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Ces français bien de chez nous

Posted in Sport by hichambennani on mai 8, 2009

Plusieurs icônes du sport français sont nées dans le royaume ou y ont longtemps vécu. Même si ces hommes ne sont pas d’origine marocaine, ils n’ont jamais oublié la terre qui les a accueillis. Tour d’horizon.

par Hicham Bennani

«Je suis venu te dire que je m’en vais», étaient sans doute tentés de dire tous ceux qui ont aimé le Maroc au moment où ils lui ont tourné le dos. Le sportif français le plus emblématique ayant puisé ses forces au Maroc sans pour autant avoir de sang marocain est incontestablement Marcel Cerdan. Il a été cinq fois champion de France, quatre fois champion d’Europe et une fois champion du monde de boxe. Son père était originaire du Roussillon et sa mère d’Espagne. Marcel Cerdan est né en 1916 à Sidi Bel Abbès en Algérie. Dès l’âge de 6 ans, il s’installe avec sa famille à Casablanca. Le petit Marcel monte sur le ring alors qu’il n’accuse que les huit balais. Progressivement, il se fait un nom. Dans la nuit du 21 février 1938, les rues de Casablanca sont envahies de supporters. Marcel Cerdan devient champion de France des mi-moyens. On le surnommera juste après «Le Bombardier marocain». Tous les combats de boxe qu’il remporte en France, en Italie et aux Etats-Unis feront de lui un modèle de la boxe française. Le 28 octobre 1949, Marcel Cerdan meurt dans un accident d’avion. Son corps est rapatrié à Casablanca. Toute la ville est paralysée par l’émotion et des visiteurs du monde entier lui rendent hommage au Stade Lyautey. Les mots de Casablancais des années 1950 témoignant du mythe qu’il représentait abondent. «Je suis né à Casablanca en 1939. Quand Marcel Cerdan est mort, j’avais 10 ans. Il restera toujours pour moi la fierté du sport casablancais. En tant que Casablancais dans l’âme, je suis fier que nous ayons eu ce grand champion, dont la France se réclame mais qui appartient à une identité en voie de disparition : celle des pieds-noirs du Maroc», témoigne l’un de ses fans sur un site hommage au défunt.  La brasserie qu’il avait ouverte à Casablanca et que sa femme Marinette tiendra longtemps après sa mort, existe toujours avec son nom au fronton.

L’autre roi.

Si Marcel Cerdan reste le plus présent dans les mémoires, l’entraîneur Henri Michel est l’ancien sportiffrançais qui a été le plus en vue ces dernières années au Maroc. «Henri Michel, un roi en ce pays», titrait L’Equipe Magazine en 1999. Cet ancien footballeur français prend les rênes des Lions de l’Atlas en 1995 et devient, au fil du temps, l’un des hommes les plus populaires du pays. En bon méditerranéen, il s’adapte très facilement à sa terre d’accueil. «Il n’y a guère de différence entre la manière d’entraîner un joueur qu’il soit marocain ou français. La seule chose que je dois éviter, c’est d’engueuler un joueur devant témoin. Question de fierté», expliquait Henri Michel à L’Equipe Magazine. Celui qui a été décoré par Hassan II après le Mondial 1998 va même plus loin : «Il existe dans ce pays une forte fibre nationaliste à laquelle je suis sensible». Entraîneur de l’équipe nationale jusqu’en 2000, il a été coach du Raja de Casablanca pendant un an en 2003 pour reprendre finalement les commandes de l’équipe nationale en octobre 2007. Cinq mois plus tard, il est licencié, suite à la non-qualification de ses protégés pour la Coupe du monde. Son bilan restera donc mitigé. «Il n’est pas interdit que je termine ma vie au Maroc», a également déclaré cet amoureux du royaume.

Mis à part Henri Michel, un autre footballeur, dont la mémoire est inscrite à l’encre indélébile dans l’album du football international, a lui aussi une histoire avec le Maroc. Il s’agit de Just Fontaine. Sa plus belle œuvre : meilleur buteur de tous les temps dans une Coupe du monde avec 13 réalisations en 1958. Un record qui n’est pas prêt d’être battu. Né le 18 août 1933 à Marrakech, Just Fontaine est de père normand et de mère espagnole. «J’ai eu, malgré les modestes moyens de ma famille, une enfance et une adolescence heureuses», déclarait l’attaquant au quotidien sportif L’Equipe en avril 1999. Sa carrière débute à L’Association Sportive (AS) marocaine de Casablanca en 1950. Un club qui prend en charge ses études, alors qu’il est renvoyé de son lycée. Le footballeur devient international marocain junior, puis senior. En 1952, il remporte la Coupe d’Afrique du Nord avant de signer, un an plus tard, avec l’OGC Nice. «J’avais vingt ans et entrais dans une autre vie», ajoutait Just Fontaine. Son grand retour avec les Lions de l’Atlas se fera en 1980, en tant qu’entraîneur pendant deux ans. Sous sa direction, l’équipe du Maroc ne parvient pas à se qualifier pour la Coupe du monde, suite à une défaite contre le Cameroun. «Je n’avais pas toute mon équipe, il me manquait notamment mon gardien titulaire. A l’époque, il n’y avait que deux qualifiés en Afrique, et non 5 comme aujourd’hui», se remémore Just Fontaine dans une interview accordée à un site sportif en juillet 2007.

Histoire d’amour.

La liste des sportifs français amoureux du Maroc ne s’arrête pas là. Pour les amateurs d’automobile, Jean-Louis Schlesser est aussi populaire que Just Fontaine. Son palmarès : vainqueur du Paris-Dakar en 1999 et 2000, ancien champion des rallyes-raids de 1998 à 2000 et champion de France de Formule 3 en 1978. Il a d’abord habité à Safi puis à Agadir, ville où il a fait ses premiers dérapages dans une voiture en bois. Son père était coopérant, il enseignait l’agriculture. Schlesser se dit fasciné par le Maroc : «Je garde les souvenirs de cette diversité de lieux. J’ai voyagé dans le monde entier, vu tous les paysages… Il n’y a pas un pays qui conjugue autant de facettes que le Maroc : vous avez l’Atlantique et la Méditerranée, vous avez la neige de l’Oukaïmeden et le grand désert à son pied… des vallées, des arbres extraordinaires…». Le pilote n’est pas le seul à vanter les paysages marocains : «J’ai gardé un beau souvenir de ma jeunesse. Les immenses plages de sable, la mer et la lumière crue du soleil. Le Maroc, pour moi, c’est ça : beaucoup de couleurs, du rouge, du jaune, du bleu et du bonheur», se souvient le coureur cycliste Richard Virenque dans les colonnes du journal L’Equipe en juillet 1997. Ce spécialiste du tour de France est né le 19 novembre 1969 à Casablanca. «Tous les vendredis, après l’école, la famille partait à Dahomey où nous possédions un terrain sur la plage», poursuit Virenque. Celui qui a été l’un des coureurs les plus populaires du cyclisme français faisait de la chasse sous-marine au Maroc. Sa passion pour le vélo est venue plus tard, dans le Var en France.
Moins médiatisé que les champions cités précédemment, l’haltérophile Marcel Paterni a lui aussi tissé une histoire d’amour avec le Maroc. Il voit le jour le 22 septembre 1936 à Casablanca et restera dans sa terre natale pendant vingt ans. «Ce pays est celui de ma jeunesse. Un ciel infiniment bleu, une mer verte et l’odeur du jasmin. Ce temps fut celui de la douceur et de la joie de vivre», raconte Marcel Paterni dans la presse française il y a quelques années. Il tempère : «Je me souviens aussi des conditions épouvantables de mes entraînements. La longueur d’une barre est de 2,20m et j’ai soulevé mes premières dans un local de 2,40m de large», avant de conclure : «mais qu’importe les conditions, ces années-là ont été pour moi celles du sport plaisir» Recordman du monde du développé en mi-lourds, Marcel Paterni a incontestablement marqué sa discipline. Et même si on ne peut pas en dire autant de l’oublié Henri Grange, ce dernier fait aujourd’hui partie des meilleurs basketteurs qu’ait connues la France. Ce joueur aux 142 sélections avec les tricolores est né le 24 septembre 1934 à Saillans dans la Drôme. Lorsqu’il avait dix ans, son père, instituteur de marine, est venu enseigner au Maroc. Henri Grange est finalement resté neuf ans dans son deuxième pays. «Ce passage reste pour moi un merveilleux souvenir. Je passais mon existence dehors à jouer au basket», racontait Henri Grange à L’Equipe il y a quelques années. C’est d’abord au Maroc que le basketteur a connu ses premières joies sportives. «L’été, c’était deux mois à la plage». Il a eu la France comme adversaire avant de devenir international français. «Lorsque je jouais dans la sélection marocaine, j’ai été remarqué par Buffière et Busnel». Le premier lui a ouvert les portes du club de l’ASVEL, le second celles de l’équipe de France.
Ainsi, tous ces grands noms n’oublieront jamais leur pays de cœur, bien qu’ils aient choisi de défendre les couleurs de la France.

Le Journal Hebdomadaire, numéro 394, mai 2009

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