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Poésie

Posted in Livres by hichambennani on juillet 3, 2008

Le cercle des poètes révélés

Le nouveau livre d’Ahmed El Amraoui relate une expérience novatrice qui donne carte blanche à l’imaginaire des élèves marocains de l’enseignement public.

Par ses ateliers d’écriture avec les élèves, fruits d’un dur labeur d’une vingtaine d’années, le professeur d’arabe Ahmed El Amraoui veut bouleverser les lignes de l’éducation au Maroc. Grâce à des passionnés de sa trempe, les méthodes d’enseignement pourraient prendre une nouvelle tournure. Rendre plus vivante la langue arabe afin que les élèves des écoles et lycées marocains la maîtrisent mieux constitue l’objectif de l’enseignant. « Les élèves n’ont pas de mal à comprendre le français, mais ils éprouvent beaucoup de difficultés à dompter la langue arabe » explique Ahmed El Amraoui. Une thèse étayée par Ali, 14 ans, élève du lycée El Mouhite à Rabat qui remarque que « l’arabe que nous parlons tous les jours n’a rien à voir avec celui qui est étudié en cours dans les textes ». En temps normal, on ne laisse pas suffisamment de liberté aux élèves dans les lycées marocains. À travers une formule d’enseignement innovante, soumise à des jeunes âgés de 13 à 18 ans, Ahmed El Amraoui a cherché à donner plus d’initiative à ses élèves, en leur offrant un espace de liberté. Une nouvelle méthode qu’il décrit dans un livre en langue arabe qui vient de paraître intitulé « L’écriture créative et l’inconscient collectif chez les élèves ». Tout en précisant les raisons qui l’ont poussé dans cette voie, il retranscrit dans cet ouvrage les écrits de ses élèves. La démarche est la suivante. Le professeur soumet le texte d’un écrivain marocain à sa classe. Après plusieurs lectures attentives, les élèves donnent leur avis et ont une vingtaine de minutes pour donner libre cours à leur imagination. Le résultat est souvent assez surprenant et révélateur de l’état d’esprit de chacun.

Libération psychique

Ahmed El Amraoui propose des recueils complexes et connus à ses poulains. Il leur laisse le temps de les étudier et quelques mois plus tard, les auteurs sont invités à rencontrer les élèves afin que ces derniers puissent échanger leurs points de vue et poser des questions. Rabia Rihane, Ahmed El Madini, Oufae El Amrani, Mohamed Salhi ou encore Ahmed El Aked ont ainsi conversé avec les élèves. Pour Ahmed El Amraoui, la liberté de penser à travers l’écrit n’a pas de limite. Elle n’est pas uniquement basée sur l’inspiration de textes. « Un jour, en entrant dans la classe, j’ai trouvé les élèves très calmes et assez tristes. Ils venaient d’écoper de sales notes. Je leur ai alors demandé de réfléchir et d’écrire ce qu’ils ressentaient, leurs angoisses, leurs sensations… Ils ont parlé de tout, y compris de leur relation avec leurs parents. Au niveau psychique, cela les a libérés » raconte, ému, l’enseignant. À noter la venue dans une classe du Père Marc, secrétaire général de l’enseignement catholique au Maroc. Son intervention a permis l’ouverture d’un débat sur la confrontation et les liens entre les religions. Les thèmes évoqués par les élèves dans le livre sont d’actualité et illustrent parfaitement les préoccupations qui rongent les jeunes de la société marocaine. Tous les sujets sont abordés : amour, guerre, terrorisme, prostitution… Un élève a par exemple écrit en un quart d’heure une nouvelle frappante : « Je m’appelle Khadija, j’habite Salé, je suis prostituée… Au fait, je ne vous ai pas dit, je vous parle de l’autre monde car j’ai malheureusement croisé un homme en djellaba. Avant de mourir, j’ai entendu Allahou Akbar ! » Mais les sujets traités ne se limitent pas aux problèmes qui frappent le Maroc. Imane, 16 ans, écrit : « Je suis la présidente de la France, j’ai abattu Nicolas, les gens m’ont acclamé, les journaux m’encensent, ils me suivent, tout le monde veut m’approcher. Je sors de ma voiture de luxe, les tapis rouges sont déroulés pour moi… Les gardes du corps sont là… » Bien que cette nouvelle manière de travailler avec les jeunes soit souvent pratiquée dans des pays comme la France, l’œuvre du professeur constitue sans doute une première. Il incite ses élèves à écriture spontanément, ce qui fait penser à la démarche de l’écrivain surréaliste André Breton, et ouvre leur esprit sur l’inconscient. L’arabe classique, une langue qui tend à être figée, de part l’impact du dialectal et son manque de modernisme, ne pourra retrouver sa grandeur d’antan que par des initiatives similaires. Ahmed El Amraoui a mis en place un café littéraire à Rabat dans le quartier de Hay Nahda. Lectures de textes, de poésie, tout le monde peut participer et devenir poète pendant quelques minutes. Une activité encore beaucoup trop rare, bien loin des matchs de football suivis régulièrement dans les cafés du pays.

Hicham Bennani

Le Journal Hebdomadaire, juillet 2008

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