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CATACLYSME AU RNI !

Posted in Politique by hichambennani on octobre 23, 2009

Contre toute attente, Mustapha Mansouri est toujours le patron du parti de la colombe, au détriment de Salaheddine Mezouar. Un branle-bas de combat a éclaté entre les deux clans. Les déclarations télévisées d’un membre du bureau politique ont alimenté les interrogations.

De toute évidence, l’émission de Abdessamad Benchrif a agité les parlementaires qui étaient présents le mardi 13 octobre, à l’occasion de l’élection du président de la Chambre des conseillers. La veille au soir, Mohamed Aujjar, membre du bureau exécutif du RNI (Rassemblement National des Indépendants), avait en effet tenu des propos chocs. Dans le cadre de l’émission Tiyarat sur 2M, il a indiqué que son parti quitterait la majorité, si le Premier ministre Abbas El Fassi appelait à voter pour le candidat de l’opposition. A noter que le numéro 1 de l’Istiqlal avait donné des consignes de vote en faveur de Mohamed Cheikh Biadillah, secrétaire général du PAM, au détriment de Maâti Benkadour candidat unique de la majorité (RNI). Mêmes directives de la part de Mohand Laenser, secrétaire général du MP (Mouvement Populaire), pourtant lui aussi dans la majorité. Dans le cas où la majorité soutienne l’opposition, le RNI n’a plus rien à y faire, selon Aujjar. Un discours qui se tient jusqu’ici…

«Monsieur Aujjar a parlé en son nom», tient à préciser Rachid Talbi, ancien maire de Tétouan et membre du RNI. Ce qui a le plus marqué les esprits, c’est qu’Aujjar ait jeté l’opprobre sur «les ministres fraîchement parachutés au sein du RNI», en expliquant que leur nomination a constitué l’un des principaux points de discorde entre Mustapha Mansouri, président du RNI et ses détracteurs. Il a même été jusqu’à pointer du doigt Yasmina Benkhadra, ministre de l’Energie et des Mines : «Benkhadra n’est pas membre du parti. Est-il logique qu’une personne ne connaissant ni l’adresse du siège, ni les idéaux du RNI soit nommée ministre au nom du parti ?», a lancé Aujjar. Moncef Belkhayate, ministre de la Jeunesse et des Sports, lui aussi «à l’origine de la dernière crise du RNI», est également cité. «Comment se fait-il qu’aucun de nos ministres ne se soit présenté aux élections ?», parachève l’invité politique de 2M. Contacté par Le Journal Hebdomadaire juste après l’élection de Biadillah à la Deuxième chambre, Mohamed Aujjar a confirmé tous ses dires : «Je maintiens absolument tout ce que j’ai déclaré. Il faut tenir compte du fait que nous sommes dans la majorité avec l’USFP», a-t-il soufflé entre deux coups de fil.

Le médiateur du PAM

On constate que Aujjar ne critique pas la mauvaise gestion ou le monopole de son président, mais il fustige des ministres nommés au nom du parti. Là où le bât blesse, c’est que ce n’est pas la première fois que des personnes n’ayant aucun lien avec le parti sont nommées au poste de ministre. Lors du remaniement ministériel de 2004, sous l’ère Driss Jettou, Mezouar, Anis Birou et Mohamed Boussaïd avaient subi le même sort. En fait, Aujjar «est certainement déçu, car il était ministre chargé des droits de l’homme et avait eu des promesses. Il est dans la position de quelqu’un qui se défend», estime le politologue Mohamed Darif.  Lorsque le présentateur lui demande ce qu’il pense de Aziz Akhannouch, ministre de l’Agriculture, Aujjar se contente de répondre : «Nous sommes dans une phase évolutive au cours de laquelle il nous est imposé d’intégrer trois noms pour la gestion de notre parti, même s’ils n’ont pas de relation avec nous».

Mardi 13 octobre, en reprenant ce qui a été dit dans l’émission de 2M, la très officielle agence MAP mettait en avant : Aujjar a fait état de contacts de «prospection entre le RNI et l’USFP (Union Socialiste des Forces populaires) en vue de la constitution d’un pôle politique à l’horizon 2012». Tout en ajoutant que le PAM (Parti Authenticité et Modernité) pouvait «aider à constituer un grand pôle moderniste». Si l’on écarte l’hypothèse qui avance que Aujjar ne parle pas uniquement en son nom, force est de constater que le RNI cherche peut être à jouer un rôle de médiateur en faveur du PAM, en facilitant un rapprochement avec l’USFP, ce qui affaiblirait le PJD (Parti Justice et Développement). Si un vrai pôle politique se concrétisait entre l’USFP, le RNI et le PAM d’ici 2012, le parti du tracteur aura encore gagné du terrain dans la concrétisation de sa stratégie d’isolement du PJD. Qu’en pensent les principaux concernés ?  «Je ne m’intéresse pas aux petites manigances. Nous préférons rester dans une position claire», déclare Abdelilah Benkirane, secrétaire général du PJD.

Lahcen Daoudi, secrétaire général-adjoint de ce même parti, pense que «Aujjar est sans doute en train de préparer le terrain au PAM en jouant le rôle d’intermédiaire avec l’USFP. On attend la réaction de ces derniers…» De source sûre, les membres de l’USFP, mis à part les Sahraouis, ont tous voté en faveur du candidat de la majorité le 13 octobre dernier. Au sein du parti de la rose, on reste extrêmement prudent. Driss Lachgar, membre du bureau politique, a préféré ne pas réagir à une éventuelle polémique. Le nouveau maire de Rabat Fathallah Oualalou, nous a affirmé qu’il n’avait «pas regardé l’émission» et qu’il fallait laisser «le temps au temps, car ce n’est pas le moment d’évoquer de telles questions». Même son de cloche dans la bouche de Ali Bouabid, membre du Conseil National de l’USFP : «Il ne faut pas faire de spéculation. Je pense qu’il faudrait d’abord que le RNI se fixe. On ne sait pas du tout qui représente le RNI !».

Il fait ainsi allusion à l’annonce du jeudi 8 octobre, relayée par toute la presse, de la prise en charge de la gestion du RNI par Salaheddine Mezouar. Pour rappel, dans la soirée du 7 octobre, poussé dans ses retranchements, Mustapha Mansouri avait fini par signer un document concocté par ses opposants au sein du parti, accordant le poste de président du bureau exécutif à Mezouar. Ali Bouabid évoque surtout un communiqué envoyé à tous les ministres et partis politiques le 13 octobre dernier, dans lequel Mustapha Mansouri, clame qu’il est la seule personne «habilitée à prendre des décisions au sein du RNI» ! Toute la presse le classait pourtant au rang de potiche.

Début d’une scission ?

Le parti de la colombe a obtenu 9 sièges lors des élections de la Chambre des conseillers. Derrière l’USFP (10 sièges), le MP (11 sièges), l’Istiqlal (17 sièges) et le PAM (22 sièges). Un résultat honorable pour certains RNistes. Catastrophique pour d’autres. En 2003, sur 17 000 élus au Maroc, 2 800 faisaient partie du RNI. En 2009, sur 23 000, ils sont

désormais 4 000. «En terme de pourcentage, nous avons chuté, en terme de valeur absolue, nous avons progressé», résume le RNiste Rachid Talbi qui s’est clairement positionné contre «le diktat» de Mustapha Mansouri : «Nous, initiateurs du mouvement «de correction», sommes convaincus que nous pouvons atteindre des objectifs et obtenir de meilleurs résultats». Mezouar serait-il l’homme de la situation ? Serait-ce en fait Aziz Akhannouch qui attendrait patiemment son heure de gloire ? «Il n’y a pas d’homme de la situation. Le RNI est un ensemble. Il faut d’abord un projet, ensuite des institutions et enfin des personnes, pas le contraire», insiste Talbi, avant de lâcher : «Vous voulez qu’on gère une boutique ou un parti politique ?» Mais si Mansouri a fait des erreurs, que dire de son prédécesseur Ahmed Osman ? «Il est vrai que la mauvaise gestion du RNI ne date pourtant pas d’hier», souligne Mohamed Darif.

Dans l’urgence, suite à la défaite de Maâti Benkkadour, les membres du bureau politique du RNI se sont réunis dans la soirée du mercredi 14 avril. Ils avaient tous reçu deux invitations chacun. L’une au nom de Mezouar et l’autre provenant de Mansouri. Contestant le vote des ministres pour les élections de la veille, Maâti Benkkadour a fait le choix de ne pas se rendre à cette réunion. Ereinté par l’attitude de Mansouri qui n’avait pas l’intention de laisser à Mezouar le soin de présider la réunion, le ministre des Finances a quitté la salle à la surprise générale. Cinq autres ministres l’ont suivi. Il s’agit de Boussaïd, Belkhayate, Akhannouch, Benkhadra et Bentaleb. Seul Mohamed Abbou est resté. Dix minutes après ce drame, les 23 personnes sur les trente qui étaient présentes écoutent Benkkadour par le biais du haut-parleur d’un téléphone portable. Son message est le suivant : il appelle à un congrès extraordinaire pour décider du sort des ministres qui ont voté en sa défaveur. Le RNI est-il toujours représenté au sein du gouvernement El Fassi ? On s’achemine vers une crise politique car tout le monde se demande si Mezouar va faire passer la loi de finance en tant que ministre du RNI ou en tant que ministre sans étiquette.

Le RNI possédait sept portefeuilles, tandis que le PAM en possède un seul. Mais le parti de Fouad Ali El Himma a toujours profité des faiblesses des autres pour engranger les victoires. Alors pour le moment, le RNI de Mansouri ne lâche pas prise face au RNI des amis du PAM. Pour le moment…

Hicham Bennani

Le Journal Hebdomadaire, 17 octobre 2009

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Une Réponse

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  1. Will said, on avril 14, 2010 at 10:01

    Cool cet article


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