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Hugo Chavez

Posted in Monde by hichambennani on février 21, 2009

Le nouveau souffle de Chavez

Le président Hugo Chavez vient d’obtenir le droit de se présenter indéfiniment à sa propre succession. Restera-t-il à la tête du pays pour toujours ?

En Amérique latine, le chef de l’Etat ne peut se présenter qu’une ou deux fois aux élections présidentielles. Le Venezuela a brisé cette règle le dimanche 15 février par le biais d’un référendum constitutionnel mis en place par Hugo Chavez. 54% de votants ont choisi le « oui ». Le président socialiste pourra désormais briguer autant de mandats qu’il le souhaite. Tout un symbole pour celui qui a fêté ses dix ans à la tête du Venezuela le 2 février après deux sacres en 1998 et 2006. Chavez sera donc candidat en 2012, soit six ans après sa dernière victoire. Là où le bât blesse, c’est que le leader vénézuélien avait déjà demandé à son peuple un avis sur la question en décembre 2007. A l’époque, avec 51% de votes contre le droit de se présenter indéfiniment à la présidentielle, Chavez avait du ravaler sa salive, sans pour autant se décourager… A-t-il bien fait de persister pour obtenir gain de cause ? Sera-t-il le futur dictateur du continent sur le modèle des chefs d’Etats arabes ? Ou, au contraire, un rempart contre l’hégémonisme américain ?

Victoire controversée

Force est de constater que le « oui » n’a pas fait l’unanimité au sein du peuple vénézuélien. Loin de là. « Après cinq ans de bonne santé économique, la popularité de Chavez reste élevée, surtout chez les moins pauvres, mais la criminalité, l’inflation et le style politique provoquent le rejet de la moitié du pays », constate l’hebdomadaire brésilien Veja au lendemain du résultat. « Hugo Chavez continue d’être perçu par la majorité de ses citoyens comme le seul homme capable de gouverner le pays », déclare pour sa part l’analyste politique Pedro Nikken, au quotidien français Le Monde. Mais « la majorité électorale de M. Chavez, qui a longtemps frôlé les 60 %, est à la baisse », constate cette même source. Et de conclure : « La ligne de partage entre les deux camps tend vers le 50-50. L’opposant Manuel Rosales n’avait obtenu que 37 % des voix à l’élection présidentielle de 2006. Le camp du « non » en recueille cette fois-ci près de 46 %». Pour l’opposition, les résultats du référendum ont été influencés par des moyens déloyaux engagés par le gouvernement dans une campagne aux allures de plébiscite. Quoi qu’il en soit, avec 6 millions de votes en sa faveur, le président vénézuélien a obtenu un million de voix de plus que l’opposition, mais aussi un million de moins que lors du scrutin présidentiel de 2006. Le futur d’Hugo Chavez sera donc loin d’être une partie de plaisir et sa réélection sera tout sauf une formalité. Selon le quotidien espagnol El Pais, le leader de la révolution a du pain sur la planche car «la situation économique mondiale nécessite une politique plus austère et la population de base est inquiète face à l’apparition d’une nouvelle bourgeoisie issue du pouvoir». Pourtant, le pourcentage de foyers pauvres qui était de 43% en 1999 est passé à 28% en 2009 selon le gouvernement vénézuélien. Mais ceci est plus du au cours élevés du pétrole, qu’aux efforts de l’Etat. « Tous les programmes sociaux, y compris les écoles, sont financés par les revenus pétroliers. C’est une caisse spéciale, car une partie des recettes de l’entreprise pétrolière publique n’est pas versée au budget de l’Etat, mais alimente directement un fonds spécial », explique sur la toile Walter Suter, ancien ambassadeur de Suisse au Venezuela. Pour poursuivre ses programmes sociaux, Chavez va devoir moins exploiter cette manne et chercher d’autres sources de revenus car le pétrole n’est pas infini et les perspectives économiques sont de plus en plus sombres.

Un avenir flou

D’autres défis se dressent devant lui. Le Venezuela est l’un des pays les plus dangereux au monde avec 15 000 crimes par an. Selon la revue américaine Foreign Policy, il y aurait eu 14 700 assassinats en 2008 et plus de 100 000 depuis que Chavez tient les rênes du pays. Sur le plan international, celui qui ne mâche pas ses mots ne pourra plus traiter le nouveau président des Etats Unis comme il le faisait avec son prédécesseur. « Monsieur le président des Etats Unis, que j’appelle « Le Diable », est venu ici en parlant comme le maitre du monde. Un psychiatre ne serait pas superflu pour analyser le discours du Président des Etats Unis », a notamment lancé Chavez à Bush lors d’une intervention à l’ONU en 2006. Avec l’arrivée d’Obama, son discours envers Israël sera-t-il toujours aussi féroce ? « Il faut dénoncer le gouvernement d’Israël comme un gouvernement assassin, un gouvernement génocidaire », a fustigé Chavez en janvier. Dans le passé, il a déjà comparé les dirigeants israéliens à des « Hitlériens ». Autre épine dans le pied du chef de l’Etat vénézuélien : il ne peut plus espérer grand-chose de l’appui inconditionnel de Fidel Castro qui est quasi-absent de la scène mondiale. Le leader de la révolution cubaine a été le premier à féliciter son ami de toujours après le référendum. Pour être réélu, l’ex-colonel putschiste va donc probablement concocter à une nouvelle stratégie. Mais il pourra tout de même s’appuyer sur ses acquis. Il est donc très peu probable que le Venezuela change de ton en ce qui concerne des questions comme le Sahara. Pour rappel, le 17 janvier, le Maroc a fermé son ambassade au Venezuela afin de protester contre la position de Chavez pour l’indépendance du Sahara. Même si ses ennemis lui reprochent de concentrer tous les pouvoirs entre ses mains, son bilan global reste cependant très positif. Le journaliste Ignacio Ramonet qualifie ses résultats de « spectaculaires » dans les colonnes du Monde diplomatique. Selon lui, Chavez a refondé la nation vénézuélienne sur une base neuve, légitimée par une nouvelle Constitution qui garantit l’implication populaire dans le changement social. Il a également rendu leur dignité de citoyens à cinq millions de marginalisés dépourvus de documents d’identité. En mettant la question sociale au cœur de l’action gouvernementale, Hugo Chavez a donc indéniablement fait avancer le Venezuela à pas de géant. Mais le hic, c’est que le président a bénéficié en grande partie du vote d’électeurs issus de quartiers défavorisés. Si ces derniers sont mécontents, ils n’hésiteront pas à voter contre celui qui n’a jamais cessé de les défendre lors des prochaines présidentielles. Sa propre arme pourrait ainsi se retourner contre lui.

Hicham Bennani

Le Journal Hebdomadaire, 21 février 2009

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