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SDF au Maroc

Posted in Maroc, Société by hichambennani on décembre 25, 2008

Les SDF se ramassent à la pelle

La wilaya de Casablanca a lancé une opération pour recueillir les sans abris, principales victimes de la vague de froid. Une action entre com’ et solidarité.

Par Hicham Bennani


Dimanche 7 décembre. Quatre estafettes se dirigent à vive allure vers la gare Ouled Ziane de Casablanca, la plus importante gare routière du Maroc. Les forces de l’ordre s’apprêteraient à faire une nouvelle descente musclée ? Pas du tout. Les véhicules appartiennent à l’unité d’action sociale de la wilaya de Casablanca. Après Casa Anfa et El Fida, le programme de ramassage des SDF se poursuit dans une nouvelle préfecture. En ces temps de froid inhabituel dans le Royaume, les sans abris luttent pour survivre. Il n’est pas rare de voir des feux de camp allumés en plein centre de la capitale économique. Quatre agents de police et cinq assistants sociaux sont là pour repérer les sans-logis et les acheminer vers le centre d’action sociale de Tit Mellil. Ils sont suivis de très près par une équipe de la télévision nationale venue couvrir l’événement. La caméra est enclenchée. Top départ.

Je n’ai rien fait de mal !

A deux jours de l’Aïd El Kébir, l’ambiance autour de Ouled Ziane est plus impressionnante que celle de l’aéroport international. Il est pourtant 22 heures. La presse très officielle parle de plus de 1200 départs supplémentaires pendant la période de l’Aïd à Casablanca. Cars, minibus, taxis, voitures, motocyclettes et surtout piétons encombrent les abords de la gare offrant un spectacle digne des embouteillages cairotes. Guidés par les autorités, l’unité d’action sociale se précipite en courant vers un petit grillage. « Le coin est bien connu pour abriter les chemkera », indique un policier présent sur les lieux. Suivi par une horde de voyageurs qui se demandent « quel trafiquant a été repéré ? », le troupeau de « messies » déniche un garçon sniffant de la silisioune (colle). Enroulé dans une couverture à l’odeur nauséabonde, le drogué est ébloui par le flash du spot caméra. La mise en scène improvisée est parfaite. Abdelkrim Sebbar, directeur du centre de Tit Mellil, interroge sa proie : « Comment tu t’appelles mon petit ? » Ne sachant plus à quel saint se vouer, la star de la soirée répond, lentement : « Je m’appelle Marouane. Qu’est ce que vous me voulez ? Je n’ai rien fait de mal ! » Abdelkrim Sebbar le rassure, d’un ton paternel : « Nous allons nous occuper de toi mon enfant. On ne te veut que du bien. Tu vas bien manger, te laver et te changer. » Marouane ne semble pas rassuré pour un sou. La police le prend par le bras et l’escorte jusqu’à la fourgonnette. Devant l’œil attentif du caméraman, bien sûr.

Un autre SDF a été localisé. Nouvelle alerte, nouvelle frénésie. A l’intérieur de la gare cette fois. Les sauveurs d’un soir se dirigent subitement vers les sous sols. Ils sont suivis, à nouveau, par une foule de curieux, venus assister à la scène « pour passer à la télévision » ou « pour passer le temps en attendant l’arrivée du car ». La délégation passe devant le café de la gare, transformé pour un soir en cinéma : plus de 50 personnes visionnent religieusement un film. L’hurluberlu n’est pas bien loin, complètement saoul, rodant dans la gare, comme un rat d’égouts, fouinant ça et là dans les poubelles.

Divorce, chômage,

maladies mentales…

Mais comment cet homme s’est-il retrouvé livré à lui-même dans un pays pourtant réputé pour sa solidarité ? Les SDF sont des personnes « en rupture avec ce qui fait le lien social, familial, professionnel, temporel et spatial », définit la psychologue Assia Akesbi qui s’est penchée sur la question. « Et le phénomène ne concerne par uniquement les grandes villes. » L’étude la plus récente sur les SDF a été réalisée par le centre de Tit Mellil auprès des 1200 sans abris ramassés à Casablanca de mai à aout 2008. L’enquête révèle que 80 % d’entre eux sont originaires de Casablanca, les autres de Beni Mellal, Khouribga, Fkih Ben Saleh et Benslimane. Près de 90 % sont des hommes, 67% des adultes, 22% des personnes âgées et 9% des enfants. Problèmes familiaux en tout genre, divorce, déscolarisation, toxicomanie, chômage et maladie mentale expliquent en partie la raison de leur vagabondage. On compte en effet 25% de personnes atteintes de maladies mentales. Et ce, « parce qu’ils sont exclus et contestent leur marginalisation. Ils ne sont pas du tout intégrés, contrairement aux phénomènes de bande », justifie Assia Akesbi. Elle poursuit : «On a trop compté sur les structures familiales dans le passé. Avec les logements qui deviennent de plus en plus petits, les femmes qui travaillent et la cherté de la vie, elles ne sont plus aussi solidaires ». « Le problème des SDF au Maroc nous dépasse », explique de son côté Khadija Ryadi, présidente de l’AMDH. Et d’ajouter : « Nous contactons régulièrement les autorités pour qu’elles trouvent des solutions. Ces derniers temps, avec les intempéries et la vague de froid, il y a eu de gros dégâts humains ». Mohamed Abounasr, président de la section de l’AMDH à Casablanca, va plus loin : « Les SDF sont très mal traités dans les centres, il suffit de voir leur état de santé, ce sont des prisons… et je suis sûr que tout est masqué lorsqu’ils reçoivent des visiteurs ! »

La traque et après ?

Retour à Ouled Ziane. On tourne une scène aux airs de déjà vu. « Qu’est-ce que tu fais ici ? C’est quoi ton nom ? », lance Abdelkrim Sebbar, micro en main. Souriant, le vieillard, qui n’a en fait que 35 ans crois rêver : « Ana Mustapha… Mais dites-moi… pourquoi cet attroupement autour de moi ? », s’étonne le bonhomme qui n’a jamais attiré les regards depuis deux ans qu’il squatte la gare. Malgré les mots doux du directeur du centre qui lui promet le réconfort, Mustapha refuse d’obtempérer. Il se débat comme il peut. Bon gré mal gré, il est conduit à l’estafette par les forces de l’ordre. Surprise : Marouane, le premier SDF a pris la poudre d’escampette. « Tous les flics sont partis et l’ont laissé seul dans le fourgon, il ne faut pas s’étonner qu’il se soit évadé, il était terrorisé ! », confie un assistant social. Peu importe. La télévision n’a rien filmé et l’essentiel est de poursuivre l’opération.

La traque se poursuit autour de la gare, puis dans tout le secteur. Durant deux heures, huit sans abris, âgés de 14 à 35 ans, sont interpellés. Parmi eux une femme : Fatim Zahra, le visage marqué par la douleur. Rongée par le désespoir, elle raconte : « Mon mari me battait nuit et jour parce que je ne lui ramène pas d’argent, je l’ai abandonné avec 5 enfants depuis deux semaines ». Tout comme elle, les sept autres SDF, aux allures de bagnards se retrouvent dans l’estafette. Moha, amputé d’une jambe, a été retrouvé dans un cul de sac, caché sous un carton et accolé à un enfant. « Nous gagnons environ 100 dirhams par jour en faisant l’aumône aux feux rouges », explique le bambin à une assistante sociale. « On les a retrouvés avec une bouteille de diluant qu’ils avaient sifflé », précise un agent qui a eu la veste déchirée dans l’opération. Et de marmonner : « Je me demande si le vieux n’abuse pas du petit ».

A minuit, le véhicule prend la route pour le centre de Tit Mellil. Dans l’estafette, Mustapha, le SDF de la gare, encore sous l’emprise de l’alcool, chatonne un air de Nass El Ghiwane : « Fiiiine ghadi bia khouya, fine ghadi bia ? » (Où m’emmènes-tu comme ça mon frère ?). « Ferme ta gueule, on va au bagne de Tazmamaght parce qu’ils veulent nous faire disparaitre», lui balance un homme aux allures de cro-magnon casablancais ramassé près des ordures.

Le refuge reclus

Dans la pénombre la plus totale, après 20 minutes de route, dont une bonne partie sur un petit chemin bordé de verdure, le convoi arrive enfin. Centre social Dar El Kheir de Tit Mellil. Sur une superficie de 8 hectares, le lieu, asticoté pour la circonstance, ressemble plus à un village de vacances marrakchi qu’à un refuge de sans logis. Une dizaine de bungalows rougeâtres abritent 600 personnes (sur 960 places disponibles) dont 40% de femmes. « La grande majorité des pensionnaires sont atteints de maladies mentales », affirme Abdelkrim Sebbar, le maître des lieux. Et d’ajouter : « Ici, ce n’est pas une prison, chacun est libre de partir à tout moment ». Mis à par les assistants sociaux, un psychiatre et deux médecins généralistes s’occupent des démunis. Inquiets, les huit SDF descendent des fourgons. Hamid, 30 ans, casablancais pure souche, tente de prouver depuis le début du périple qu’il n’a rien à faire dans le lot des sans-logis : « J’ai un travail, je possède une licence en agronomie, j’étais juste en train de me reposer dans la rue ». Pas assez convainquant. Originaire de Kénitra, Hafid ne comprend toujours pas l’objet de sa capture. « S’ils pensent qu’on fait du mal aux gens, je vais aller saigner quelqu’un dès que je sors d’ici et au moins on m’emmènera directement à la prison de Oukacha ! », divague le mendiant en guenilles. Lames de rasoir, couteaux, feuilles à rouler, pièces de monnaie, torchon plein de colle… les agents de sécurité du centre découvrent de tout dans les poches des nouveaux pensionnaires. « En une semaine, on a trouvé 5000 dirhams au total», constate le directeur du centre. Ancien SDF, Hassan Benhaded, arrivé dans le centre il y a plusieurs années, est aujourd’hui chargé de l’entretien. « Certains restent une journée et d’autres décident de vivre ici. On les loge, les nourris, les soignent, leur fourni des pièces d’identité et leur offre des activités », indique-t-il. Avant d’ajouter : « Certains, qui ont choisi de partir, atterrissent à nouveau chez nous dans un état lamentable. » De toute évidence, le centre semble avoir évolué depuis l’arrivée en 2005 du nouveau directeur. « Le centre de Tit Mellil n’a rien à voir avec l’image qu’on lui portait il y a quelques années. Il est certain que ce centre n’est pas suffisant pour accueillir tous les SDF, mais il existe d’autres centres à Casablanca », se défend Nouzha Skalli. Mais il reste encore du travail.

Samu Social

Casa, les enfants et les autres

Les SDF apparaissent surtout dans les grandes villes du Royaume qui abritent une forte population. Pas étonnant que Casablanca soit la ville la plus touchée et la ville choisie par le ministère du Développement social pour tester son Samu Social, destiné à la prise en charge des SDF. Pourtant, le Samu Social se préoccupe uniquement des enfants de la rue et des femmes enceintes, mais pas des adultes de sexe masculin, sans logis les plus nombreux. « C’est une question de spécialisation, nous avons des programmes qui s’intéressent aux adultes », nous explique Nouzha Skalli, qui a présidée mardi 2 décembre l’assemblée générale ordinaire du Samu Social. Si le projet est concluant, le ministère prévoit de l’étendre à d’autres régions. Car les SDF existent également dans de petites villes comme Khénifra, Azrou, Boulmane, Missoum, Errachidia ou Beni Mellal qui ont particulièrement souffert de températures négatives ces dernières semaines. A Beni Mellal, sept sans abris sont morts de froid début décembre. Mais souvent les sans logis vivent seuls et dans la rue par leur propre volonté. « Pendant l’Aid El Kébir, beaucoup de SDF préfèrent rester dans la rue pour profiter de la générosité des Marocains », note Abdelkrim Sebbar, directeur du centre de Tit Mellil. Dans les campagnes, les SDF sont quasi-inexistants puisqu’il existe davantage de solidarité que dans les villes. Mais le phénomène SDF est mondial, et n’est « pas spécifique à un âge, une époque ou une ville », résume la psychologue Assia Akesbi.

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Une Réponse

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  1. fati said, on décembre 25, 2009 at 7:25

    je veux bien croire que l état fait des efforts pour aider les SDF mais sur le terrain j vois que la situation empire d année en année on voit de plus en plus de sans domicile de tout age et des 2 sexes chose qui était tres rare dans le passe en gros c est vraiment honteux et inhumain les conditions dont lesquelles vivent les SDF au maroc.
    ce que je veux savoir est c qu il ya des associations en l occurrence a casablanca qui s activent dans ce domaine. merci


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