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Yasmina Baddou

Posted in Interviews by hichambennani on avril 30, 2009

Depuis le 15 octobre 2007, date à laquelle elle a été nommée au ministère de la Santé, Yasmina Baddou communique très peu avec les médias. A la tête d’une institution encore malade, elle ne fait pas l’unanimité. La ministre revient, à cœur ouvert, sur ce qui lui est reproché et sur son bilan.


Que répondez-vous aux femmes médecins qui estiment avoir moins de droits depuis votre arrivée ?
Je ne suis pas d’accord. Depuis mon arrivée à la tête du département de la Santé, la situation des femmes médecins ainsi que leurs droits n’ont cessé de s’améliorer.
Sur les 1 500 mutations que nous avons effectuées depuis le début de l’année 2008, la majorité a profité aux femmes voulant rejoindre leur conjoint ou pour d’autres raisons parfois personnelles. D’avril 2008 à aujourd’hui, je peux vous affirmer que près de 500 femmes ont profité du mouvement de mutation contre 80 les années précédentes. A signaler que les femmes accèdent dorénavant à des postes de responsabilité, ce qui était loin d’être le cas avant. Citons l’exemple des 4 déléguées provinciales en fonction actuellement, 27 chefs de service, 6 chefs de division au niveau de l’administration centrale, 7 chefs de service administratif et économique au niveau des Délégations, les médecins chefs de SIAAP qui sont au nombre de 5, 6 directrices d’hôpital et 1 directrice d’IFCS. Avec celles nouvellement nommées, on arrive à un total de 81 postes de responsabilité.  Souvent, l’opinion publique, assez partagée, insiste sur le cas des femmes spécialistes qui ont refusé leurs postes d’affectation lors du dernier mouvement. Ces dernières, qui ne représentent aujourd’hui que 20 professionnels du secteur, ne doivent pas s’identifier à l’ensemble des femmes médecins. Les droits de toutes les femmes médecins sont respectés par notre département. Les procédures sont de plus en plus claires et toutes les conditions d’équité sont respectées.


Qu’en est-il de la situation des infirmiers qui peinent toujours à trouver du travail alors que les hôpitaux sont dans le besoin ?
À l’heure actuelle, il n’y a aucun infirmier diplômé d’Etat au chômage. Les 994 lauréats de l’an dernier ont été recrutés. La même chose est prévue cette année avec encore plus de postes à pourvoir. Le département du ministère de la Santé dispose de 1 100 postes vacants d’infirmiers. Tous les lauréats 2008 seront recrutés et affectés au niveau des différentes structures sanitaires du ministère. En plus de ces derniers, plus de 100 infirmiers ont été recrutés par les 4 CHU.

Plus globalement, êtes-vous au courant que l’Etat ne protège pas suffisamment le citoyen contre les erreurs médicales ?
Aucun acte médical n’est dénué de risques. Au cours des soins qu’il prodigue, un médecin peut commettre une erreur ou omettre de prendre les précautions nécessaires. Dans ce cas-là, il engage sa responsabilité. Si le médecin est amené à commettre une faute professionnelle, il est passible de sanctions disciplinaires ou judiciaires dans un cadre civil ou pénal. Il est vrai que les dispositions juridiques ne précisent pas clairement la faute médicale. C’est pour cela que le juge fait appel à l’expertise médicale avant d’engager la responsabilité d’un médecin ou d’un établissement public…

Concernant les dérives, qu’en est-il du fameux numéro vert destiné à dénoncer la corruption dans les hôpitaux ?
Je ne communique pas beaucoup, c’est peut-être un tort. Le numéro vert est opérationnel depuis le 20 avril dernier, c’est le 0801005353. Il va être affiché dans les hôpitaux et il n’y aura pas de sur-médiatisation. Si je fais l’objet de tant d’attaques c’est parce que ça touche à beaucoup d’intérêts. Je voulais épargner les gens honnêtes pour qu’ils ne se sentent pas agressés par une campagne médiatique. Ce sont les gens qui fréquentent l’hôpital qui vont l’utiliser. Cela va faire réfléchir les coupables avant qu’ils ne commettent des actes malhonnêtes. Nous aurons également beaucoup d’informations sur le fonctionnement global des hôpitaux car tous les dysfonctionnements seront signalés.

Pour poursuivre sur les sujets qui fâchent, l’avortement clandestin se fait à grande échelle au Maroc. Le PJD a soutenu la législation de l’avortement et la question a été débattue au Parlement. Pourquoi ne vous êtes-vous pas encore prononcée sur cela alors que le PJD l’a fait ?
Le PJD n’a pas donné de point de vue contrairement à ce que vous affirmez. Il y a juste eu des tables rondes et discussions à ce sujet. C’est une question sensible sur laquelle il faut un débat national et un consensus sur la question.

Quel est votre avis sur cette question?
Tout le monde a un avis. Mon avis n’est pas important. C’est un problème de santé publique. Ce n’est pas à moi de me prononcer. Evidemment, je suis favorable. Ce qui est important, c’est qu’une décision soit prise. Et la décision ne doit pas être prise par le ministère de la Santé mais de manière collective par les partis politiques et le gouvernement. Il faut un débat national. Cette décision est un projet de société, comme la Moudawana. Il faut qu’il y ait consensus sur la question. Il y a tellement de questions qui en dépendent (à quel mois, à quel âge, etc.) qu’il ne s’agit pas d’être pour ou contre. ça dépasse même le gouvernement et concerne aussi l’opposition. Il faut un débat très serein sur cette question.

Où en est la lutte contre la toxicomanie ?
Le ministère de la Santé a adopté une nouvelle stratégie de lutte contre la toxicomanie. Des centres médico-psychologiques vont assurer des services de qualité, efficaces et accessibles. Le but étant d’améliorer l’accès des usagers à des services de prévention, de promotion de la santé, de prise en charge et de réhabilitation adaptés à leurs besoins et dispensés par un personnel qualifié. Un projet similaire vient de voir le jour à Tétouan avec l’ALCS Tétouan en janvier 2009 et cette initiative sera étendue à Nador et Al Hoceima en 2009.

La mortalité infantile, projet-phare de votre mandat, est encore trop élevée au Maroc. C’est si dur que ça de régler ce problème ?
La mortalité maternelle et la mortalité infantile font partie de nos premières priorités. J’insiste sur le fait que toutes deux sont intimement liées. Les conditions dans lesquelles on accouche déterminent comment va naître l’enfant. Il faut surveiller les femmes pendant leur maternité afin de les orienter. Nous avons prévu de baisser au maximum le taux de mortalité maternelle et infantile. On vient de décréter la gratuité de l’accouchement. Césarienne, analyses, médicaments, tout est gratuit afin d’augmenter le nombre d’accouchements en milieu surveillé. Nous comptons arriver à l’horizon 2012 à baisser respectivement la mortalité maternelle de 227 à 50 pour 100 000 naissances vivantes et la mortalité infantile de 40 à 15 pour 1 000 naissances vivantes. Cette année, le ministère de la Santé a engagé 30 millions de dirhams pour l’achat d’équipes mobiles facilitant les soins et le transport au niveau des zones rurales et montagneuses difficiles d’accès.

Le budget octroyé par l’Etat est-il suffisant pour que les choses s’améliorent ?
Le problème n’est pas là. L’argent n’est pas tout. Le ministère des Finances et les agences de coopération qui accompagnent les plans d’action nous donnent tous les budgets nécessaires. Nous préparons beaucoup de projets grâce à tous les moyens que nous avons. Par exemple, nous allons introduire de nouveaux vaccins pour diminuer les risques. Il y a eu une diminution de 7 % de la mortalité maternelle… c’est une première.


Comment pallier les problèmes de l’AMO (Assurance maladie obligatoire) qui ne profite pas suffisamment aux pauvres ?
L’AMO ne concerne pas les pauvres. Les personnes les plus démunies sont concernées par le RAMED. Ce chantier a été lancé à titre expérimental dans la Région de Tadla Azilal et sa généralisation sur le territoire national est prévue pour 2010. Le RAMED constitue le deuxième grand chantier de la couverture médicale de base (CMB) après celui de l’AMO. Les démunis vont avoir accès à tous les soins de santé. Au niveau de la région de Tadla Azilal, la population qui bénéficiera du RAMED est estimée à 420 000 personnes. Le ministère de la Santé a réservé pour cette région une enveloppe budgétaire de près de 58 millions de dirhams en 2009.

Qu’allez-vous faire pour l’avenir de la santé au Maroc ?
Nous comptons rendre effectif le droit à la santé dans les esprits des citoyens et des professionnels, et dans les faits par l’amélioration des infrastructures, l’amélioration du financement du  système, et l’instauration de nouvelles valeurs dans le secteur au service du citoyen. Les affections de longue durée (ALD) ainsi que d’autres maladies détruisent des familles et des vies. C’est dans ce sens qu’on attachera une grande importance à la sensibilisation, la prévention, la disponibilité du médicament et la généralisation du RAMED.

En octobre prochain, cela fera deux ans que vous êtes à la tête du ministère de la Santé. Quel est votre bilan ?
En ce qui concerne le ministère de la Santé, beaucoup de choses ont été accomplies et beaucoup de choses restent à accomplir. Sur le plan législatif, on peut citer la Carte sanitaire. Il y a aussi la loi 10-94 qui organise l’exercice de la médecine au Maroc. Sans oublier l’augmentation cette année de 20% du budget de notre département, la  régionalisation, la décentralisation, la gestion transparente au niveau de toutes les procédures de recrutement et beaucoup d’autres projets et chantiers… Nous venons, au cours de la dernière rencontre des hôpitaux, de faire le bilan du service rendu aux patients en milieu hospitalier public. Ce dernier est positif et je pense que les perspectives sont prometteuses. L’hôpital, actuellement, gagne la confiance des citoyens. Il est de plus en plus fréquenté. Bien entendu, des difficultés persistent et ne pourront pas être réglées en l’espace d’une année.

Ceux qui affirment que votre bilan est négatif ont donc tort ?
Je n’ai même pas envie d’entrer dans cette polémique tellement c’est évident. Evident ! Sortez donc faire un tour à Casa ce week-end. Allez faire un tour dans les hôpitaux pour constater de vos propres yeux. Ce sont des chantiers ouverts. Au niveau de l’harmonisation, de l’accueil, de la prise en charge… Dans ma circonscription, les gens viennent me voir pour me dire que ce qui est en train d’être fait au niveau régional est extraordinaire. On fonctionne avec des objectifs et on a une obligation de résultats. C’est un secteur où il y a beaucoup d’intérêts en jeu, et dès que vous voulez travailler, il y a énormément de résistance. Mais ça bouge chez les professionnels. Je suis convaincue que nous allons arriver
à relever les défis.

propos reccueillis par Hicham Bennani

Le Journal Hebdomadaire, numéro 393

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3 Réponses

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  1. waaayli said, on mai 2, 2009 at 10:02

    bonjour Hicham,

    premier commentaire par ici et pour une fois j’aimerais m’exprimer en tant que toubib plutôt qu’en blogueuse littéraire 🙂

    Mme Badou fait de son mieux pour améliorer une condition ignorée d’elle, ce qui est certes une prouesse inégalée!!

    lorsque Mme la ministre ignorait qu’un étudiant en médecine en stage interné n’avait pas le même statut qu’un infirmier d’état, que leurs revendications sont distinctes par exemple, on se demandait bien ce qui allait advenir de nous, pauvres étudiants… mais ça c’est de l’histoire ancienne, tout a changé depuis le temps..

    toujours est-il que Hind, médecin de 30 ans nourrissant le rêve de fonder une famille, a de fortes chances de voir son fiancé se volatiliser et son rêve de procréer s’évanouir, et ce avant qu’elle ne rejoigne Goulmim (dans à peu près 5 ans avec un bolus concentré de chance)…
    à 3winet lhna à 70 km de Tindouf, franchement, elle a plus de chance d’enfanter en épousant un renégat du coin…

    bref, je soulève surtout ce problème là plutôt que les autres parce que je suis femme et que si je décide de servir le pays, je vais devoir y laisser ma vie… et aussi humaine et poétesse que je puisse être, je me sens incapable de trouver inspiration dans cet exil là…

    • sarra said, on juillet 15, 2010 at 12:05

      avec tout les respects que je vous dois mademoiselle, il ne fallait point faire des études en médecine, car si ça ne tenait qu’à des gens comme vous, il n’y aura de médecins qu’à Casa Rabat, et les autres grandes villes, alors dans ce cas, que sont sensés faire les gens qui vivent dans cet exil comme vous dites si bien, se déplacer d’un bled éloigné jusqu’en ville pour recevoir un soin médical, parce que nos chers médecins refuse de travailler dans des régions éloignés, et bien avec cet esprit purement individualiste, on est bien loin du développement souhaité, car on nous a appris que pour pouvoir servir son pays, l’intérêt général passait avant l’intérêt personnel ce dont on est trèès loin ! c’est clair

  2. ilham said, on mai 8, 2009 at 11:12

    salam, je parle en tant qu’IDE 2008 nous avons passé le concours d’intégration le 15/02/09 et le résultat s’est affiché le 19/03/09 et jusqu’à maintenant nous attendons nos affectations . mais, on a du mal à coire a ses fausses promesses de madame la ministre ,elle qui fait partie du hizb alistiqlal connu par son milittantisme et sa fidélité or tous ceci ne s’applique désolé de le dire mais c’est la vérité ;sur cette personne .Mme la ministre, nous attendions à ce que vous soyez apte à assumer les résponsabilités et que vous régler notre problème d’affectation d’ici la fin du mois 5 ,sinon des accentuations graves vont apparaitre surtout que les éléctions 12/06/09 approchent


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