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26 minutes chrono

Posted in Culture by hichambennani on septembre 28, 2008

Une galerie de personnages ordinaires, dont le quotidien bascule en 60 minutes. C’est la recette d’Une heure en enfer, une série qui risque de réconcilier beaucoup de Marocains avec leur petit écran.

Par Hicham Bennani

Les habitants de Aïn Sebaâ n’en reviennent toujours pas. En juillet dernier, des badauds du quartier ont pu assister, les yeux écarquillés, à un braquage de banque à l’américaine. L’un d’eux raconte : “Une Mercedes avec une plaque française a stationné devant la banque. Deux hommes cagoulés en sont sortis, pistolet à la main, pour s’engouffrer dans l’agence. Quelques minutes plus tard, le premier est ressorti avec un gros sac. Le deuxième, en fuyant, s’est fait percuter de plein fouet par un véhicule”. En fait de braquage, il ne s’agissait que d’un échantillon du deuxième épisode d’Une heure en enfer, série diffusée le vendredi soir sur la chaîne Al Aoula. Un concept aussi simple qu’original. Chacun des épisodes de 26 minutes suit les péripéties d’un ou plusieurs personnages dans les rues de Casablanca. Une heure dans leur vie au terme de laquelle leur existence bascule. L’ensemble est construit en 24 épisodes, comme autant d’heures, figurant une journée et une nuit dans la métropole. Et tous les genres y passent : drame, action, comédie, polar…
L’idée a germé il y a trois ans dans la tête du jeune réalisateur Ali El Mejboud, coupable notamment de La vague blanche, produit dans le cadre du projet Film Industry. “J’en ai parlé à mon ami et
confrère Yassine Fennane, après que le concept ait bien macéré”, se rappelle ce passionné de séries américaines et de films de genre, qui précise, pas peu fier : “Je ne pense pas qu’il existe une série qui ressemble à celle-là”. Il faudra pourtant attendre de longs mois avant que le projet ne se concrétise, notamment grâce à la ténacité du producteur Mohammed Rezqi, patron d’Image Factory (Pourquoi, la mer ? de Hakim Belabbès et Tit Swit de Hassan El Fad). Saïd Taghmaoui est aussi pour beaucoup dans la concrétisation du projet, ayant accepté il y a 2 ans de jouer dans le premier épisode pour un cachet symbolique. “J’ai tapé à toutes les portes pour faire exister cette série. Avec le changement de direction de la SNRT, le projet a pu enfin aboutir”, déclare Mohammed Rezqi. “Le problème qui se pose, c’est que nous n’avons pas de moyens financiers à la mesure de nos ambitions. On aimerait avoir plus de temps pour les tournages afin d’offrir un spectacle encore plus abouti”. Le budget alloué pour la série ne dépasse pas celui, plutôt dérisoire, d’un feuilleton classique : environ 160 000 DH par épisode.

Tournage express

6 des 12 épisodes de la première saison, commandés par la SNRT, sont déjà dans la boîte, goupillés en un temps record : chaque tournage s’est déroulé en 5 ou 6 jours. La Film Industry, et ses 12 jours a trouvé plus rapide qu’elle. “Heureusement, nous nous étions déjà bien entraînés !”, commente avec humour Ali El Mejboud. Avec son acolyte, Yassine Fennane (premier prix du film amazigh l’an dernier, avec le long-métrage Squelette), ils ont chapeauté tout le projet . “La série est un patchwork de Casablanca. Nous avons voulu y recréer le bordel ambiant propre à cette ville”, indique Fennane.

Le premier épisode brosse l’histoire de l’employé d’une agence de communication, joué par Saïd Taghmaoui. Le matin de ladite journée, sa voiture refuse de démarrer. Il hèle alors un taxi. Dans un infernal monologue, le chauffeur (campé par Ahmed Yarziz, El Kfel de Lalla Fatéma) lui sert de savoureux délires : “Tu sais, Ronaldinho, en fait, c’est un Marocain. Il était clandestin en Espagne et pour ne pas se faire expulser, il leur a dit qu’il était brésilien. Je l’ai déjà pris dans mon taxi. Sa mère est de Derb Soltane !”. Ce n’est que le début du calvaire du personnage principal, qui va se rendre compte, crescendo, de la futilité de son existence.

Le deuxième épisode met en scène un jeune MRE (Aïssam Bouali) en planque à Casablanca. Il fait la rencontre d’anciens amis qui lui apprennent que son frère l’a laissé sur la paille. Le héros s’associe alors aux deux voyous pour réaliser un dernier coup. Evidemment, rien ne se passera comme prévu. Dans le troisième épisode, un jeune chômeur décide de vendre le riad familial. L’acheteur français se retrouve confronté à la résistance du père, un ancien combattant, vétéran d’Indochine qui campe sur le toit de la maison. Tout un symbole. Ultime coquetterie des deux réalisateurs, un gimmick astucieux : un figurant du dernier plan d’un épisode devient le personnage principal de l’épisode suivant.

Du rythme, encore du rythme
Comme les personnages et les situations, les acteurs sont également d’horizons divers. À côté de quelques figures connues (Saïd Taghmaoui, Fatem Zahra Benasser, Amal Atrach, Hanane Ibrahimi ou encore Salah Bensaleh), la série permet de découvrir de nouveaux comédiens. “On est toujours à la recherche de nouvelles têtes. On a envie de dépoussiérer tout ce qui existe au Maroc et de faire émerger des acteurs doués, mais encore méconnus”.

Autre ingrédient de la recette : du rythme débridé, captant toute l’attention du téléspectateur. “On essaie de supprimer tous les temps morts, d’imposer une cadence effrénée qui ne laisse pas de répit au téléspectateur, précise Ali Benchakroun, monteur de la série. J’ai eu beaucoup de matière pour travailler : dans un film classique, on a 3 ou 4 plans pour composer une séquence. Yassine et Ali m’en donnaient 3 fois plus”. “On utilise les longues focales en essayant de varier le plus possible les angles. On filme aussi caméra à l’épaule, pour restituer le mouvement et être plus proche des comédiens”, renchérit Yassine Fennane. Il serait vain d’oser la comparaison avec les grosses productions “made in Hollywood”, tant l’écart en matière de moyens est criant à l’écran. Mais le télespectateur est transporté loin, très loin, des sempiternelles tentatives de sitcom faites de bric et de broc pour la ménagère de moins de 50 ans. Une belle bouffée d’air frais qui ne demande qu’à se transformer en série culte. Mais cela, ce sera aux téléspectateurs d’en décider…

Une heure en enfer, tous les vendredis à 22h00 sur Al Aoula.

El Mejboud – Fennane. Destins croisés

Yassine Fennane et Ali El Mejboud, les deux réalisateurs de la série n’ont pas comme unique point commun leur date de naissance, le 14 septembre 1978. Les deux compères, accessoirement amateurs de musique black américaine et électronique, puisent également leur référentiel dans le cinéma américain des années 70 et 80, le cinéma asiatique, les films d’horreur et les séries Z. Leurs idoles s’appellent Martin Scorsese, Quentin Tarantino, Oliver Stone, David Cronenberg, Akira Kurosawa ou encore John Cassavetes. Après avoir signé des courts-métrages remarqués (l’oppressant Papillon, pour El Mejboud, et le déjanté Danger Man, pour Fennane), ils se sont fait les dents dans le cadre du projet Film Industry. Et qu’importe si leurs films n’ont jamais obtenu de sésame pour le grand écran : ils n’ont pas hésité à les projeter l’année dernière dans la prison de Oukacha. “Okine” et “Mejboudian”, comme les surnomment leurs proches, réalisent aujourd’hui un rêve de gosse : montrer au public marocain des histoires basées sur la vie de tous les jours (même si elles sont parfois très fictives), en recyclant leur amour pour le cinéma de genre.

paru dans TELQUEL, du 20 au 26 septembre 2008, Numéro 339

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4 Réponses

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  1. too banal said, on septembre 28, 2008 at 8:54

    Aucun risque pour que je sois réconcilié avec nos télés. Comme je ne suis pas fiction et polar, c’est râpé! Si au moins, il y avait quelque chose de consistant côté culture… mais comme disaient dans leur rapport les extra-terrestres qui ont visité nos chaînes nationales:
    « il n’ y a aucun signe de vie »…

  2. Maestro Amadeus said, on septembre 28, 2008 at 9:24

    @Hicham:
    Merci pr le récap!

    J’ai eu l’occasion de regarder le 3ème épisode qui m’a bien fait rire malgré la fin tragique! Et oui, c bien le concept, une heure d’enfer

    En tout cas, cette série a bien attiré mon attention puisque je n’ai regardé l’épisode que par pur hasard! Et le hasard fait bien les choses, sauf que je n’aimerai po du tout être à la place de l’un des personnages! 😀

  3. nadia said, on octobre 21, 2008 at 5:11

    Un gros bol d’air frais,une première, il été temps pour nos télés marocaines:) faut continuer

  4. Moroccan Celebrities said, on novembre 11, 2008 at 3:20

    Oh my god Said can I marry you I’ll wait till you’re fourty


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