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Zaouiya Tijania

Posted in Religion by hichambennani on mars 10, 2009

Retour vers le futur

Le Cheikh de la Zaouiya Tijania vient d’être nommé officiellement par Dahir. Une annonce qui dépasse la simple sphère religieuse et par le biais de laquelle Mohammed VI recycle une ancienne stratégie politique de Hassan II.

« S.M. le Roi Mohammed VI a remis, à l’issue de la prière du vendredi 27 février, à la mosquée Al Quaraouiyne de Fès, leurs dahirs de nomination à Mohamed Al Kabir Ibn Ahmed Tijani en tant que Cheikh de la Tariqa Tijania, toutes les Zaouiyas confondues, et Abdellatif Ibn Mohamed Tayeb Charif Kettani, Cheikh de la Tariqa Kettania », pouvait-on lire dans la presse officielle en ce début de mois de mars. Cette nomination de Cheikhs de deux confréries soufies par Dahir constitue une première. « Dans le passé, un Dahir « de respect » était octroyé aux Cheikhs par le Sultan, explique l’islamologue Mohamed Darif, mais il n’y a jamais eu de Dahir de nomination ». Ainsi, les représentants soufis qui étaient auparavant de simples protégés du Makhzen deviennent aujourd’hui des « employés » de la monarchie. Comment réagissent les principaux concernés face à cette nouvelle donne ? Quelle volonté de l’Etat se cache derrière le geste royal ?

Allo la terre, ici La Mecque

Dans l’ancienne médina de Fès, le quotidien des membres de la confrérie Tijania au sein de leur Zaouiya, n’a pas changé. « La nomination de Mohamed Al Kabir Tijani par Sa Majesté est une reconnaissance de la Tariqa Tijania qui fait partie de l’Islam… », se félicite Jamal Tijani, conservateur des lieux. Il est coupé dans son élan par la sonnerie de son téléphone portable : « Allo. Oui Oumar… Allaaahou Akbar…il était âgé ? Mes sincères condoléances…On va faire une prière », lance le soufi dans un français impeccable. L’appel provenait du Sénégal. Jamal Tijani raconte que la Zaouiya Tijania reçoit une centaine de visiteurs par mois qui viennent surtout d’Afrique subsaharienne et notamment du Sénégal. « Ils seront des milliers pour le Moussem de Aïd El Mouled (naissance du prophète) le 10 Mars prochain», précise ce soufi. Sans parler des nombreux africains qui ont choisi Fès pour faire leurs études. La spécificité de la confrérie Tijania est donc qu’elle compte de nombreux adeptes originaires d’Afrique noire qui prônent un islam dit populaire, loin de l’Islam orthodoxe représenté par le Salafisme. Au 19ème siècle, le Cheikh Ahmed Tijani, fondateur de la Tariqa Tijaniya avait diffusé sa doctrine dans ces pays, avec l’aide de ses disciples. Il a été enterré à la Zaouiya Tijania de Fès, qui représente la Zaouiya mère des Tijanis. Aujourd’hui, la demande des adeptes d’Afrique subsaharienne est telle que la Royal Air Maroc propose depuis janvier 2007 un pack spécial « Ziyara Tijania » pour « promouvoir le tourisme religieux sur Fès ». Une offre au succès grandissant. En témoigne le récit de Mouhamed Sakho, un sénégalais de passage dans la capitale spirituelle le 2 mars dernier. Ce karatéka âgé de 24 ans dégage une profonde sérénité. A partir de Dakar, il se rend régulièrement dans plusieurs pays du monde pour disputer des tournois et en profite à chaque fois pour faire escale à Fès afin de se recueillir sur la tombe du Cheikh Ahmed Tijani. « Je viens environ sept fois par an à la Zaouiya Tijania, qui est aussi importante que la Mecque pour moi», atteste Mouhamed Sakho dans un arabe dialectal irréprochable. « J’y trouve une solution à tous mes problèmes, je me sens en paix avec moi-même dans un Islam tolérant », ajoute également cet érudit du soufisme, le regard plein d’émotion. Cette vénération de la Tariqa Tijania qui se lit sur le visage du jeune homme témoigne de l’influence que peut avoir cette doctrine dans son pays. Conscient de l’opportunité qui s’offrait à lui, Hassan II, dans les années 80 avait centré sa stratégie diplomatique religieuse sur les échanges entre le Maroc et les pays africains fortement marqués par la Tariqa Tijania. Et ce, afin de contrer l’Algérie qui bénéficiait du soutien de la majorité des pays africains pour la question du Sahara. En nommant par Dahir le Cheikh de la confrérie Tijania, Mohammed VI va-t-il dans le même sens que son père ou existe-t-il d’autres enjeux ?

Surenchère religieuse

Concernant la nomination du Cheikh de la Tariqa Kettania, le roi a voulu trancher un problème organisationnel, car la doctrine Kettania connaissait une scission : deux personnes se revendiquaient chef spirituel. Ce qui explique la déclaration du potentiel descendant Badr El Kettani à Al Jarida Al Aoula le 5 mars 2009 qui s’oppose fermement à la décision du roi. Pour le deuxième concerné, cette attribution « qui était prévue depuis longtemps, a un peu tardé, et ne va rien changer aux bases de la Tariqa », déclare Mohamed Al Kabir Tijani au Journal Hebdo, quelques jours après sa nomination. « Mais il y aura quelques changements car depuis qu’il n’y a plus de guide pour diriger les Zaouiyas, la confrérie s’est transformée. Je prône un retour aux sources, car la Zaouiya a un rôle spirituel et surtout social » ajoute le Cheikh. Selon ce nouveau guide spirituel, la Tariqa Tijania a toujours été proche du trône alaouite depuis le Sultan Moulay Slimane et ce lien ne fait que se renforcer de jours en jours. « Ma nomination est une responsabilité en plus car j’aurais plus de liberté de travail afin de solidifier la Tariqa », conclu Mohamed Al Kabir Tijani. Au-delà du discours officiel, il est clair que Mohammed VI cherche avant tout à étatiser le soufisme. « La nomination d’Ahmed Taoufik, (issu de la tariqua boutchichiya qui puise ses origines dans les préceptes soufis des kadiryines) comme ministre des Habous et des Affaires islamiques en 2002 était un signe fort en direction de la réhabilitation du soufisme, fondements essentiels de la personnalité musulmane marocaine », rappelle Mohamed Darif dans une étude intitulée Les acteurs religieux après le 16 mai (décembre 2007). Pour le politologue, la stratégie religieuse de Mohammed VI consiste à utiliser le mouvement Soufi, qu’on pourrait appeler « l’islam laïque », pour faire face aux Salafistes. La monarchie aurait donc changé d’alliance avec les acteurs religieux, suite aux événements du 11 septembre, car Hassan II de son vivant, avait tablé sur les Salafistes pour faire face aux Islamistes. Autre lecture de cette nomination : elle pourrait être un message fort adressé aux Algériens qui tentent depuis 2005 de s’approprier la Tariqa Tijania. En mettant en avant le fait qu’Ahmed Tijani, initiateur de la Tariqa est d’origine algérienne puisqu’il est né à Ain Madhi (Algérie), les autorités algériennes font régulièrement la cour aux ténors tijanis. Une véritable surenchère religieuse. « Non seulement les algériens veulent détourner les Tijanis pour avoir leur soutien au sujet du Sahara, mais ils misent également sur le soufisme pour restructurer leur champ politique et religieux », analyse Mohamed Darif. L’Algérie, par le biais de la Tariqa Tijania, cherche donc à faire face au radicalisme religieux provoqué par la guerre civile, « en sachant qu’il y a une recommandation de l’Occident pour redynamiser le soufisme », précise le chercheur qui s’inquiète de l’impact de cette nomination dans les pays d’Afrique concernés. Au Sénégal, les officiels se félicitent de la décision du roi du Maroc. De façon générale, les Tijanis, qui représentent 90% de la population musulmane, sont favorables à la nomination d’un chef, mais « la transmission se fait par voie de descendance, la nomination devrait donc se décider en famille », pensent plusieurs adeptes sénégalais. Il est certain que l’Etat, qui est en train d’inciter les confréries à se politiser, adopte un discours contradictoire puisque le religieux est censé être indépendant du politique.

HICHAM BENNANI

Le Journal Hebdomadaire numéro 386

 

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2 Réponses

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  1. AHMED MUSA said, on septembre 16, 2009 at 2:41

    Allhamdulillah – Allhamdulillah -Allhamdulillah –

    If muslim get the oppotunity to write this kind of things, it means Islalam soufist and Tijjania are improving.I suggest to edify muslim community in term of this area of soufism particularly in Tijjania.I’m talking specifically of those who are blaming their muslim brothers of being part or member of the Tijjania Tariqa.
    Thanks
    AHMED MUSA
    (From Cameroon)

  2. A. SKIREDJ said, on octobre 12, 2009 at 1:22

    bonsoir

    Les soufis sont les musulmans qui creusent le plus dans les dires, les actes et les habitudes du prophète salla allahou alayhi wa sallam
    Leurs livres en sont la preuve, et ils ne ménagent aucun effort pour l’execution des preceptes de l’islam.

    Au Maroc et au fil des temps il y avait presque toujours un erudit soufi qui n’ayant pas peur du roi, lui portait conseil et lui indiquait la meilleure décision à prendre, décision qui va de paire avec l’islam
    On peut prendre à ce titre comme exemple: Sidi hassan youssi avec le sultan my ismail, sidi ahmed tidjani avec le sultan my slimane …et pleins d’autres: tous des gens pieux et savants et tres respectés par les sommités intellectuelles et religieuses de leur époque.


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