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Grippe porcine au Maroc : Halouf-Phobie !

Posted in Maroc by hichambennani on mai 8, 2009

dessin grippe porcineLe virus transmis aux humains par le porc a engendré trouble et confusion dans le royaume en même temps que dans le monde entier. Mais en terre d’islam, la psychose a parfois un goût particulier.

Combien y a-t-il de porcs au Maroc ? «Avec un t à la fin ou un c ? On peut parler des ports comme des porcs…», plaisante Noureddine Chaouki, Directeur de l’épidémiologie au ministère de la Santé. La réponse du docteur Chaouki est moins innocente qu’il n’y paraît. En effet, il semble plus judicieux de se préoccuper des frontières marocaines que des élevages porcins. «Il faut se focaliser sur la grippe humaine, la maladie n’est pas porcine. Discuter de l’élevage, c’est apporter la confusion dans l’esprit des citoyens», confirme Hamid Benazzou, directeur de l’élevage au ministère de l’Agriculture. Le mardi 5 mai, une délégation de hauts responsables s’est rendue à l’aéroport Mohammed V afin de prendre des mesures de contrôle drastiques. «L’aéroport Mohammed V est celui qui accueille le plus gros flux avec environ 6000 passagers arrivant tous les jours d’Espagne, pays très touché», explique Yasmina Baddou, ministre de la Santé, qui faisait partie de cette délégation. «Tous les aéroports sont dotés de portiques thermiques par lesquels les passagers doivent passer. Lorsqu’ils viennent ou ont transité par le Mexique, ils sont recontrôlés par les services sanitaires», ajoute Y. Baddou qui précise que «l’office des ports va acquérir des portiques équivalents pour tous les ports». Le risque vient donc de l’extérieur du territoire, d’autant plus que «tous les porcs élevés au Maroc ne constituent aucun danger pour les Marocains», assure Chaouki. Pourtant, en ce début de mois de mai, quatre porcs ont été abattus par les autorités à Bouskoura. «Un éleveur a eu peur et s’est débarrassé de ses porcs dans la forêt de Bouskoura. Un enfant a prévenu les autorités qui les ont abattus», justifie Chaouki qui indique que les porcs ont été contrôlés et qu’ils ne possédaient aucun signe de maladie. Autres faits divers, un éleveur d’El Jadida, craignant pour la santé de ses enfants, a demandé aux autorités d’éliminer un couple de porcs qu’il possédait. A Fès, une personne pensant avoir le virus a été mise en quarantaine à sa demande. A Sebta, les autorités espagnoles ont pensé qu’un Italien avait développé les symptômes avant de démentir l’information. «Il y a des rumeurs chaque jour. Ce qui est important, c’est qu’elles soient signalées. Il vaut mieux pécher par excès que par défaut pour éviter tout risque», conclut Chaouki. Pour le moment, il n’y a eu aucune personne touchée par la grippe porcine, dite grippe A (H1N1) sur le territoire.

Cochonnailles
La grippe A à été signalée par l’Organisation mondiale de la santé le 25 avril dernier. Le lendemain, tous les centres d’élevage porcin du pays ont été visités par les services sanitaires. «Ils ont contrôlé les conditions d’élevage et apporté quelques modifications comme l’obligation de placer un passage rempli d’eau de javel à l’entrée et à la sortie de la ferme et ils nous ont demandé d’être vigilants», témoigne Jean Yves Chriqui, propriétaire d’une ferme d’environ 400 cochons et d’une importante usine de conditionnement de charcuterie à Agadir. Il existe environ 4 000 porcs au Maroc, répartis dans six centres d’élevage. Trois à Agadir (2 500 porcs), deux dans la région de Casablanca (800 porcs à Médiouna et 90 à Had Souelam) et un à Taza. Sans compter les nombreux éleveurs qui possèdent quelques bêtes un peu partout dans le pays. «Je n’ai pas eu de problèmes parce que je n’ai jamais importé de porc. J’ai une ferme familiale qui date de 60 ans. Tous les porcs sont nés au Maroc», précise un propriétaire casablancais sous couvert d’anonymat. L’importation de viande porcine a été interdite par le gouvernement. Les professionnels soulignent que lorsqu’il y a une épidémie dans un élevage, le taux de contagion est de 100%, «on ne peut pas avoir un animal malade et un autre en forme dans le même élevage», martèle Chriqui. Et d’ajouter : «Au début, les autorités avaient un peu peur parce qu’elles n’avaient pas reçu les résultats des laboratoires américains pour déterminer l’origine du virus. Quelques jours après, elles ont affirmé que c’était un problème humain et que tout s’était dissipé». Les autorités se veulent rassurantes mais restent très prévenantes. Le ministère de l’Intérieur a indiqué avoir alloué 850 millions de dirhams pour acheter le médicament antiviral contre la maladie et distribué des médicaments et des masques antiviraux pour «d’éventuels cas confirmés» dans les postes de coordination régionaux.

Amalgame religieux
Des mesures gouvernementales qui ne font pas l’unanimité. Lahcen Daoudi, secrétaire général-adjoint du Parti de la justice et du développement (PJD), affirme que son parti a l’intention de soulever le problème au Parlement : «Est-ce que le gouvernement communique avec lui-même ou avec le peuple marocain ?», demande Daoudi. «Rien n’est fait pour informer la population. Il faut éviter le mouvement de panique», prévient le député pjdiste. Visiblement mal informée, la presse arabophone titrait par exemple le 5 mai : «Ce seront les porcs ou nous !», alimentant ainsi la confusion. Daoudi fait le distinguo entre l’image qu’incarne le porc au Maroc et le problème de la grippe A. «Les gens ont vite fait des liens. Mulet, cheval, mouton, porc… la grippe peut se développer chez n’importe quel animal», ajoute Daoudi qui va même plus loin : «Le porc est l’animal le plus proche de l’homme puisque des greffes pour les humains sont prélevées sur le porc». Le pays semble donc bien loin de l’extrémisme de certains pays arabes comme l’Egypte qui a prévu d’abattre l’ensemble de son cheptel. Ahmed Abbadi, Directeur des Affaires islamiques au ministère des Habous, a prévu un débat en direct le jeudi 7 mai sur le Net entre les internautes et Noureddine Chaouki. «Je ne suis pas spécialiste ou médecin de formation pour juger», déclare Abbadi. Même les religieux les plus virulents sont tempérés. Pour Abdelbari Zemzmi, les Musulmans, même si la maladie ne se déclenche pas au Maroc, ne doivent pas posséder de porcs et les élever sur leurs terres, «c’est en contradiction avec leurs croyances et leur religion». Mais «les étrangers peuvent élever le porc, même au Maroc, c’est leur affaire». Evitant, lui aussi l’amalgame religieux, Zemzmi pense que le royaume ne sera pas dispensé de la grippe A. «Le Maroc n’est pas un paradis isolé sur terre. Les pays les plus développés ont été contaminés. Pour le Maroc, c’est une question de temps». La ministre de la Santé annonce de son côté que le gouvernement va rester vigilant jusqu’à l’automne, date de la grippe saisonnière : «Le virus de la grippe est le plus malin, il mute constamment. Il faut envisager les scénarios les plus catastrophiques pour être armés». Il est vrai que comme la période d’incubation est de deux à sept jours et que l’Etat ne peut pas interdire l’accès aux frontières, la menace est bien réelle.

Hicham Bennani

Le Journal Hebdomadaire, mai 2009

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