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Zoo de Rabat : comment vont les animaux ?

Posted in Société by hichambennani on juillet 6, 2009

Ceci n’est pas un Zoo

Cela fait maintenant plus de deux ans que les travaux immobiliers du groupe Addoha ont débuté sur le terrain du zoo de Rabat. Quid des animaux ?

Existe-t-il toujours un parc zoologique dans la région de Rabat ? A priori non, puisqu’en lieu et place de l’entrée principale de notre zoo national, on trouve un chantier pharaonique. Il s’agit de Ryad Al Andalous, projet immobilier du groupe Addoha lancé depuis novembre 2006 et dont le coût est estimé à environ 4 milliards de dirhams. Derrière la poussière, les tracteurs et les grues, il existe pourtant une parcelle de terrain qui n’est toujours pas occupée. Sur les 50 hectares de l’ancien terrain, 24 ont été engloutis par le groupe d’Anas Sefrioui, en attendant l’ouverture d’un zoo flambant neuf. «Le zoo est dans un état délabré depuis vingt ans. S’il était bien, on n’aurait jamais eu besoin de le transférer dans quelque chose qui réponde aux standards internationaux», constate Abdelâadim El Hafi, Haut commissaire aux Eaux et Forêts. Il admet : «Nous n’avons jamais eu de zoo, c’est une ménagerie où il y a des cages et des animaux parqués : un fourre-tout sans concept». De prime abord, le parc offre tout de même une large diversité d’espèces animales. «Nous bénéficions de deux à trois millions de dirhams de budget pour la nourriture et un million pour les autres frais. Ce qui est largement suffisant pour entretenir le zoo», indique Saïd Hajib, directeur du zoo de Rabat. Il note que les charges sont peu nombreuses. Et pour cause, cet endroit isolé de la ville n’offre ni espaces verts, ni restaurant, ni cafétéria ou autres espaces de détente pour les visiteurs et n’emploie que 73 personnes. Depuis le début des travaux, la fréquentation du zoo est passée de 300 000 à 100 000 visiteurs par an. «Les gens pensent que le zoo n’existe plus à cause des travaux. Ils sont aussi découragés parce qu’il n’y a plus de grand parking et que l’accès par le train a été fermé», précise Hajib.

Nuisances sonores.
Ce que l’histoire ne dit pas, c’est que sur les 1 800 animaux que compte le zoo, «une trentaine a changé d’emplacement suite aux travaux d’Addoha», atteste Abderrahim Essalhi, chef de service de l’entretien des animaux. Ahmed Tazi, vice-secrétaire général de l’Association de défense des animaux et de la nature (ADAN) pense que plusieurs animaux sont désormais mal lotis et que le bruit des travaux peut perturber leur reproduction ou conduire à leur mort. «L’association a essayé, en vain, de faire une enquête dans le zoo, mais les responsables ont eu très peur qu’on découvre quelque chose», dénonce Tazi. «Un vétérinaire nous a affirmé que le bruit pouvait provoquer la mort», ajoute-t-il. A noter que plusieurs animaux, comme les éléphants, sont toujours perturbés par le tohu-bohu avoisinant. «La hyène, le lynx et les carnivores ont été transférés dans de belles cages, mais tous ceux qui sont situés au centre du zoo sont restés en place», souligne le maître des lieux Saïd Hajib. Il se défend : «Au départ, c’est vrai qu’il y avait beaucoup de bruit pendant un mois. Mais, scientifiquement parlant, on ne peut pas démontrer que les animaux souffrent à cause du tintamarre. Le train, qui passe toutes les vingt minutes, est beaucoup plus bruyant». Autre échappatoire avancée par Abdelâadim El Hafi : «Il n’y a aucun impact de nuisance sonore sur les animaux. D’ailleurs, il n’y a pas qu’eux qui sont victimes, il y a des êtres un peu plus sensibles qui sont à côté : les humains. Les lignes de haute tension qui traversent le grand boulevard sont beaucoup plus nuisibles qu’un marteau piqueur ou une grue». Et comment expliquer la mort, il y a quelques mois, de trois girafes ? «C’est une mort imprévisible qui n’a rien à voir avec les travaux. Une femelle est morte de vieillesse, sa progéniture n’a pas pu survivre et ensuite le mâle s’est suicidé de tristesse. Il y a des espèces qui meurent au bout de 5 ans, d’autres au bout de cent ans… Ce sont des morts naturelles», explique Hajib. Il est clair que la majorité des espèces semblent bien portantes, mais «quelques morts sont douteuses», glisse un agent de sécurité en catimini.

Sauver le lion de l’Atlas.
Le vétérinaire Abderrahim Essalhi préfère élargir le débat en rappelant que le zoo de Rabat a une histoire qui remonte à 1973. Il a participé à la sauvegarde et à la conservation d’un grand nombre d’espèces animales. «Certaines allaient disparaître du globe terrestre comme le lion de l’Atlas. C’est grâce au zoo de Rabat qu’on a pu le sauver. On a même envoyé des spécimens du lion de l’Atlas dans d’autres zoo internationaux, en Allemagne, en Angleterre et en République Tchèque», raconte Essalhi, «Nous sommes connus pour la reproduction, nous avons des naissances de pumas, de vautours fauves, de bisons d’Amérique…» Si tel est le cas, pourquoi sept ans de recherches n’ont pas été suffisants pour privatiser le zoo ? Pourquoi n’y a-t-il eu aucun repreneur ? «C’était impossible de le privatiser compte tenu l’endroit où il est situé», rétorque
El Hafi qui va plus loin : «Je n’ai jamais eu connaissance d’un quelconque zoo au Maroc. Lorsqu’on parle d’un zoo, il faut voir ce que ça veut dire dans le dictionnaire. Si on veut faire un parc d’attractions avec une cage dans laquelle il y a trois gazelles, c’est un choix». Mais il y a pourtant marqué «zoo» sur la porte d’entrée principale… «Le mot zoo n’est pas une marque déposée sur laquelle il peut y avoir des poursuites judicaires contre les utilisateurs», plaisante alors le Haut commissaire.
Quoi qu’il en soit, les 200 espèces du zoo de Rabat vont devoir attendre décembre 2010 avant d’être relogées dans un immense espace spécialisé dans la faune africaine. L’idée d’un tel projet émane de Mohammed VI qui était tombé sous le charme du zoo de Singapour il y a quelques années. «Le chantier actuel d’Addoha stresse les animaux, ils ne sont pas à l’aise. C’est pour cela qu’on leur construit une nouvelle maison», déclare Jawad Benchemsi, directeur du cabinet d’architecte chargé de mettre en place le nouveau zoo. «J’aimerais bien que les animaux soient transférés deux à trois mois avant décembre 2010 pour qu’ils puissent s’acclimater et s’intégrer dans leur nouveau milieu», souhaite l’architecte. Mais tous les animaux n’iront pas forcément s’installer dans ce lieu idyllique construit sous forme d’écosystème. Même si une bonne partie va être transférée dans le nouveau zoo, certains vont faire l’objet d’échanges. Dommage pour eux.

Hicham Bennani

Le Journal Hebdomadaire, numéro 402

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3 Réponses

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  1. lion d'atlas said, on novembre 26, 2009 at 11:06

    alors le lion marocain pas disparu par ce que il ya des zoo(rabat,lyon,usa,allmengne,…) resrve ce roi mais elle n ya pas des solution pour retourne ce lion a la foret marocain et vevait naturellement

  2. Fatima said, on avril 14, 2010 at 8:20

    La manière dont le Maroc traite ses animaux est révélatrice d’une grande crise de conscience aussi bien chez la population que chez les autorités (in)compétentes. Les associations pour les droits des animaux doivent pouvoir se mobiliser de plusieurs façons. Ils peuvent même entrainer les responsables de ce crime devant les tribunaux; ne serais-ce que pour créer un sursaut et alerter l’opinion.
    La cupidité n’a jamais été une bonne excuse pour faire tout et n’importe quoi!

  3. dumecq said, on avril 7, 2011 at 4:55

    bonjour j’aimerais connaitre l’adresse de ce zoo et le numéro de telephone merci beaucoup


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