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PAM/RNI : petites querelles, grands enjeux

Posted in Politique by hichambennani on octobre 2, 2009

Mustapha Mansouri est plus que jamais isolé au sein de son parti. Fouad Ali El Himma y est sans doute pour quelque chose, car ses différends avec le président du RNI ne datent pas d’hier.

Aujourd’hui, Salaheddine Mezouar, membre du comité exécutif du RNI (Rassemblement National des Indépendants), ne mâche pas ses mots pour évoquer les problèmes internes de son parti. Une fois n’est pas coutume, le ministre de l’Economie et des Finances a surpris toute la classe politique début septembre, en tirant à boulets rouges sur le président du RNI, Mustapha Mansouri, dans les colonnes du quotidien Al Massae. S’en sont suivies deux déclarations des ministres Mohamed Boussaïd et Aziz Akhannouch, parues dans La Vie éco, dénonçant les résultats du parti (pourtant jugés bons par Mansouri !) «Nous pensons que le bilan de Mansouri est mauvais et il faut donc en débattre», soutient Rachid Talbi, ancien ministre et ex-maire de Tétouan. «L’échec de Mansouri», dénoncé par des figures emblématiques du RNI a fait les choux gras de la presse du pays. Les membres du bureau politique du RNI de toutes les régions ont reçu une pétition pour réclamer le départ de Mansouri, suite à la «mauvaise gestion du parti». Un document élaboré dans la nuit du 20 septembre, après plusieurs débats au cours du mois de ramadan. Maâti Benkadour, Salaheddine Mezouar, Mohamed Boussaïd, Mohamed Aujjar et Rachid Talbi sont les premiers  signataires.

Bras de fer permanents
Aux origines du mal, un communiqué rendu public le 30 août dans lequel le RNI indique que Mohamed Jouhari, ancien parlementaire actuellement sous enquête judiciaire pour trafic de drogues dures, «n’a plus de relation ni de contact avec le RNI depuis plus de 7 ans». Là où le bât blesse, c’est que le document ajoute que «les structures de l’Etat» auraient manigancé l’annonce de l’implication du RNI dans l’affaire Jouhari, faisant ainsi allusion au PAM (Parti Authenticité et Modernité) de Fouad Ali El Himma. Le communiqué a été concocté à la hâte par Mansouri, sans concertation avec des membres incontournables du RNI. «Le parti devait réunir l’instance exécutive avant d’envoyer le  communiqué rectificatif», dénonce Mezouar. Dans un entretien accordé au quotidien Aujourd’hui le Maroc le 7 septembre dernier, il avait tenu à préciser : «Monsieur Fouad Ali El Himma est dirigeant d’un autre parti politique que nous respectons et avec qui nous partageons des convictions et des valeurs».
A l’occasion de l’Aïd El Fitr, une rencontre informelle s’est tenue chez Ahmed Osman, fondateur du RNI. Lors de cet événement et en présence de plusieurs ministres, Mansouri aurait refusé le dialogue avec Mezouar. Comment ses deux cadors du RNI en sont-ils arrivés là ? Le communiqué «maladroit» du RNI n’explique pas tout. La sortie médiatique de Mezouar est en fait le résultat d’un processus qui date au moins de la création du parti du tracteur. «Le PAM n’aurait peut être pas existé si Mansouri n’avait pas adopté une certaine attitude envers El Himma», avance un RNiste sous couvert d’anonymat. L’analyse historique de cette même source est édifiante. Avant la création du PAM, plusieurs réunions ont lieu entre les membres du MTD (Mouvement pour tous les démocrates : association qui a précédé le PAM) et ceux du RNI. Mezouar fait d’ailleurs partie des proches du MTD. A l’époque, El Himma n’a nullement à l’ésprit de créer un nouveau parti, car il est convaincu que son projet sera adopté par le RNI. Il ne fait pas d’offre directe à Mansouri, mais lui fait comprendre qu’il souhaite que les idées du MTD soient adoptées par son parti. Malgré les nombreuses discussions qu’il a avec son entourage politique, qui tente en vain de l’influencer, arguant que El Himma est un ami du roi avant tout, Mansouri fait mine de ne pas comprendre. Et ce, non pas parce qu’il a une vision différente de celle de El Himma mais parce que son souci principal est de rester le leader du RNI. Il ne donne donc pas suite à l’offre de El Himma. Ses deux frères, le général Mimoune Mansouri et Mansouri Ben Ali, respectivement élément de la garde royale et membre du cabinet royal, l’auraient d’ailleurs orienté sur cette voie, avançant le fait que «Si Fouad» ne bénéficiait pas d’un soutien sans limites du roi. El Himma fait le tour des autres partis susceptibles d’adhérer à son projet, mais il ne trouve pas chaussure à son pied. Il crée donc le PAM, qui ne faisait pourtant pas partie de ses ambitions de base. Non pas pour dominer la scène politique, mais plutôt pour donner du fil à retordre aux autres partis, avec une pensée toute particulière envers Mansouri… Ce sont les alliances entre les partis qui déclenchent les premiers bras de fer entre les deux hommes.

Projet islamiste
Lors de l’alliance parlementaire, El Himma souhaitait voir Rachid Talbi, président du conseil de la ville de Tétouan, briguer la présidence du groupe parlementaire. Mais Mansouri lui a préféré Abdelaziz Hafidi El Alaoui, créature politique de Driss Basri, ancien ministre de l’Intérieur de Hassan II. Hafidi El Alaoui a finalement été placé par la force, sans vote ni débat.
Deuxième élément représentatif de la montée de tension entre El Himma et Mansouri : lors des préparatifs pour les élections municipales, plusieurs notables ont rallié le PAM, critiquant le mode de gouvernance du président du RNI. En plaçant Abdelhamid Khalili, secrétaire général de la chambre des députés, Mansouri avait alimenté les contestations dès 2008. Khalili gérait non seulement le parlement, le cabinet du président à la chambre des députés, mais aussi le RNI en sa qualité de vice-trésorier. Toutes les personnes qui souhaitaient rencontrer Mansouri, devaient passer par Khalili. Ce qui explique les nombreux départs des fidèles de Mansouri. Sur 800 membres du conseil national, 120 personnes ont quitté le parti.
Autre point de discorde, pour s’octroyer la tête des mairies, El Himma souhaitait la victoire de personnes susceptibles d’être proches de lui, même si elles n’appartenaient pas au PAM. Il avait pensé à Hassan Benomar, président de l’arrondissement de Aïn Sebaa, pour contrer l’alliance Sajid-PJD (Parti Justice et Développement). Mansouri ne partageait pas son avis et misait sur Chafik Benkirane, président du conseil de la région du Grand Casablanca. El Himma aurait été jusqu’à menacer Mohammed Sajid pour que celui-ci lève le pied. Les bruits de couloirs avancent même que El Himma soupçonnerait les frères Mansouri de préparer un projet islamiste, suite aux alliances RNI-PJD.
Il est vrai qu’au cours des communales, le RNI a été jusqu’à mettre en place des alliances avec le PJD, ennemi juré du PAM. «On ne peut pas s’allier avec un parti dont les idées sont à l’opposé des nôtres», argumente Mezouar. Le PJD a pourtant décidé de soutenir officiellement Mansouri, dans un communiqué rendu public suite à l’affaire Jouhari. «Le PAM s’est acharné sur le RNI de la même manière qu’avec le PJD», a ensuite souligné Abdelilah Benkirane, Secrétaire général du PJD, dans la presse arabophone.
Dimanche 12 juillet, Mustapha Mansouri déclare lors d’une réunion du bureau exécutif que son parti est «satisfait des résultats extraordinaires obtenus lors des communales». Le président de la chambre des représentants ajoute, devant une centaine de militants, que son bilan est le fruit «d’un travail historique, ce qui n’est pas le cas de certains autres partis», faisant implicitement référence au PAM. Lequel réagit aussitôt deux jours après par le biais d’un communiqué indiquant que son bureau national déciderait ultérieurement de «la position appropriée à prendre concernant les propos de M. Mustapha Mansouri». Auparavant, juste après la victoire du PAM aux élections communales, Mansouri avait comparé la situation politique du pays, à celle des «années de plomb», lors d’une rencontre avec des diplomates étrangers. Sans doute faisait-il référence à certaines personnes récupérées par le PAM…
Dernier événement en date, qui témoigne des frictions entre le PAM et le RNI, Mohamed Boudra, ex-membre du bureau politique du PPS récupéré par le PAM et président du conseil municipal d’Al Hoceima a déclaré à la MAP le 20 septembre dernier que son parti avait déposé une plainte auprès des autorités compétentes, pour protester contre une «réunion secrète tenue à Fès par le RNI et ses alliés», sous la présidence de Mohamed Abbou, ministre de la Modernisation des secteurs publics. Ce dernier aurait «exploité son poste de ministre lors des dernières élections», selon Boudra. Des propos qui prouvent une fois de plus qu’au Maroc, l’échiquier politique se joue entre des intérêts personnels et non autour d’une réelle stratégie politique.

Hicham Bennani

Le Journal Hebdomadaire, septembre 2009.

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2 Réponses

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  1. Réda Chraïbi said, on octobre 3, 2009 at 9:23

    Excellent article qui montre les origines et les raisons des rivalités entre les deux hommes. Mais de là à déduire que tous les militants du RNI sont influencés par El Himma il y a un pas que cet article ne permet pas de faire.

  2. hichambennani said, on octobre 3, 2009 at 11:07

    Tous les militants du RNI ne sont pas influencés par El Himma. Mais le PAM a bouleversé la scène politique et les gens qui étaient confortablement installés dans leur fauteuil comme Mansouri ou Laenser sont obligés de rendre des comptes.


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