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Transports de Rabat

Posted in Société by hichambennani on avril 3, 2009

Magouilles préméditées

L’affaire a été manigancée avec brio par les autorités de Rabat : une société étrangère vient de remporter la gestion du réseau d’autobus de la capitale.

Par Hicham Bennani

Courir désespérément après un autobus fait partie du quotidien des Rbatis. Les usagers de la capitale se plaignent de la pollution, des agressions, de la conduite dangereuse, des bousculades, des retards et des tarifs trop élevés. Dépités, ils jettent l’opprobre sur les patrons de sociétés de transport urbain. Le 26 février dernier, une convention a été signée entre Veolia et les communes urbaines de Rabat sous la présidence du wali. Jeudi 26 mars, le groupe français a annoncé officiellement qu’il prendrait les rênes des transports à partir d’août 2009 avec deux autres sociétés marocaines. Ce nouveau départ marquera-t-il un changement ? Comment cette entreprise étrangère est-elle devenue, progressivement, une menace pour les sociétés d’autobus de Rabat, qui existent pourtant depuis 1986 et dont les contrats courent parfois jusqu’en 2016 ? «Il y a presque dix ans, nous n’étions pas satisfaits de la qualité des services offerts aux usagers», affirme Ali Moutea, porte-parole des transporteurs urbains de Rabat. Ce qui explique qu’en 2003, 2004 et 2005, des études approfondies sur la restructuration totale des transports urbains de Rabat et sur les solutions qui pourraient améliorer ce secteur ont été remises aux autorités par les transporteurs de la capitale. Ces propositions sont restées lettres mortes. Aucune réponse écrite. Résultat : en l’absence de visibilité et avec un investissement au compte-gouttes des transporteurs, les véhicules se sont dégradés. Quel rôle a joué l’Etat dans le remplacement des sociétés marocaines par une entreprise étrangère ?

Dialogue de sourds.

Début 2006, un appel d’offres international est lancé. La présélection met en place des conditions qu’aucune société marocaine ne peut remplir. Par exemple, l’article 5 stipule que la société désignée pour chapeauter les transports doit avoir géré la gestion de plus de 200 autobus pendant une période continue de plus de sept ans lors des dix dernières années. Conclusion : les seules qui participent à cette présélection sont des sociétés étrangères (Veolia, Kéolis et Alsa), les autres sont écartées sans ménagement. Par ailleurs, l’article 3 intitulé «Le partenaire marocain» est intrigant : «Dans le cas où une société intègrerait un partenaire marocain, elle sera récompensée». Une phrase qui prouve que dès la présélection, les sociétés marocaines étaient écartées d’office. En décembre 2008, celles-ci tentent en vain de se faire entendre et réitèrent aux autorités leur souhait de moderniser le secteur. Elles proposent même de s’unir en une seule société anonyme qui serait détenue à part égale et de renouveler la totalité du parc dans un délai de douze mois. Sans réponse encore une fois. Ce qui ne les empêche pas, compte tenu de la dégradation de leur parc aux allures calamiteuses, d’investir en 2008 une somme de 350 millions de dirhams en véhicules neufs.

Cahier des charges controversé.

Depuis le 17 mars, les usagers sont forcés, dans certaines zones comme Bab El Had, d’avoir recours aux taxis collectifs, travaux dans la capitale obligent, pour ne pas parcourir des kilomètres avant de trouver un autobus. Une grande station de bus à même été offerte aux taxis collectifs. «J’ai acheté quarante bus neufs de qualité le 16 mars dernier, mais le service des mines a refusé de me donner des autorisations», dénonce Brahim Joumani, propriétaire de la flotte la plus importante de Rabat. Les conditions de la signature de la convention entre Veolia et les communes sont également au centre des incompréhensions. Elle s’est faite alors que, lors du Conseil de la Ville, sur quatorze communes, quatre avaient refusé le projet, deux l’avaient accepté sous conditions et quatre n’avaient pas encore voté. «Les présidents de communes ont été convoqués dans l’urgence par la Wilaya de Rabat et forcés de signer», déplore Ali Moutea. Le cahier des charges de Veolia suscite également des controverses. Il indique que toutes les sociétés doivent se retirer. A ce propos, les sociétés marocaines ont introduit une action en justice contre la Wilaya et le ministère de l’Intérieur pour vice de forme. La Wilaya a alors promis que 2700 personnes (sur les 5000 qui travaillent déjà dans le secteur) seraient «prioritaires» dans le recrutement de Veolia. Mais cette dernière n’a pour l’instant garanti que l’embauche de 360 employés (qui ont travaillé pour l’ancienne régie des transports). «La majorité de nos employés travaillent dans le secteur depuis plus de dix ans», déclare Ahmad Ouchibou, secrétaire général du syndicat des employés du transport urbain de Rabat. Il ajoute que «le programme de Veolia exclut les receveurs et les femmes qui constituent respectivement un tiers et un quart des 5000 employés». C’est pourquoi l’avocat Khalid Soufiani est chargé de défendre les intérêts des employés. «Veolia va travailler avec pratiquement le même parc existant actuellement (634 autobus dont 243 neufs), et au lieu de l’augmenter, ils vont le réduire chaque année», précise Ouchibou. «Nous allons renouveler 400 véhicules d’ici dix-huit mois et investir deux milliards de dirhams pendant quinze ans», se défend Fatima-Zahra Aouzel, chargée de communication pour Veolia.
Toujours à propos du cahier des charges de Veolia, le prix proposé est de 3 dirhams et 50 centimes la première année. «C’est donc moins cher que les 4 dirhams actuels», confie cette même source. Mais pour son augmentation annuelle des tarifs, Veolia se base sur le prix des matières premières de 2007 au lieu de se référer à l’année précédente. Ce qui veut dire qu’au lieu de subir une légère augmentation, les tarifs connaîtront un hausse importante en 2010 et l’Etat sera forcément obligé d’octroyer des subventions… «Si Veolia prend le monopole, nous ferons grève pour nous faire entendre, ce qui va immobiliser toute la capitale, prévient Ahmed Ouchibou. Nous ne voulons pas subir ce que vivent au quotidien les employés de la Rédal». Et ce ne sont pas les deux sociétés marocaines (sur sept privées) qui ont choisi d’être partenaires de Veolia (à 50%) qui sauveront la situation. Casablanca, Tanger, Marrakech, Larache et Beni Mellal sont gérées par des transporteurs étrangers. Rabat devrait, à n’en pas douter, leur emboiter le pas. Depuis 2009, la majorité des partis politiques ont été interpellés par les transporteurs marocains. Sans résultat pour le moment.

Mise au point

L’Ogre Véolia

<!–[if gte mso 9]> Normal 0 21 false false false FR X-NONE X-NONE MicrosoftInternetExplorer4 <![endif]–><!–[if gte mso 9]> <![endif]–>Tous les secteurs sensibles qui appartenaient à l’Etat passent petit à petit entre les mains d’une seule société privée. Ordures, assainissement, eau, électricité et 50% de Maroc Telecom sont sous la houlette de Veolia. Ce sera bientôt le tour des autobus. Par ailleurs, en janvier ­dernier, le plus grand appel d’offres de transport en Europe a eu lieu à Stockholm. Veolia a remporté le marché, mais les autorités de la ville le lui ont aussitôt retiré, considérant que «les acteurs commerciaux ne devaient pas associer leur marque à des comportements anti-éthique» selon le représentant d’une ONG suédoise. D’aprés Le Monde Diplomatique, Veolia a signé un contrat avec Israël «pour la construction et l’exploitation d’une ligne de tramway reliant Jérusalem-Ouest (israélienne), via Jérusalem-Est (palestinienne), à deux colonies juives de Cisjordanie… ce qui renforce politiquement l’annexion par Israël de la Jérusalem arabe et de surcroît, rend la colonisation physiquement plus facile».

Le Journal Hebdomadaire, numéro 388

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