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Les bus de la honte

Posted in Economie, Maroc by hichambennani on juillet 17, 2008

Tobissat : « HCHOUMA » !

La gestion des autobus de Casablanca atteint son paroxysme. Un scénario identique pourrait bientôt se produire dans des villes comme Rabat.

Mardi 15 et mercredi 16 juillet, les 4320 employés de M’dina bus ont fait grève, influencés par 8 centrales syndicales. Pendant ces deux longues journées, les casablancais qui n’ont pas la chance de posséder une voiture ont souffert le martyre pour se déplacer. Raisons de cette colère des salariés ? Le non-versement depuis 2007 par leur société des cotisations de la CNSS, de la CNOPS et de la CIMR. Une version que nie en bloc Khalid Chrouate, Président de la compagnie. « Il y a eu une mauvaise compréhension, alors que nous allions engager un dialogue, un des syndicats a fait de la surenchère, ils ont fait un mélange entre ce qui revient au statutaire et ce qui revient au contractuel » se défend l’homme qui détient 60 % de M’dina bus. Pour lui, le problème casablancais réside dans la non-application des textes régissant les différents opérateurs. Cette mini-crise n’est qu’un arbre qui cache une forêt à l’état sauvage, représentative du chaos qui perdure au niveau de la gestion des transports de Casablanca. M’dina bus qui compte 700 bus au parc et accueille 500 000 passagers par jour, est l’incarnation parfaite d’un projet mal pensé, trop peu ficelé et favorisant les intérêts de personnalités trop puissantes pour être citées.

Tout commence en 1985, après l’appel d’offre provoqué par Hassan II qui a vu la création des premières sociétés privées. Elles étaient une vingtaine à l’époque dans la ville de Casablanca. Et c’est l’émergence en 2003 de l’idée d’une compagnie assurant le monopole qui a envenimé un secteur où les lois s’apparentent à celles du Far West. Fin avril 2004, la RATP, entreprise publique française, remporte l’appel d’offre pour exploiter la Régie autonome des transports de Casablanca (RATC) au vue et au su du groupe Veolia. « M’dina bus a un contrat de gestion déléguée avec la Wilaya du Grand Casablanca, la société bénéficie de ce qui appartenait à l’Etat : locaux, autobus, matériels, personnel… » explique un employé haut placé. Concernant les prises de décisions, elles reviennent au PDG Khalid Chrouate. La RATP a pour mission de bâtir un système de maintenance conforme aux normes en vigueur, un travail technique et opérationnel. « Le nombre de bus était réduit lorsqu’on est arrivé. À l’époque Mdina bus ne payait ni cotisation ni impôts ! » précise Jean Marc Janaillac, PDG de RATP Développement. M’dina Bus doit normalement avoir une main mise exclusive sur l’ensemble du réseau des bus casablancais, mais Driss Benhima, wali à l’époque de son lancement, avait donné une prolongation aux entreprises privées qui devrait arriver à terme en 2009. Reste à savoir si elle ne sera pas prolongée… Trois ans après les débuts de M’dina bus, plusieurs de ses syndicalistes licenciés ont jeté l’opprobre sur leurs ex-patrons : « La notion d’entreprise citoyenne respectueuse des droits des salariés clamée a tout vent par la Direction du groupe RATP est une notion qui s’arrête aux frontières. Non pas les frontières des Etats mais plus prosaïquement aux frontières du profit ! » dénoncent-ils dans un communiqué rendu public l’année dernière. De son côté, la RATP, qui ne possède que 20% de M’dina Bus, ne cache pas sa déception concernant la tournure des choses. Jean Marc Janaillac remarque que « les partenaires privés n’ont pas respecté les clauses de leur contrat. Globalement, il y a eu une sous-estimation des difficultés initiales. Mais il n’est pas question qu’on continue à perdre de l’argent à Casablanca ! Dans toutes les villes du monde, les passagers payent 1/3 du transport, à Casablanca les autorités ne payent rien et ce que payent les passagers ne couvre pas les coûts ». Il indique que la RATP qui a injecté 2 millions dans le capital de départ, n’a pas été payée pour l’ensemble des services apportés, que pas un seul centime n’a été versé par les Marocains et que malgré cet état de fait, la RATP continue à faire l’aumône à M’dina Bus. Le PDG de la RATP laisse également entendre que les pertes de sa société dans la farfelue affaire pourrait largement dépasser les 7 millions d’euros. Le problème de Khalid Chrouate, qui souhaite soit une nouvelle tarification, soit des subventions de l’état, c’est qu’il est assis entre deux chaises. La commune urbaine qui est signataire du projet, lui reproche de ne pas avoir respecté son programme d’investissement public. Le cahier de charge de M’dina bus est contradictoire : elle doit instaurer un système de billettique mais aussi maintenir son personnel… Les responsables au ministère de l’intérieur notamment obligent les sociétés à faire des concessions en se souciant comme d’une guigne de la réalité. Si les autorités sont entendues, les chefs syndicaux auront tout pouvoir. Imaginons que M’dina bus possède l’exclusivité en 2009 comme cela est prévu, en cas de grève, tout le poumon économique du Maroc serait immobilisé. L’unité est une force, mais elle est aussi une arme à double tranchant.

Appel d’offre obsolète


Le plus grave, c’est que cette pâmoison qui gangrène Casablanca de jour en jour pourrait bientôt atteindre des villes comme Fès, Agadir et Rabat dans un avenir proche. L’appel d’offre lancé dans la capitale (200 millions de dhs de chiffre d’affaires par mois, partagé par 5 à 7 transporteurs), où pour l’instant les sociétés privées font la loi, est contradictoire à plus d’un titre. Il concerne uniquement le transport urbain alors que le roi a lancé un projet de tramway qui devrait être opérationnel en 2010. Si la société désignée commence à opérer en 2009 et que le tramway prend une partie du flux normalement prévu, la compagnie d’autobus ne rentrera pas dans ses frais. D’autant plus que l’axe principal prévu pour le passage du tram est pour l’instant sur le même itinéraire que celui des bus ! Lorsque les engins en question rouleront à moitié vide, la société sera en faillite et l’Etat devra subventionner pour la première fois une société privée. Les anciennes sociétés privées, qui n’exerceront plus, ne pourront pas assurer la relève. Depuis 2006, tout marché doit passer par un appel d’offre. Dommage que cet appel d’offres soit concocté pour que seules des entreprises françaises aient le droit d’y participer. Si aujourd’hui Veolia, qui est classée en tête, l’emporte et que le tram passe sous la férule de Keolis par exemple, comment les deux géants pourront s’entendre ? Selon un responsable du ministère de l’intérieur qui a préféré garder l’anonymat, « l’appel d’offres de Rabat est obsolète, il a été précipité par les communes et par la wilaya ».

Autre affaire saugrenue, depuis deux mois, le groupe Veolia est passé devant Keolis dans l’appel d’offre, contre toute attente. Keolis avait pourtant sur le papier de bien meilleures propositions selon plusieurs experts. Veolia pour sa part, ne propose pas d’offres conformes au cahier de charge. De source sure, Veolia a proposé un investissement global trois fois inférieur à celui de Keolis… Certains parlent de corruption mais rien ne le prouve pour le moment. Comme pour Casablanca, les autorités compétentes vont probablement favoriser non pas la meilleure offre au niveau urbanistique mais la carotte la plus alléchante. Les intérêts personnels passent à n’en pas douter avant les intérêts de la ville. « Le système de Veolia ressemble beaucoup à celui de Mdina Bus » constate une source qui connaît bien le dossier. Et de poursuivre : «les autorités marocaines ne cherchent pas à développer le système des transports en commun dans les grandes villes, il y a un intérêt personnel de chacun ». « Vouloir jumeler Rabat à une ville comme Lyon est bien beau, mais encore faut-il que les rbatis aient la même mentalité que les lyonnais…sans parler de nos dirigeants… » plaisante cette même source. Le problème des transports est flagrant dans le Royaume : pollution, état des véhicules et des abris bus, qualité du fioul, chauffeurs rustres, manque de civisme des passagers. « Les bus ne s’arrêtent même pas dans 1/3 des cas, on est obligé de courir pour les rattraper, je me suis cassé la jambe il y a un mois !» s’indigne Atika de Rabat, pharmacienne. Si le Maroc est un « pays de droit » comme l’affirme Khalid Chrouate, pourquoi la tribu des Joumani, un transporteur, opère en véritable hors la loi ? Ces autobus sont régulièrement mis en fourrière à Rabat et dès leur sortie, ils s’accaparent les lignes de leurs concurrents. Si les sociétés s’accordaient pour tout bloquer, tout le Royaume resterait figé. Cela pourrait donc déclencher une guerre civile. À méditer.

Hicham Bennani

Le Journal Hebdomadaire, juillet 2008

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2 Réponses

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  1. Najlae said, on septembre 22, 2008 at 7:10

    « Lorsque les engins en question rouleront à moitié vide, la société sera en faillite et l’Etat devra subventionner pour la première fois une société privée. »
    C’est une certitude? On ne sait pas si les gens opteront nécessairement pr le tram, on ne sait pas encore si les prix seront encourageants. Le raccourci me semble légèrement trop facile.

  2. Mohamed B said, on septembre 7, 2010 at 11:33

    Que pensez vous de ce qui suit ?

    Puisqu’il n’y a que trois bus M’dinabus no 50 plaque rouge menant à la région Arrahma à Casablanca Maroc et qu’on doit attendre à l’arrêt plus que trente minutes où j’étais pour aller au cimetière visiter ma défunte mère que le conducteur grand,barbe blanche !! entre 52 et 56 ans de qui biens des passagers se plaignent n’a voulu a sa coutume s’arrêter arrivé au ralenti à 18h50 ce jour du 10.08.2010,me voyais même paraissant déplacé à mon âge de 52ans n’hésiter comme partout au monde s’accrocher à la porte de derrière espérant vouloir m’ouvrire mais persistait de ne tenir compte même que des passagers le lui signalaient stupéfaits alors,le receveur gros petit barbu !! entre 33 et 38 ans se tenant à mes côtés m’a ordonné de lâcher prise après lui avoir expliqué ne pouvoir attendre le prochain encore à cette heure-ci tardive pensant au retour sans aussi le prendre en considération avant le feu rouge quelques mètres après,Est ce une raison valable de sensé qu’instantanément lui crier de lui ouvrir pour tout excité me pousser violement,insister de descendre pour laisser intentionnellement tomber ses pièces de monnaie éparpillées et prendre hystérique le temps de non seulement me traiter d’abord d’agitateur,me tirer de la chemise la déchirant en miettes,aussi de la taille si fort que le boucle de la ceinture se casser mais encore en ce regrettable imprévu,me frapper sévèrement laissant pénibles traces pour ne trouver que de m’éloigner horrifié sans riposter quasi nu en risée déshonorante craignant le pir encore a l’approche terrifiante du conducteur me visant interdissant alors l’accès formels privé ainsi de toutes visites par dérision devant tous assurément habitant là-bas avec les fréquentes médisances.

    Ainsi,je suis allé au 13ème. arrondissement pour ne déposer plainte que le lendemain matin signée sans l’avoir lu, que m’on affirmé qu’on me convoquera à la PJ puis je suis allé à la direction de M’dinabus à Bir anzarane,leur ai envoyé le 14.8 un fax au no 0522991852 à l’intention des Mrs Khalid Chrouat PDG et Abderrahim Benkirane DG allant jusqu’apporter le 17.8 une lettre à la résidence du PDG,laissée chez l’un de ses serviteurs étant absent pour finir envoyé le 25.8 un e.mail au service_clients@mdinabus.ma sans le moindre signe, encourageant,pour aussi tout récemment contacté nos journaux avant de l’éditer présentement espérant par conséquent cet agresseur
    comparaître devant la justice pour ce délit ravalant l’amertume du mépris de la rancune a cet égard que cependant motivé,vous le donner dans le mille

    présume tâcher contraint n’écarter l’idée de divulguer dans biens de différents sites aux quatre coins du globe cet agissement désordonné de ces deux employés sans scrupule ni retenue,répugnants virulents incivils,évidente ignoble vision,entrave d’obscurs permanente ne jouissant du principe de la conscience professionnelle et devoir moral instructifs d’assumer la responsabilité suivant la règle de la négation.
    Or, d’après vous,que suggérez vous se mettant à ma place que je puisses faire d’autre afin que justice soit faite?


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