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Taoufiq Bouachrine : «J’ai moi-même validé cette caricature !»

Posted in Interviews by hichambennani on octobre 10, 2009

bouachrineakhbarlyawm5bInterview : Taoufiq Bouachrine, directeur de publication du quotidien Akhbar Al Youm

Que représente la caricature qui a valu à votre journal d’être poursuivi en justice ?
C’est une caricature d’actualité. Elle fait référence à la célébration du mariage du prince Moulay Ismaïl. On peut y voir le prince sur une aamaria avec, en arrière- plan, un grand drapeau du Maroc. Le dossier qui accompagnait la caricature concernait simplement les traditions mises en place par la famille royale pour les grands mariages.

Mais l’étoile du drapeau marocain semble être une étoile de David. Et le prince tend la main vers le haut comme s’il effectuait le salut nazi…
Le but n’était pas de montrer le drapeau marocain. Mais de mettre en avant Moulay Ismail. Concernant le geste qu’il fait de la main, je vous fais remarquer qu’il existe une photographie officielle similaire du roi qui est exactement dans la même posture, faisant le même geste sur une aamaria. Je ne vois donc pas pourquoi on parle de salut nazi…

Dans ce cas, pourquoi le ministère de l’Intérieur a-t-il indiqué que «l’utilisation de l’étoile de David dans la caricature suscite des interrogations sur les insinuations de ses auteurs et dénote des penchants d’antisémitisme flagrant» ?
Notre ligne éditoriale est bien loin de tout cela. Nous avons déjà fait des interviews de Robert Assaraf et André Azoulay. Nous sommes simplement victimes d’accusations gratuites. Si des interprétations de ce genre sont faites, on ne va jamais s’en sortir. En plus de tout cela, il y a une légende sur la caricature. On peut lire : «Moulay Ismaïl sur Al aamaria». Cette légende veut tout simplement dire aux gens : nous ne voulons rien signifier d’autre que le message de base et il n’y a pas de sous-entendus.

Mais pourquoi parle-t-on d’étoile de David ?
On a osé nous dire que l’étoile en question pouvait s’apparenter à une étoile de David puisqu’elle n’était pas entièrement visible ! On nous accuse donc d’une chose qui est soit-disant sous entendue. Une chose qui n’apparaît pas sur le dessin.…Je le répète, le but n’était pas de mettre en avant  le drapeau du Maroc, mais le prince lui-même. C’est pour cela que l’étoile est derrière-lui. Le drapeau ne sert qu’à dire aux lecteurs : nous sommes au Maroc.

Qui a validé cette caricature avant sa parution ?
J’ai moi-même validé cette caricature, puisqu’elle ne présente aucune offense au Maroc ou à la monarchie. J’avais demandé au caricaturiste de réaliser un dessin «gentil» de Moulay Ismail. Et c’est ce qu’il a fait. Il est très facile d’interpréter une caricature et on peut faire n’importe quelle lecture si on a les idées mal tournées.

Est-ce que la loi interdit de dessiner un drapeau dans une caricature ?
Nous n’avons certainement pas le droit de le représenter déchiré ou abimé. C’est normal. Mais tout le monde représente régulièrement des drapeaux du Maroc.

Si le caricaturiste n’a rien voulu insinuer, pourquoi n’avez-vous plus le droit de paraître jusqu’à nouvel ordre ?
Je tiens à vous préciser que le numéro où la caricature à été publiée n’a pas été saisi. Il était disponible en kiosque de vendredi à lundi. Ce sont les numéros suivants qui ont été enlevés, alors qu’ils n’avaient rien à voir avec le numéro de la caricature. Le ministère de l’Intérieur n’avait pas le droit de saisir un autre numéro que celui pour lequel nous avons été accusés.

Qu’avez-vous subi ?
Ils ont saisi tous les journaux qui étaient dans les kiosques et la société de distribution. Ils sont venus dans les locaux et ont confisqué les archives. Les bureaux d’Akhbar Al Youm sont mis sous scellés et interdits d’accès. Le caricaturiste et moi-même avons subi un long interrogatoire, dans le cadre d’une enquête, le mardi 29 septembre, de 13 heures à 4 heures du matin. Nous nous sommes représentés le lendemain à 9 heures, jusqu’à 6 heures du matin. En plus de cela, il y avait des gens qui n’avaient rien à voir avec la police judiciaire. Il y avait des agents de la DST. Un d’entre eux nous a menacés de nous «casser la gueule». Je l’ai d’ailleurs dit au procureur.

Avez-vous eu des explications claires sur votre sanction ?
J’ai appelé le ministre de l’Intérieur et je n’ai obtenu aucunes explications.

Vous pensez donc que c’était prémédité ?
Je pense que cela fait 6 ou 7 mois que l’Etat essaye de tracer de nouvelles lignes rouges à ne pas franchir par la presse marocaine. Ils veulent nous laisser dans une petite cage où nous pourrons simplement relater les activités officielles. Ils ne veulent pas de presse libre, capable de critiquer les décisions politiques.

Qu’allez-vous faire maintenant ?
Le jugement aura lieu le 12 octobre. D’ici là, nous n’avons même pas le droit d’accéder aux locaux, car pour Chakib Benmoussa, le journal ne doit pas paraitre. Il s’est positionné en quatre jours, à la fois en ministre, en juge et en parlementaire qui pose des lois. Il nous a jugé et condamné. C’est injuste !

Propos recueillis par Hicham Bennani

Le Journal Hebdomadaire, octobre 2009


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