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FILMS D’ANIMATION AU MAROC

Posted in Culture by hichambennani on mai 23, 2009

Le Royaume de l’animation

par Hicham Bennani

Une ambiance conviviale, beaucoup de professionnels et de passionnés. Il y en avait pour tous les âges au festival d’animation de Meknès.

«C’est un festival où on peut côtoyer facilement de grands artistes», observe le réalisateur français Gabriel Jacquel qui a découvert pour la première fois le Festival international de cinéma d’animation de Meknès (FICAM). Il ajoute : «Je vais à Annecy chaque année, qui est un festival énorme, on peut y voir passer de grands réalisateurs, mais il y a tellement de monde que, finalement, c’est difficile de leur parler». Cette neuvième édition d’un événement qui se bonifie d’année en année a proposé du 7 au 15 mai une soixantaine de films au public marocain. L’invité d’honneur était l’Angleterre, avec une présence remarquée de son ambassadeur. Les projections se la-veritable-histoire-du-chat-botte-the-true-story-of-puss-n-boots-01-04--14-gsont déroulées à l’Institut français de Meknès et dans cinq autres lieux : un cinéma, un théâtre, la grande place de la médina et dans deux petits centres en plein cœur de la médina. Autre point fort du festival : plusieurs artistes ont tenu des conférences à la médiathèque de l’Institut français afin d’exposer  au public les techniques de fabrication de leurs œuvres. Parallèlement, le Grand Prix Aïcha de l’animation, qui en est à son troisième volet, était destiné à encourager les jeunes créateurs marocains. Quant à la qualité proposée, Gabriel Jacquel, qui travaille depuis dix ans dans l’animation, ne tarit pas d’éloges : «On a pu découvrir ou redécouvrir de grands films d’animation». La fameuse série française Lascar a été remarquée au festival. «La cible est plus large qu’on ne l’imaginait. Il y a des gens du fin fond de la campagne que nous avons fait rire, alors que la série met en scène des banlieusards», témoigne Ismaël Sy Savane qui fait partie des voix de la série.

scan 4Réservé aux adultes.
Concernant le film Lascar, qui vient d’être achevé, seuls des extraits ont été diffusés au FICAM, car il sera en compétition, le 17 mai, dans le cadre de la semaine de la critique du festival de Cannes. Autre invité de marque : le cinéaste britannique Barry Purves. Ce génie de l’animation reconnu mondialement raconte des histoires avec des marionnettes.
Les enfants ont été ébahis par son film Hamilton Matress dans la médina de Meknès. «La réponse des enfants a été fantastique», se réjouit Barry Purves. «Ils ont chanté, hurlé de joie… C’est pour vivre des moments pareils que je crée des films. En Angleterre, les enfants applaudissent beaucoup plus passivement», poursuit celui qui a travaillé avec le réalisateur américain Tim Burton. Et de conclure : «L’animation n’est pas un langage de mots mais un langage universel». En témoigne l’œuvre proposée par l’Anglaise Erica Russel qui va au-delà de la simple performance technique. Ses courts métrages représentent de l’art en mouvement, des silhouettes qui effectuent des chorégraphies sur fond de musique africaine. «Je ne cherche pas à raconter une histoire mais à créer une ambiance et susciter des réactions comme le fait la musique. C’est comme faire du jazz», indique Erica Russel qui avoue n’avoir jamais utilisé de story-board. L’artiste se dit très inspirée par le pays : «Je vais acheter des CD de musiques gnawies et spirituelles pour préparer de nouveaux films». Autre mia-et-le-migou-10-12-2008-3-ggrande figure de l’animation au FICAM : Jimmy Murakami. Ce pionnier japonais, qui n’a pas pour habitude de fréquenter les festivals, a proposé une rétrospective d’anciens courts métrages avec des références et un humour strictement réservés aux adultes : «J’essaye de surprendre, de raconter des choses de la vie. Mes enfants n’aiment pas mes films, ils préfèrent les mangas. Ils regardent pendant dix minutes et partent…». Bien plus ancré dans l’air du temps, le film irlandais Brendan et le secret de Kells, dont le graphisme s’inspire de l’art médiéval, a eu un succès unanime. Son réalisateur Tomm Moore a eu les larmes aux yeux mia-et-le-migou-10-12-2008-4-gaprès l’avoir présenté devant des enfants dans un fondouk de la médina. Les longs-métrages La véritable histoire du chat botté et Mia et le migou, ainsi que le premier film d’animation africaine en 3D The Lion of Judah ont également marqué de leur empreinte le FICAM. «Depuis cinq ans, le FICAM a beaucoup grandi. C’est une évolution qui va dans le même sens que celle du Maroc, un pays qui s’ouvre et a envie de voir ce qui se passe ailleurs dans le monde», résume Benoît Chieux, directeur artistique qui représentait le film Mia et le migou. Côté marocain,  ont été projetés plusieurs films réalisés par des élèves dans le cadre d’ateliers de création. «J’ai présenté un court-métrage qui a été fait pendant les vacances scolaires en février dernier avec sept lycéens marocains et une enseignante de Meknès. Ils venaient de différentes villes et de différentes écoles. Nous avons fait un six minutes en sept jours. Ce qui est énorme», atteste le réalisateur Gabriel Jacquel. Ce dernier trouve qu’il y a beaucoup de potentiel au Maroc : «J’ai rarement vu des personnes aussi motivées et,

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du coup, beaucoup plus efficaces que des étudiants que j’ai pu avoir en France». Selon lui, les lycéens ne possèdent pas encore certaines notions techniques puisqu’il n’y a pas d’école d’animation au Maroc. Si des écoles d’arts se spécialisaient dans l’animation, «de très bonnes choses pourraient émerger du Maroc», pays où, culturellement, «il y a quelque chose de très fort».

«Un pont entre l’Afrique et l’Europe». «L’animation est un domaine quasi-inexistant dans le domaine du la-veritable-histoire-du-chat-botte-the-true-story-of-puss-n-boots-01-04--3-gtravail professionnel au Maroc», souligne Hamid Benali, membre du Jury du Grand prix Aïcha. Les écoles existantes sont généralistes, elles ne sont pas spécialisées. Toutes les expériences ont été faites par des autodidactes ou passionnés. Selon ce réalisateur marocain de films d’animation, les chaînes marocaines achètent des produits universels. Elles sont donc conscientes de l’intérêt du secteur mais elles ne peuvent pas investir dans une production de série d’animation parce que ce serait trop risqué financièrement. «En plus, il y a le problème des droits d’auteur : les chaînes prennent tous les droits. C’est problématique, car le plus important, c’est tout de même de vivre de son travail», constate, amère Hamid Benali. Bilan de l’édition 2009, selon lui : du bon et du moins bon, «il y a des choses qui m’ont captivé et la-veritable-histoire-du-chat-botte-the-true-story-of-puss-n-boots-01-04--15-gd’autres beaucoup moins, j’ai quitté certaines séances parce que le visuel  m’a fatigué». Quoi qu’il en soit, force est de constater qu’un intérêt s’est véritablement cristallisé autour de ce festival depuis cinq ans. Au niveau de l’animation dans le monde, on retient les festivals d’Annecy (France), d’Ottawa (Canada), d’Hiroshima (Japon), de Zagreb (Croatie) et d’Espinho (Portugal). «Le FICAM se situe juste derrière ce peloton», juge Alexis Hunot, un des membres du jury de la compétition qui s’est même transformé en interprète à Meknès. «Le FICAM peut devenir le deuxième de ce classement, un véritable pont entre l’Afrique et l’Europe», s’enthousiasme-t-il. Mais pour cela, il faudrait que l’Etat s’intéresse déjà à l’animation. Une formation de bon niveau et des moyens suffisants pour encourager ce secteur seraient nécessaires. L’animation peut devenir un moyen de créer des pré-univers artistiques afin de nourrir le vidéo-clip, la publicité mais aussi le long métrage et la série. Nous sommes encore bien loin du compte. Comment marquer les dix ans du festival l’année prochaine ? Trop de stars sont déjà venues au FICAM. «Il faudra mettre un coup de projecteur sur le Maroc, annonce Alexis Hunot, inviter tous les gens qui ont eu le grand prix Aïcha du scenario par exemple». Les paris sont lancés.

MODE D’EMPLOI

plan 1196bLe cinéma de prise de vue réelle, que tout le monde connaît, date de 1895. Ce que l’on a tendance à oublier, c’est que le cinéma d’animation est né trois ans avant. En quoi cela consiste ? A donner l’illusion d’un mouvement à l’aide d’une suite d’images. «L’idée était de faire de l’image par image. Il faut 24 images pour réaliser une seconde. Ce n’est pas un genre mais une technique. L’animation, c’est avant tout les courts métrages qui constituent 95%, voire plus, de tout ce qui est fait», explique Alexis Hunot. Cet amoureux du monde de l’animation insiste sur le fait que le dessin animé constitue uniquement une partie de l’animation. L’éclairage d’Olivier Catherin, autre membre du jury, va dans le même sens : les tout premiers films d’animation réalisés en Argentine étaient des pamphlets politiques, «ils n’étaient absolument pas pour les enfants». Et les courts-métrages qui étaient conçus en Europe représentaient des formes d’expression cinématographique plutôt liées à l’art de la caricature. Le développement de l’empire Disney a créé une confusion selon laquelle on a tendance à croire que les films d’animation s’adressent uniquement aux enfants. «Il y a un concentré dans l’image parfois difficile à supporter pour un spectateur lorsqu’il regarde à la suite plusieurs films aux univers différents», précise O. Catherin. L’animation crée donc une distance par rapport à la rudesse de la réalité. Elle permet d’apporter une dimension nouvelle, intime et poétique par le dessin. La distance avec le réel permet de mieux accepter certaines choses.

Le Journal Hebdomadaire, mai 2009

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Une Réponse

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  1. Sylvain said, on mai 30, 2009 at 9:57

    Félicitation pour ce très bon article!
    Ce sujet m’intéresse tout particulièrement car avec I CAN FLY nous projetons de développer un studio à Casablanca.
    D’ailleurs j’adorerai échanger autour de ce projet avec vous.
    N’hésitez pas à me contacter par email.

    Cordialement

    Sylvain Dos santos


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