité entre le chef de l’Etat français et son poulain devenu grand ne date pas d’hier. En octobre 2007 dans l’émission Vivement Dimanche sur France 2, elle dit tout devoir à Sarkozy : « Mes parents m’ont donné la vie, il m’a donné un acte de naissance sociale ». A plusieurs reprises, le président a dû faire taire les critiques à l’encontre d’une ministre de la Justice habituée à se faire crêper le chignon. Rachida Dati a commencé à suivre le clan « Sarko » comme un mouton de Panurge, six mois avant qu’il ne soit le nouveau pensionnaire de l’Elysée. Alors conseillère de Nicolas Sarkozy au ministère de l’Intérieur, sa nationalité marocaine était un atout de taille pour favoriser le rapprochement entre Mohammed VI et le futur président. À l’époque, elle révèle au quotidien marocain Libération son regret que le Maroc ne fasse pas appel aux Marocains de France. « J’ai toujours entendu dire au plus haut niveau de l’Etat qu’on était les bienvenus et qu’on était des Marocains. Tant que ce discours ne sera pas contredit, je continuerai à me battre pour mettre le pied dans la porte de ce pays » indiquait-elle. Pour défendre la politique de Sarkozy en matière d’immigration, elle déclarait également : « Je vous mets au défi de trouver une disposition en terme pratique qui soit anti-immigré ou anti-immigration, il n’y en a pas ». Et d’ajouter : « Dans l’immigration choisie, vous pouvez choisir un ouvrier. Elle est choisie à tout niveau, ça peut être un étudiant, un ouvrier ou un cadre ». Le passé le prouve, Rachida Dati a toujours prêché pour la paroisse de celui qui voulait passer la banlieue au « Kärcher »… L’étroite complicité entre Sarkozy et sa ministre « ambassadrice » est un facteur qui explique la mobilisation marocaine de samedi dernier. Cependant, d’autres éléments justifient aussi cet engouement.

Rate son diplôme

Son parcours est hors normes. Rachida Dati est née en France (Saint Rémy) le 27 novembre 1965. Son père, Mbark Dati est un maçon Marocain illettré arrivé dans l’hexagone en 1963. Casablancais d’origine, il est « autoritaire, ponctuel et mélancolique » selon Rachida Dati. Sa mère, Algérienne, était femme au foyer analphabète. « Rieuse, ancrée dans la vie, ma mère était la lumière de ma vie. Quand je l’ai perdue, j’ai pensé avoir été punie » rapporte-elle également. Deuxième d’une famille de onze bambins, elle passe son enfance à Chalon-sur-Saône et travaille dès l’âge de seize ans comme aide-soignante et standardiste pour financer ses études. « J’ai installé mes frères et soeurs dans la vie qu’ils ont, ingénieurs, comptables… » raconte Rachida Dati. La « beurette » décroche son baccalauréat en 1983 dans un lycée public après être passée par une école privée catholique. Elle renonce à des études de médecine pour s’engager dans un parcours universitaire et obtient une maîtrise en sciences économiques à Paris II. « Pistonnée » par Albin Chalandon, qu’elle a rencontré lors d’une réception à l’ambassade d’Algérie, Rachida Dati effectue un stage auprès de la direction comptabilité-finance du groupe Elf Aquitaine. Elle prend ensuite des cours d’HEC à l’Institut supérieur des affaires (ISA), qu’elle quitte subitement en 1993, sans diplôme à la clé. Sa conseillère de presse explique, après une vive polémique autour d’une éventuelle usurpation de diplôme  : « Elle n’a pas obtenu son diplôme, alors qu’elle avait validé tous les modules, parce qu’elle n’a pas assisté au séminaire de clôture de l’année. Cela se passait en mai-juin et c’est juste le moment où elle a rejoint l’équipe de Jacques Attali, à la Berd (Banque européenne pour la reconstruction et le développement) à Londres ». Elle est ensuite contrôleuse de gestion à la Lyonnaise des eaux, puis conseillère technique à la direction juridique au ministère de l’éducation Nationale. Devenue magistrate grâce à l’appui des ex-ministres Albin Chalandon et Simone Veil (qui lui a permis de suivre le cursus de l’ENM -Ecole Nationale de la Magistrature- sans avoir à passer le concours d’entrée), elle est mise à la disposition du cabinet du ministère de l’Intérieur en 2003. Le 19 juin 2007, Rachida Dati devient garde des sceaux du gouvernement Fillon.
Un poste qui la propulse dans l’arène infernale des médias depuis plus d’un an. Victime de règlement de compte et de commérages, la « self-made woman » est surveillée de très près. Elle est devenue en l’espace d’une année, la personnalité politique la plus médiatisée après l’indétrônable Sarko. Ses deux frères Omar et Jamal Dati ont eu de graves problèmes avec la justice. Trafic de cannabis pour l’un et d’héroïne pour l’autre. « Si l’on appliquait à la lettre le projet Sarkozy-Dati sur les multirécidivistes, Jamal Dati devrait être condamné lourdement » pouvait-on lire dans les colonnes du journal Le Parisien. Ce mois-ci, L’Express, grand habitué des bras de fer avec la ministre, a publié un dossier intitulé « Enquête sur les caprices de Rachida Dati ». Selon le magazine, les excès de glamour terniraient son image de garde des Sceaux qui « entre dans les prisons comme on monte les marches du Festival de Cannes ». Samedi après-midi, c’est un tout autre qualificatif que la MAP lui a attribué. Comparée à une « ministre du travail », elle a rencontré des entreprises françaises implantées au Maroc et des jeunes du quartier de Sidi Moumen. Au centre social Oum Kalthoum, la ministre a écouté des jeunes chômeurs en cours de formation professionnelle et prévenu qu’elle reviendrait en octobre pour s’assurer que les entreprises françaises leurs auraient offert du travail. La figure de proue du président a insisté sur l’importance de l’Union pour la Méditerranée (défendu par Sarko) et a indiqué qu’elle venait de recruter un nouveau conseiller diplomatique, spécialiste du monde arabe et ancien ambassadeur du Qatar. Pour que le tableau de cette visite quasi-officielle soit parfaitement achevé, la « deuxième femme de France » s’est entretenue avec le premier ministre Abbas El Fassi dans la soirée de samedi.

Hicham Bennani

Le Journal Hebdomadaire, juin 2008

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