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Mouvement Populaire : rien ne va plus

Posted in Politique by hichambennani on septembre 25, 2009

Un parti dans la tourmente

Au cours d’une réunion à son domicile, Mohand Laenser est parvenu à amadouer les membres de son bureau politique, faisant fi de la crise qui s’aggrave au MP depuis trois ans. Explications.

Par Hicham Bennani

Les violons ont parfois du mal à s’accorder. Le vendredi 11 septembre, presque tous les membres du bureau politique du Mouvement Populaire (MP) se sont réunis autour d’un ftour chez Mohand Laenser, secrétaire général du parti. La réunion, qui s’est déroulée dans une ambiance bon enfant, était prévue la veille. «En tant que ministre d’Etat, Laenser était obligé d’assister à la causerie religieuse de Marrakech du jeudi 10 septembre», justifie Essaïd Ameskane, porte-parole du MP. Les mauvaises langues avancent une toute autre version : certains membres ne voulaient pas que la réunion se déroule au domicile de Laenser. Et pour cause, cette rencontre, compte tenu de ses enjeux, ne pouvait pas ressembler à un petit ftour entre amis. Cela a pourtant été le cas. Durant les mois de juillet et août, plusieurs membres du MP avaient pourtant critiqué les décisions de leur secrétaire général. Au menu du jour pour ce 11 septembre : examiner les préparatifs pour les prochaines échéances électorales. Deux personnes ont brillé par leur absence au cours de la soirée. La première est Fatima Moustaghfir, qui s’est retirée du bureau politique quelques jours avant le ftour. «Le bureau politique n’a rien à voir avec ce que tout le monde pense : les décisions sont prises avant les réunions et on nous demande de les appliquer tout en endossant la responsabilité», s’indigne Moustaghfir, jointe par téléphone. Elle reproche à Laenser «le manque de démocratie, de transparence et de travail sérieux» et menace de quitter le MP à la rentrée parlementaire si la situation ne s’améliore pas. Selon Laenser, Moustaghfir lui aurait simplement envoyé une lettre de démission, sans explications.

Silence d’enterrement

Deuxième absent : Hassan Maaouni. «Il est issu d’une famille qui a constitué le MP. Il est connu pour son appartenance inconditionnelle au parti et ne peut pas quitter le mouvement, atteste Essaïd Ameskane, il se peut qu’il soit en voyage, qu’il ait eu un empêchement, qu’il soit à El Omra, ou encore qu’il ait choisi de ne pas venir. Je n’en sais rien». Hassan Maaouni a été contacté plusieurs fois par le secrétariat du MP et même par Laenser lui-même avant la rencontre. Ce dernier ne comprend pas non plus les raisons de cette absence. Au cours d’un entretien accordé au Journal Hebdomadaire, Hassan Maaouni a explicité les raisons de son boycott. Il a déclaré : «La réunion devait absolument se tenir au siège du MP. Il ne fallait pas qu’elle ait lieu chez Laenser parce qu’elle est arrivée après un mois et demi de problèmes». Et d’ajouter : «Je n’aurais pas eu la possibilité de parler ouvertement en présence de la famille de Lasenser. On peut prendre la soupe chez lui, mais après avoir réglé nos problèmes». Réplique de l’accusé : «Nous avons déjà eu plusieurs réunions chez moi, chez Aherdane et chez d’autres dirigeants. En 2007, nous avions pris la décision de ne pas participer au gouvernement et c’était pendant le mois de ramadan. Nous l’avions prise au domicile de Monsieur Sentissi, membre du bureau politique. C’est quelque chose de très courant qui n’est pas propre au MP», tempère Laenser. En l’absence de contestataires, un silence d’enterrement a caractérisé la réunion. Mahjoubi Aherdane, président du MP, qui n’a pas l’habitude de mettre sa langue dans la poche, était pourtant présent et n’a pratiquement pas pipé mot. «J’ai surveillé et écouté ce qu’ils comptaient faire», nous précise Aherdane, encore en convalescence après son intervention médicale. «La réunion s’est déroulée normalement et tout s’est bien passé», résume le dinosaure du parti. D’après plusieurs témoins, Aherdane aurait répondu à une question concernant le sondage du magazine Tel Quel, censuré début août. Précisons que le MP a été le seul parti à dénoncer ce sondage en envoyant un communiqué (qui n’a pas été rendu public) à la MAP. Le document en question aurait été concocté par Laenser et Ameskane, sans l’accord des membres du bureau politique. Pour Ameskane, «on doit ménager Sa Majesté en tant que roi du Maroc. Nous ne voulons pas que le roi soit critiqué comme on critique une personne politique. Nous voulons ménager la monarchie. On peut accepter les sondages dans une société où les gens sont politisés et ont des convictions, ce n’est pas le cas au Maroc». Aherdane aurait donc raconté qu’il n’était pas d’accord avec le fait d’envoyer un tel communiqué. L’intéressé dément formellement cette information : «ceux qui ont dit ça sont des menteurs ! Je n’ai pas parlé de sondage». Au final, que retenir de ce ftour, puisque rien ne semble y avoir a été dit ? Réponse : Laenser a parlé de la décision du MP d’entrer au gouvernement qui a été prise en juillet et a apporté des rectifications surprenantes…

Volonté royale

Pour mieux comprendre le poids de ses propos, petit retour en arrière. Début juillet, le premier ministre Abbas El Fassi propose à Laenser d’entrer au gouvernement. Le secrétaire général convoque aussitôt les membres du bureau politique et leur demande de voter pour ou contre cette offre purement symbolique. Laenser annonce que le premier ministre lui aurait promis qu’il y aurait un remaniement élargi où le MP prendrait au mois les cinq postes qui avaient été offerts au parti en 2007. D’après l’article 24 de la Constitution, un Premier ministre ne peut rien promettre parce que la décision de changer un gouvernement ou de nommer un premier ministre est du ressort du roi. «En matière de politique et surtout de constitution du gouvernement, compte tenu du contexte marocain, il ne peut pas y avoir de promesse de Abbas El Fassi», rectifie aujourd’hui Laenser. Il explique que le numéro un du gouvernement lui aurait simplement dit qu’ «il se peut qu’il y ait un changement après la fin du processus électoral». Laenser a précisé, lors de la réunion, que c’est tout simplement le roi qui avait exprimé le souhait de voir entrer le MP au gouvernement. Autre point de discorde, lors de la réunion de juillet, Laenser a convoqué seulement 24 membres du bureau politique, alors qu’il en existe au moins 56. Plus de la moitié des membres donc, ont été tenus à l’écart volontairement, alors que certains sont d’anciens cadors du parti. «Les 24 convoqués sont les vrais membres du bureau politique. Tous les autres n’ont pas été élus par le congrès du MP, ils étaient membres par leur qualité de ministre, de président de groupe parlementaire ou de cadres. Ce n’est plus le cas», élucide le porte-parole du MP, Essaïd Ameskane. Le secrétaire général va plus loin : «On m’avait reproché d’avoir eu recours à des membres non habilités à prendre des décisions dans le passé. J’ai donc décidé de retenir uniquement les membres statutaires. Les autres n’auraient de toute manière pas voté».
Après le passage du PAM (Parti Authenticité et Modernité) dans l’opposition, on peut parler de crise de la majorité au parlement. Le gouvernement a une date butoir qui est celle de la loi de finance constitutionnelle. Elle doit être déposée à l’ouverture du parlement. Comme le pays doit marcher avec une loi de finance, il faut tout de même un soutien pour surmonter la situation de crise, en attendant un remaniement réel. C’était donc «la sagesse» même du mouvement que d’entrer au gouvernement, d’après Ameskane, car depuis sa création, le MP est dans une «logique d’intérêt général». Laenser disait même que c’était pour «sauver le Maroc» ! Le PAM, qui a basculé dans l’opposition, tenterait-il alors de noyer le Maroc ? En attendant, le MP est au plus mal et ses membres ne cessent d’abandonner le navire.

Hémorragie continue
«Nous sommes au plus bas, nous ne pouvons donc que remonter», affirme Aherdane après le fameux ftour. Lors des élections de 2007, le MP était arrivé en troisième position avec 43 sièges de députés. Aujourd’hui, il en a 26. Soit une perte de 17 députés en deux ans. Aux élections communales de 2003, les trois partis qui composaient le MP comptaient 5600 élus locaux. En juin 2009, il y en avait 2160 dans tout le parti. On constate que sur les 6300 élus locaux du PAM, 2100 sont des ex-MP. Et «peut-être même plus», avance Ameskane, dépité. A noter que l’article 5 de la loi sur les partis politiques, qui stipule qu’un membre de parti ne peut pas changer de parti n’a pas été respectée par le PAM. Même chose pour l’article 26 qui indique qu’une personne ne peut pas rester dans deux partis à la fois, or «certains membres du PAM, n’ont pas présenté leur démission au MP», souligne Ameskane. Pour sa rentrée politique, le MP a donc du pain sur la planche. Le 11è congrès national du parti qui a lieu en mars 2010 arrive à grand pas. Le défi à relever serait que ce congrès se déroule dans la transparence, grâce par exemple à une commission préparatoire. Tous les candidats potentiels devront avoir les mêmes chances que Laenser. Pour rappel, le précédent congrès du MP en mars 2006, avait duré seulement 4 heures, séance d’ouverture comprise. Laenser et Aherdane avaient prétexté qu’ils devaient assister au discours du roi à Laâyoune. Après ce congrès, aucune préparation aux élections de juin 2009 ne s’est faite. Et les militants n’ont pas été sensibilisés à la fusion des trois composantes du parti. Pour le moment, le comité central, qui se réunit tous les 6 mois et avait eu lieu en décembre 2008, ne s’est toujours pas réuni. «Ce sera fait à la fin du mois d’octobre», assure Mohamed Fadili, secrétaire général adjoint du MP. A noter que ces mêmes propos ont été tenus chez Laenser, devant les invités. Le 13 septembre dernier, un communiqué de la MAP, dressant un bilan de la réunion du MP, annonce que le bureau politique invitait «les journaux à être objectifs en allant vers des sources sures pour avoir des informations concernant les problèmes internes du parti». Toutes les dénonciations de certains membres qui ont fait les choux gras de la presse arabophone durant l’été ont été démenties, les enjeux de la rentrée politique étant trop importants. Décidément, les violons ont vraiment du mal à s’accorder au MP.

Portrait : Hassan Maaouni

Membre influent du parti, il a obtenu sa première carte en 1967 au sein de la Faculté de droit de Casablanca où il appartenait à un groupe d’étudiants harakis. A cette époque, il milite au sein du mouvement et devient rapidement membre du comité central. En 1986, lors d’un congrès au théâtre Mohammed V, qui n’avait de congrès que le nom, le MP a changé de secrétaire général. Mohand Laenser a pris la place de Mahjoubi Aherdane. Un vrai coup de force. «J’étais au courant de ce qui se passait. Le congrès était un congrès dicté par l’autorité. Ce congrès a été organisé de toute pièce et n’avait rien à voir avec les gens du mouvement», explique Maaouni. A ce moment là, ce haraki pure souche décide de geler ses activités avec le MP. En 1991, avec Mahjoubi Aherdane, il fait partie des 14 personnes qui fondent le Mouvement National Populaire (MNP). En travaillant sur le terrain et notamment à Beni Mellal dont il est originaire, il constate que les gens du MP sont gênés par rapport au fait qu’il existe à la fois le MP et le MNP. En 2000, il tente de rapprocher les deux partis. «J’ai organisé une réunion avec 6 membres du MP et d’autres du MNP. On s’est rapproché et on a pensé à constituer l’UMP. (Union du Mouvement Populaire)». Depuis le congrès de mars 2006, il a proposé des plans d’actions au secrétaire général qui sont restés lettre morte. Ce qui explique les mauvais résultats de juin 2009. Aujourd’hui, Hassan Maaouni ne fait pas partie du bureau politique, mais en tant qu’ancien ministre et ex-secrétaire d’Etat, il est une figure incontournable du MP. Il estime que Laenser ne travaille pas suffisamment et que rien n’est fait pour que les membres du MP restent au parti. «J’ai déjà dit plusieurs fois à Laenser tout ce que je pensais en tête à tête. Nous sommes au fond du puits, il faut donc rebondir», conclut Maaouni.

Interview : Mohand Laenser

Pourquoi Hassan Maaouni n’a-t-il pas assisté à la dernière réunion du MP ?
C’est son droit le plus absolu de ne pas venir chez moi. Il a été invité comme les autres, même s’il ne fait pas partie du bureau politique. J’aurais aimé qu’il dise, par correction, pourquoi il n’est pas venu. Je pense qu’il ne voulait pas venir chez moi. Si j’avais une majorité de voix qui s’était exprimées dans ce sens, je n’aurais eu aucun problème à faire la réunion au siège du parti qui est à trois kilomètres de chez moi. Il y aura d’autres réunions, j’espère qu’on s’expliquera davantage.

Le comité central du MP (env. 400 personnes) devait se réunir en mai 2009. Pourquoi ne s’est-il toujours pas réuni aujourd’hui ?
Au mois de mai, nous étions déjà engagés dans le processus électoral, nous avons décidé de le reporter après les élections. On ne réunit pas un comité en pleine campagne électorale.

Pourquoi le 50è anniversaire du MP, qui doit normalement se tenir en 2009, n’a toujours pas eu lieu ?
Nous sommes en train de travailler à la reconstruction du parcours du MP. Le travail est bien avancé. C’est toujours en cours. Nous fêterons peut être cet événement à la veille du congrès, peut-être avant…

Lors des élections législatives partielles de 2008, vous deviez présenter des candidats à Safi, Tiznit, Marrakech et Mohammedia. Pourquoi aucun candidat ne s’est finalement pas présenté ?
J’aimerais qu’on pose la question aux responsables territoriaux. On ne sort pas les candidats d’un chapeau à Rabat ! Ce n’est pas à moi de proposer les candidats. A cette époque, il n’y a pas eu de candidats dans les circonscriptions de Mohammedia et Tzinit parce que nos chances n’étaient pas fortes, cela ne servait à rien. A Marrakech, on a eu une défection des trois parlementaires qui devaient encadrer le parti à l’époque et qui ont rejoint le PAM.

D’après les statuts, le conseil national du MP (1500 personnes) doit se réunir en mars 2008. Pourquoi cela n’a-t-il pas été fait ?
Vous avez raison. Il est prévu que le conseil national se réunisse tous les deux ans. Depuis sa création il y a toujours eu un conseil national. Les rares occasions où il s’est réuni sont comptées sur les doigts d’une main. J’estime que le conseil national est une structure supplémentaire, il doit donc se tenir, en effet. Même si un comité central de 300 personnes serait largement suffisant.

Article paru dans le Journal Hebdomadaire, septembre 2009

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