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L’hégémonisme du PAM

Posted in Politique by hichambennani on novembre 5, 2009

Par Hicham Bennani

L’élection du nouveau président de la chambre des conseillers n’a fait qu’aggraver la mainmise du parti de Fouad Ali El Himma. Devant l’incohérence de la scène politique, les partis les plus lésés s’organisent tant bien que mal pour faire entendre leur voix.

«Jamais ! Jamais ! Jamais !», a lancé Mahmoud Archane à un parlementaire, dans le hall du parlement le 13 octobre dernier. Par ces mots, cet ancien exécutant de Driss Basri, affichait sa détermination à ne pas voter en faveur de Mohamed Cheikh Biadillah, secrétaire général du PAM (Parti Authenticité et Modernité), qui était candidat au poste de président de la Chambre des conseillers. Pourtant, les deux hommes sont loin d’être des ennemis. Ils sont même assez proches, selon plusieurs sources parlementaires. «Ce n’était pas un choix très politique. En fait, on connaissait le bilan de Benkkadour et on savait ce qu’il voulait faire, mais on ne savait pas ce qui allait advenir de la Chambre des conseillers avec ce Biadillah», nous confie Archane. Le 6 octobre précédent, Abdelwahed Darouich, conseiller à la Deuxième chambre, prédisait déjà, dans les colonnes du quotidien arabophone Al Jarida Al Oula, la victoire annoncée du protégé de Fouad Ali El Himma, fondateur du PAM : «L’élection de Biadillah sera l’événement de l’année. Elle a été mijotée depuis bien longtemps, à tel point que sa victoire est une certitude pour les membres du PAM», peut-on lire dans cet article intitulé «Le président de la Deuxième chambre et la schizophrénie de la majorité gouvernementale». Le conseiller précisait également que la Deuxième chambre constitue le lieu idéal pour un «putsch» et un refuge pour tous les fauteurs de troubles. «Comment se fait-il que le docteur Biadillah est rapidement devenu une star, alors que son parti a été créé en un laps de temps ?», s’interrogeait-il, avant de préciser que les «lobbys» allaient orienter le vote. Et ce qui devait arriver…arriva. Le hold-up de Biadillah n’est que la suite logique de la marche en avant du PAM, entamée durant l’été 2008.

Revenir à la Koutla

Depuis qu’il est au perchoir, le secrétaire général du PAM ne fait pas l’unanimité. Et pour cause, il n’a délégué aucun pouvoir. «Pendant les questions orales, il a fait taire un parlementaire, prétextant que sa question n’avait rien à voir avec l’ordre du jour», atteste un acteur du champ politique. Le discours de Biadillah s’apparente plus à de la propagande en faveur du régime qu’a une vision politique tracée. En témoignent les nombreux communiqués du PAM véhiculés par la très officielle MAP, son anagramme… Dernier message en date : après avoir évoqué «le contenu du discours royal à l’ouverture de la session d’automne du Parlement», Biadillah a insisté mercredi 28 octobre sur «la nécessité de mettre au point les mécanismes et instruments propres à assurer la complémentarité entre les deux Chambres du Parlement». Une manière pour le Sahraoui d’affirmer son nouveau pouvoir dans l’hémicycle, en prenant la monarchie pour bailleur de fonds.

Mardi 28 octobre, lors d’une conférence de presse tenue à Rabat, Abdelkrim Benatik, secrétaire général du parti travailliste, a déclaré : «Aujourd’hui, le PAM est une réalité que nous devons prendre en considération». Une rencontre au cours de laquelle il a annoncé, avec Ismaïl Alaoui, secrétaire général du PPS (Parti du Progrès et du Socialisme) et Thami El Khyari, secrétaire national du FFD (Front des Forces Démocratiques), la création d’un pôle de gauche «progressiste et moderniste». Une manière évidente (et non avouée) de contrer l’hégémonisme du PAM. «Nous n’avons pas d’argent, mais nous avons des idées, a poursuivit Benatik, nous allons faire notre travail sur le terrain, personne n’a de stylo rouge pour nous sanctionner. Seul le roi a le pouvoir suprême !» Comment Benatik peut-il espérer contrer le PAM en utilisant les mêmes arguments (royalistes) que ce dernier ?

Ismaïl Alaoui a annoncé que ce nouveau pôle rencontrerait l’USFP dans les jours à venir. «La rencontre avec l’USFP aura finalement lieu le lundi 2 novembre car Abdelouahed Radi (SG de l’USFP) a eu un contretemps», précise entre deux réunions Ismail Alaoui, joint par téléphone. «Il n’est pas question de contrer qui que ce soit, mais nous voulons nous faire entendre d’une seule voix», ajoute le leader du PPS. D’où la question, ce pôle de gauche serait-il une manière d’éloigner, à long terme, l’USFP du giron du PJD ? Finalement, le PAM serait-il à l’origine de la petite conférence de presse ?

Une rencontre avec l’Istiqlal est également prévue, dans le but de «revenir à la Koutla d’origine». Rappelons qu’une majorité de députés de l’Istiqlal ont voté en faveur de Biadillah (35 sur 55), alors que Abbas El Fassi, avait voté la veille à voter pour la majorité. Thami El Khyari se défend en expliquant que le processus engagé par les trois partis remonte à 2007 et qu’il n’a pas vu le jour à cause du PAM. «Il faut que la gauche joue son rôle afin d’équilibrer ce qui se passe sur la scène politique car la confusion doit s’arrêter», déclare El Khyari, au lendemain de la conférence. Il poursuit : «il n’y a pas de majorité et pas d’opposition aujourd’hui : le PAM qui est dans l’opposition a un ministre au gouvernement !»

Parti unique

L’union fait la force. Huit autres secrétaires généraux de «petits partis» (le P8), l’ont également compris. Dans un communiqué envoyé au Journal Hebdomadaire le 26 octobre dernier, Mahmoud Archane du MDS (Mouvement Démocratique et Social), Abdallah Kadiri, du PND (Parti National Démocrate), Najib El Ouazani, d’Al Ahd, Lahcen Madih, du parti du Centre social, Chakir Achehbar, du parti du renouveau et de l’Equité, Mohamed Bani, d’Al Aman, Mohamed Khalidi du parti de la Renaissance et de la Vertu et Abderrahmane El Kouhen du Parti Réforme et Développement ont tiré à boulets rouges sur les pratiques du PAM, avec une pensée toute particulière pour El Himma. «On pensait que les élections allaient bien se passer, mais lorsque l’ami du roi est arrivé, cela a tout chamboulé, ce qui explique que plusieurs partis ne se sont pas présentés», indique le document qui souligne que «puisque c’est un ami du roi, les gens sont allés vers lui sans même prendre connaissance de sa vision politique». Pour le  «P8», le PAM a usé d’une campagne de propagande très puissante avec de «gros moyens» et une force de persuasion que personne ne pouvait concurrencer. «Lors des dernières élections, il n’y a pas eu de vote démocratique, le citoyen marocain a assisté à un souk à travers une vente aux enchères», dénonce le document qui va même plus loin en précisant que si la politique continue dans ce sens, il vaut mieux revenir au parti unique.

Dans le cas de Mahmoud Archane, que Fouad Ali El Himma ne salue même pas lorsqu’il le croise, l’hostilité envers le PAM ne date pas d’hier. Il y a un an, au Parlement, lorsqu’il était question de débattre de la question du budget sectoriel du ministère de l’Intérieur pour le projet de loi de finance 2009, il avait condamné haut et fort le phénomène de transhumance en soulignant le fait que l’article 5 de la loi sur les partis politiques n’avait pas été respecté. Mais pour Abdallah Kadiri et Najib El Ouazani, le PAM n’a pas toujours représenté un danger. Pour rappel, le PND et Al Ahd composaient les cinq partis qui ont scellé la création du PAM le 5 août 2008. Le parti de Abdallah Kadiri a quitté le PAM une semaine après l’avoir rallié. Pour quelle raison ? «Nous sommes un parti vieux de 30 ans, les conditions morales que nous avions posées n’ont pas été respectées», répond Kadiri dépité au bout du fil. Et d’ajouter : «Une somme annuelle nous avait été accordée pour les élections. Le PAM nous a dépouillés. Il a gardé tous nos comptes et on nous a interdit de participer aux élections». Pour Hassan Benaddi, membre du conseil national du PAM, «ceux qui étaient venus par opportunisme, pour se rapprocher de telle ou telle personnalité et redorer leur blason, ont constaté que nous étions dans une logique qui ne leur laissait aucun pouvoir. Leurs élus sont satisfaits et sont restés», avait-il déclaré le 16 janvier dernier à l’hebdomadaire La Vie Eco. «Les élus, déçus, sont tous en train de revenir», rétorque aujourd’hui Kadiri.

Les cellules dormantes

Force est de constater que le P8 est une sorte d’association des victimes du PAM dont les élus ont pris la poudre d’escampette aux niveaux local et régional. C’est également un petit groupe de personnes qui étaient crédibles grâce à leur discours monarchiste et leur proximité avec le pouvoir, que le PAM a concurrencé, au point des les balayer petit à petit. D’où le coup de blues politique de ces «hizbicules». «Globalement, tous les partis sont attachés aux institutions et au système politique, il faut donc leur donner la possibilité d’exister», vérifie Archane, un brin nostalgique.

Le PAM ne leur a finalement laissé que des coquilles vides et leur communiqué n’a été repris que très brièvement par la presse nationale. Conscient de son faible poids sur l’échiquier politique, Archane prévient pourtant, en désespoir de cause que si les choses ne sont pas assainies et si des textes ne viennent pas régler la situation politique, «en mettant radicalement fin aux déplacements politiques hybrides et brumeux dont on ne peut saisir le sens» (transhumance), il est clair que le PAM remportera le graal aux élections de 2012.

Une question reste sans réponse. Pourquoi le PAM est-il sorti de façon intempestive et surprenante de la majorité gouvernementale ? Est-ce qu’il l’a fait juste avant les élections pour donner l’impression qu’il n’était pas porté par les pouvoirs publics ? Ou est-ce que cette sortie incompréhensible a d’autres objectifs bien précis ? Au sein du gouvernement, les partis, pris de panique par la mainmise du PAM ou tout simplement manipulés par des cellules dormantes du parti de l’ami du roi, s’entredéchirent à longueur de journée tout en traitant de la chose publique. En témoignent les bisbilles entre l’Istiqlal et l’USFP, la crise au sein du RNI et la position ambiguë du MP (Mouvement Populaire). Deux mois avant de rejoindre la majorité gouvernementale, Mohand Laenser, secrétaire général du MP avait affirmé que le gouvernement devait être jugé. Il s’est ensuite rétracté. Lors de la réunion de la majorité, ce même secrétaire général a clairement indiqué au Premier ministre Abbas El Fassi, qu’il ne pourrait pas voter contre Biadillah, étant donné qu’il avait «un engagement stratégique avec le PAM». Depuis sa création, le parti de El Himma n’en finit plus de capturer dans ses filets des cadors de partis. Ahmed Akhchichine, Mohamed Benhamou, Abderrahmane Labdag, Ali Belhaj, Milouda Hazib, Abdeslam Boudra et Tahar Chakir, pour ne citer qu’eux, ont tourné le dos à leurs anciens alliés, lorgnant les opportunités que leur offrait le PAM. Les personnalités influentes ne sont pas en reste. Mercredi 28 octobre, dans les couloirs du Parlement, on murmure que Miloud Chaâbi, Faouzi Chaâbi, Tarik Ihia et Abdelbari Zemzami vont rejoindre le PAM dans les jours à venir. «C’est absolument faux, je n’ai jamais eu l’intention de rejoindre un parti et ce n’est pas à l’ordre du jour. Même chose pour Faouzi», rectifie Miloud Chaâbi, visiblement très surpris par cette information. On évoque également une campagne virulente du parti du tracteur contre le PJD (Parti Justice et Développement), ennemi juré du PAM, qui sera enclenchée très prochainement, à travers des conférences de presse et des sorties médiatiques. Le PAM fait tellement peur, qu’il est aujourd’hui l’objet de toutes les polémiques. Il a chamboulé la carte politique. Qui pourra l’arrêter ?

Interview

Mahmoud Archane, secrétaire général du Mouvement Démocratique et Social

Ex-auxiliaire de l’ancien ministre de l’intérieur Driss Basri, Mahmoud Archane a occupé des fonctions à la sureté nationale qui lui ont valu une réputation controversée. Ancien membre du Mouvement Populaire, puis du Mouvement National Populaire, il a créé son propre parti en 1996. Archane, qui a perdu son pouvoir à la deuxième chambre, se sent aujourd’hui délaissé par l’administration.

«Le PAM n’a tout simplement pas de discours»

Q : Est-ce que le fait que El Himma soit l’ami du roi, octroi plus de pouvoir au PAM ?

R : Je n’accorde pas de crédit au fait que El Himma soit l’ami du roi. Nous sommes des citoyens qui aimons la monarchie et le trône, je ne vois pas pourquoi quelqu’un serait privilégié à mon égard, parce qu’il est l’ami du roi. Je me sens très proche de Sa Majesté, parce qu’il est le roi de tous les marocains. Le PAM n’est pas un parti de la monarchie. C’est un parti dont l’un des dirigeants est un serviteur de Sa Majesté. Il a le droit de faire de la politique, mais je voudrais que l’administration mette sur un pied d’égalité tous les partis politiques.

Q : Alors pourquoi avoir insisté sur la responsabilité de El Himma dans votre communiqué ?

R : Nous n’avons pas fait cela contre un personnage, ni même à la limite contre le PAM. Nous faisons cela parce que la situation parait extrêmement dangereuse pour l’avenir de la démocratie au Maroc. Nous souhaitons qu’une clarification soit faite définitivement afin que chacun soit capable d’obtenir des résultats à partir du travail qu’il fait et non pas à l’aide de ses relations ou des ses accointances. Si quelqu’un veut obtenir des résultats, il faut qu’il les obtienne sur terrain et dans les urnes. Mais pas en volant des gens à droits et à gauche.

Q : Que répondez-vous aux personnes qui disent que le PAM est venu mettre de l’ordre dans les petits partis qui ne travaillent pas ?

R : Il aurait fallu que le PAM démontre qu’il travaille et qu’il récolte les fruits de son propre travail. Or, nous savons très bien qu’avant de tenir son congrès constitutif, le PAM avait déjà une centaine de parlementaires, qu’il a volé dans les couloirs du parlement. Ces pratiques ne peuvent pas être considérées comme sérieuses.

Q : Le PAM a-t-il un discours ambigu ?

R : Nous pensons que le PAM n’a tout simplement pas de discours. Il a réuni une masse hétéroclite qui vient de tous les horizons. Elle vient du centre, de la droite et de la gauche. On ne sait pas sur quoi cela va déboucher. S’il existe, le discours du PAM ne peut pas être cohérent. Nous avons besoin d’une vision claire pour l’avenir du Maroc.

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