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Pitbull au Maroc

Posted in Société by hichambennani on décembre 25, 2008

Attention chiens méchants !

Il est dangereux, hyper entraîné et gambade dans les rues. Le pitbull made in Morocco est prédestiné à des combats qui sévissent en toute clandestinité. Eclairage.

Par Hicham Bennani

Dimanche 30 novembre, 9 heures. Derb Soltane, quartier populaire en périphérie de Casablanca. Dans un petit jardin caché, situé Boulevard Modibo Keita, une vingtaine de jeunes désœuvrés du quartier entourent deux pitbulls. Le combat peut commencer : Tyson contre Stallone. Un gros molosse blanc de 35 kilos sur la bascule, affronte un étrange quadrupède marron accusant un poids similaire. Face à face, les deux forces de la nature à la musculature imposante, tenues en laisse par leurs maîtres, rugissent sur leurs deux pattes arrière. Une fois lâchées, elles se jettent l’une sur l’autre. « Explose-le ! », hurle Mohssine. Cet ado du quartier, un chômeur de 22 ans issu d’un bidonville avoisinant, est là pour supporter son favori : Tyson . « C’est comme l’équipe du Raja, je mise tout sur lui », affirme Mohssine qui a parié la coquette somme de 200 dirhams. « Aller Tyson ! Arrache-lui l’oreille », renchérit un autre spectateur. Les deux gladiateurs se livrent un combat sans merci. Car il ne peut en rester qu’un.

D’un coup de crocs, Tyson crève l’œil à son adversaire et prend rapidement l’ascendant. Le colosse prend quelques coups de griffe, mais plaque Stallone au sol. Il le secoue dans tous les sens, la gueule agrippée à son cou. « Forfait ! », crie le maître de Stallone, dépité après 20 longues minutes. Un bâton en pleine mâchoire et plusieurs violents coups de savates sont nécessaires pour séparer les deux gladiateurs. Stallone n’est pas mort, mais il succombera à ses blessures dans l’après-midi. « Ce chien n’est pas digne de moi ! Ce n’est pas une perte », lance son maître, peu après le massacre, déçu d’avoir perdu 2000 dirhams. Piètre spectacle. Le propriétaire de Tyson empoche 5000 dirhams, gains cumulés entre ce que lui remettent les spectateurs ayant misés contre lui et le perdant d’un jour.

1200 DH le chiot

Changement de décor. Souk Derb Korea, 11 heures. Des badauds font leur balade du dimanche, entre les étals de fripe et d’objets en tout genre. Les voitures défilent sur l’avenue Mohammed VI, où sont postés quelques agents de la circulation. Depuis leur véhicule, les automobilistes peuvent contempler une certaine marchandise à travers un grillage qui encercle le souk : de gros chiens sont exposés. Au milieu de ce marché, un jeune garçon sort de son sac à dos un chiot pitbull et provoque un attroupement autour de lui. « 1200 dirhams », c’est le prix à payer pour le gentil toutou âgé de 2 mois. Mais la star du jour, c’est Rambo, un pitbull de 1 an, visiblement bien dressé, qui semble avoir glané plusieurs médailles. Pourtant, Rambo n’est pas à vendre. Son propriétaire, veste en croco et regard de tueur derrière ses lunettes de soleil, roule des mécaniques. Un visiteur au look similaire lui chuchote à l’oreille : « Je te propose un combat demain, j’ai ce qu’il te faut ». Réponse : « Laisse moi ton numéro, je te rappellerai au moment voulu ». Après un graissage de patte en toute discrétion, le rendez-vous est pris. La rencontre illégale aura lieu dans la nuit en pleine médina de Casablanca.

Né pour tuer

Des combats clandestins, comme ce duel organisé, il s’en produit chaque jour dans tout le Royaume. S’ajoute des rencontres hebdomadaires connues des initiés et quasi-institutionnalisé. « A Casablanca, les affrontements ont lieu tous les dimanches entre 7h du matin et 11h. Chaque quartier populaire à son lieu-dit. Les autorités le savent très bien et ne s’en mêlent pas », affirme Anouar, un habitant de Hay El Oulfa friand de ces spectacles.

«Les entraînements des combattants se déroulent soit dans des garages, soit dans de grands espaces, à l’abris des regards indiscrets », ajoute le connaisseur.

Parmi les exercices les plus utilisées pour muscler l’animal : « remorquer » une voiture par le pitbull à l’aide d’une corde, comme des bœufs qui tirent une charrue, ou décomposer, avec les dents, un pneu suspendu à un mur. Autre méthode pour augmenter la force et la résistance des molosses : les produits dopants. « Lorsque mon chien revient dans un sale état, je lui fais une petite piqure », explique Saïd, dresseur. Marqué par les traces de ses combats, Rocky, son protégé, reste robuste. « Ses soins ne coutent pas grand-chose, environ 20 dirhams. Après quelques jours de répits, il est de nouveau d’attaque », affirme-t-il. Côté nourriture, Rocky n’inquiète pas non plus le portefeuille de son maître, puisqu’il mange un peu tout. Au menu surtout, un entraînement intensif à Ben Slimane, dans la ferme d’un ami, destinée à la vente et l’élevage de berger allemand, rottweilers, bulldog et pitbull. Acheté pour 1800 dirhams il y a trois ans, Rocky rapporte un gros magot à Saïd : 25 000 dirhams par mois en moyenne.

Moroccan psycho

« Dès sa naissance au Maroc, ce type de chien naît détraqué. Rocky, par exemple, est le fruit d’un accouplement entre une mère et son fils », constate Abdessamad, un éleveur de la région. Les bêtes sont transformées en machines à tuer. « Dans les quartiers chauds, le pitbull grandit dans des conditions pitoyables, il est mal nourri et véhicule un tas de maladies, il vit dans sa merde et sa pisse ! », explique-t-il, sans mâcher ses mots. « N’importe quel chien peut être dangereux, c’est la façon dont on l’éduque qui est déterminante », atteste Mohamed Alaoui, vétérinaire à Rabat. D’après un vendeur, 5000 races de pitbulls seraient présentes à Casablanca et 80% sont destinées au combat, avant tout parce qu’il est « dominant, têtu, difficile à dresser, très agressif, imprévisible, insensible, courageux et très résistant à la douleur », comme le définit dans une étude Jean Pierre Digard, chercheur au CNRS. Ce dernier explique qu’en France, le phénomène des pitbulls était surtout étendu dans les cités et banlieue défavorisées « où les propriétaires de tels chiens ont peut être plus qu’ailleurs d’occasion et de tentations de les utiliser de manière délictueuse ». S’il est de plus en plus considéré comme un produit « made in morocco » du fait de sa multiplication impressionnante ses dernières années, le pitbull est à la base un chien importé par les MRE vers 1995. « Les immigrés ont ramené ce fléau avec eux à Casa, Rabat, Tanger, Meknès, Marrakech, Agadir…là où arrivent d’Europe, en particulier de France, de Belgique et de Hollande», regrette un dresseur rbati. Le phénomène s’étend alors dans les quartiers populaires fortement marqués par le chômage et le manque d’activités intellectuelles et culturelles. « Il en faut pour tous les gouts : au cadre BCBG son labrador…au voyou son pit’ », résume Jean Pierre Digard. Ce que nous confirme le psychanalyste Larbi Segheir, qui s’est penché sur la question : « Instrument de force, voire de mort, le pitbull tente de combler une faille narcissique, c’est-à-dire un manque d’assurance qui va se manifester par une identification à l’animal. Quand le chien gagne une bataille, c’est le proprio qui capitalise et inversement. Il en va du chien, comme du 4/4, plus il est gros et puissant, plus on est vu. C’est une question de classe sociale ».

Far West

Le phénomène de mode a provoqué de graves accidents aux quatre coins du pays. En début d’année, près de Bouskoura, lieu réputé pour abriter des combats de pitbulls, Najwa Awane, 9 ans, a failli se faire arracher une jambe. Bilan : de graves morsures avec complications. Le drame a quelque peu alarmé les autorités de la ville. Depuis le vétérinaire Mohammed Alaoui ne reçoit quasiment plus de visites de pitbulls en piteux état, son lot quotidien l’an passé.

« Ils appartenaient surtout à des jeunes, des garçons et des filles de 20 à 25 ans qui organisaient des combats. C’est un gros manque à gagner », confie le médecin. « Depuis l’agression de Najwa, la police ne fait plus de cadeaux aux chiens errants et les propriétaires sont plus méfiants », constate Mustapha Sabir, chef du service vétérinaire de la commune urbaine de Casablanca, qui épaule les forces de l’ordre pour capturer les chiens dangereux. « A toute heure de la journée et de la nuit, des gredins utilisent des chiens bien dressés pour attaquer des victimes », remarque-t-il. Et de noter que, grâce à des opérations au lasso, comme au Far West, trois à quatre molosses sont attrapés chaque semaine, dont « la majorité sont des pitbulls ». Dans les cas de morsures, les chiens sont mis en observation pendant 15 jours, le temps de vérifier qu’il ne soit pas porteur de la rage. Dans le cas contraire, ils sont abattus sur le champ.

Législation

A quand les sanctions ?

« Aucune loi n’empêche à des particulier d’avoir des chiens dangereux », nous déclare un responsable au ministère de l’intérieur. « On peut posséder un pitbull sans aucun justificatif », complète un éleveur. C’est pourquoi Faouzi Chaâbi, député PPS, a proposé il y a un peu plus d’un mois une proposition de loi pour lutter contre ce fléau. « Le Maroc fait parti des derniers pays « respectables » à ne pas avoir de lois pour les chiens dangereux », déplore-t-il. Et d’expliquer : « Je me suis inspiré de lois qui existent déjà en France, Tunisie, Egypte et Suisse ». Par exemple, depuis 1999, une loi française oblige la stérilisation des chiens dangereux, interdit leur vente et leur achat. Le projet de Faouzi Chaâbi, qui interpelle le ministère de l’intérieur et celui de l’agriculture, vise à catégoriser les différentes races de chiens dangereux afin d’imposer des mesures adaptées et draconiennes, notamment l’interdiction des pitbulls dans les lieux publics et les transports en commun. Autre nouveauté : les noms de chaque dresseur devront être répertoriés et un document sera obligatoire pour posséder un pitbull. Pour compléter le dispositif, un numéro vert sera mis en place pour dénoncer les propriétaires. Les sanctions pourraient aller de 3 mois à 20 ans (dans le cas d’un meurtre prémédité) et de 35000 à 150000 dirhams d’amende. « Les chiens d’attaque doivent juste être destinés à la sécurité », précise le député. Mais, même si cette loi était votée, encore faudrait-il qu’elle soit appliquée.

Article paru dans TelQuel, numéro 357

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9 Réponses

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  1. XOXO said, on décembre 26, 2008 at 7:43

    Ce genre de commerce et de divertissement cruels
    ne doivent pas etre toleres.
    Dazns tous les pays civilises, ces combats de chiens sont interdits.
    Les autorites devraient ouvrir immeditaement une enquete sur ce combat entre ces deux chiens et deferer les organisateurs devant la justice conformement aux lois en vigueur.

  2. zakariaaaaa said, on avril 12, 2010 at 12:53

    jm les chien m mon chien c le plus fort

  3. tarreau said, on mai 28, 2010 at 3:53

    je pense qu’il faut absolument arreter se massacre il sont entrain de détruire une race canine car plus l’ont verra les pitbull comme des chien mechant plus il disparaiterons il faudrait interdire et punir très méchament toute personne fesant du combat ou dressan son chien agressivement!!!
    un chien n’est pa

  4. najwa awane said, on juillet 21, 2010 at 6:03

    je suis najwa awane la victime de chien pite bulle et j’espère que tout les humains se débrase de ces chiens -_-

  5. lpirat said, on août 22, 2010 at 10:10

    jai des pit pures je suis marocain je lai dresse bien a marrakech+ 1 peux de mauvais dressage pour les endurcir… jai 20 ans et je lai met dans la cave + les 2 portes des jardins de devan et deriere sont ouvertent pour eux … mais si kelkun essey descalader le mur meme de la famille … il devien non une CIBLE mais un REPAS ^^

  6. lola said, on septembre 3, 2010 at 3:19

    il est vrai keu lé combats de chiens doivent etre interdit mais beaucoups de chiens merites une seconde chance. la loi est trop cruelle avec eux, eux aussi meritent le respect. on les traites comme des criminels alors kil n’ont rien fait.

  7. BAZ said, on septembre 4, 2010 at 9:29

    kommen vs pouvé mettr de truk komm sa !!!!!!!!!!!
    mm les pittbull peuvv ètre genti c just des conar de maitr ki les draiss mal

  8. al pacino said, on septembre 25, 2010 at 11:37

    c vraiment degeulasse putain ca fou la haine franchement

  9. Aboiements said, on octobre 19, 2010 at 12:45

    […] photos : Betafence, Maroc Info, […]


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