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Les MINARETS Suisses, vus du Maroc avec Tariq RAMADAN

Posted in Monde, Religion by hichambennani on décembre 12, 2009

La phobie des grandeurs

La France, l’ONU et même le Vatican ont condamné le vote des Suisses qui ont décidé d’interdire la construction de minarets. Plusieurs pays musulmans ont également dénoncé ce choix. Soucieux de ne pas alimenter un faux débat, le gouvernement marocain reste extrêmement prudent.

par Hicham Bennani

«Bush et les néoconservateurs en ont rêvé, la Suisse l’a fait», lance Nadia Yassine, porte-parole du mouvement islamiste Al Adl Wal Ihssane (Justice et spiritualité) pour résumer la nouvelle orientation du peuple suisse. Dimanche 29 novembre, 57,5 % des Helvètes ont voté, par référendum, pour l’interdiction de la construction de nouveaux minarets. Le parti de droite populiste Union démocratique du centre (UDC) et le parti chrétien de droite UDF sont à l’origine de cette proposition surprenante. En effet, la Suisse ne compte que quatre minarets sur son territoire et n’est composée que de 4% de musulmans. Pour convaincre les 53% de votants, l’extrême droite avait mis en place des affiches représentant une femme en burqa devant un drapeau suisse orné de minarets qui ressemblaient à des missiles. Les réactions n’ont pas tardé en France, en Suède, en Allemagne, en Suisse, mais aussi en Indonésie, au Pakistan, en Egypte et en Lybie. Le 30 novembre, le Vatican s’est déclaré «sur la même ligne que les évêques suisses», qui ont indiqué que le vote était «un coup dur porté à la liberté religieuse». L’ONU a également dénoncé cette «discrimination». Un jour après, le ministre turc chargé des Affaires européennes, Egemen Bagis, a encouragé les musulmans à retirer leur argent des banques suisses. Au Maroc, c’est le Conseil des ouléma qui s’est chargé du message à destination des suisses. «Le Conseil supérieur des ouléma ne peut que condamner cette orientation, quelle qu’en soit l’origine, et y voit une forme d’extrémisme et d’exclusion», peut-on lire dans un communiqué rendu public le 30 novembre. De son côté, la MAP a jugé bon de rapporter l’«étonnement» de l’Organisation islamique pour l’éducation, les sciences et la culture (ISESCO), mais aussi la «surprise» d’Amnesty International, qui condamne ce référendum. Dans la soirée du lundi 30 novembre, la ministre suisse des Affaires étrangères,Micheline Calmy-Rey, s’est voulue rassurante à Berne avec les ambassadeurs des pays musulmans en précisant qu’elle était «choquée, d’autant que cette initiative n’avait pas le soutien du gouvernement». Et d’ajouter : «Tout cela est le résultat de peurs liées à un contexte de globalisation et de crise économique».

Extrémisme partagé ?
A l’heure où nous mettons sous presse, les principaux partis politiques du royaume ne se sont pas prononcés par voie officielle sur le vote suisse. Pour Tariq Ramadan, théologien suisse de confession musulmane, condamner un peuple est difficile. «Prendre acte de la peur du peuple suisse, c’est ce que la classe politique marocaine devrait faire. Ce qui règlera les peurs, c’est une visibilité des musulmans qui contribuera à l’avenir d’une société.» Selon Nadia Yassine, les partis politiques marocains, mis à part le PJD, n’ont rien à gagner en se prononçant sur cette affaire et ont choisi la modération pour ne pas alimenter la polémique. «Tous les partis ne surfent pas sur l’identité islamique». Contacté par Le Journal Hebdomadaire, Sâadeddine El Othmani, président du Conseil national du PJD (Parti de la justice et du développement) a avoué que la polémique helvète, n’était pas au centre des préoccupations de son parti. Il est même allé plus loin : «Le contexte du vote est très important. Le comportement des musulmans d’Europe n’est pas exemplaire, il y a des jeunes délinquants, il faut qu’ils changent leur comportement». Le ministère des Affaires étrangères a lui aussi opté pour le mutisme. En «off», un haut responsable du ministère confie : «Nous constatons que nous n’avons pas le monopole de la radicalisation, parce que c’est un acte radical. Un acte d’intolérance grave. Les relations ne vont pas se détériorer, mais c’est mauvais pour l’image de la Suisse.» Cette même source pense que le fossé entre le monde arabe et l’Occident va s’agrandir parce que l’extrémisme n’est «pas uniquement du côté du monde musulman». En plus fin diplomate, Ahmed Abbadi, secrétaire général de la Rabita Mohammedia des ouléma, explique que les arguments de la droite ont eu un impact sur l’identité des Suisses. Il parle d’«agir communicationnel», pour reprendre une œuvre-phare du sociologue allemand Jürgen Habermas. «La femme en burqa a été assimilée à Al Qaïda», analyse Abbadi. Il avance que la Suisse est un pays démocratique et que les musulmans de ce pays devaient contrecarrer leurs opposants en se manifestant. «On oublie que 43% ont tout de même voté contre l’interdiction.»

Le cas saoudien
Nadia Yassine préfère s’en référer à un sociologue français : «Pierre Bourdieu disait : la violence symbolique est nettement supérieure à la violence tout court.» La fondatrice et dirigeante de la branche féminine d’Al Adl Wal Ihssane se dit étonnée que la bombe soit arrivée de Suisse. «Cela m’aurait moins étonné si c’était la France. C’est une gifle à laquelle on ne s’attendait pas du tout.» Et d’étayer : «La qualité des musulmans de Suisse n’est pas sujette à l’extrémisme. Ce ne sont pas les musulmans de Belgique ou de Hollande, qui sont plus enclins à écouter les discours extrémistes». Une réflexion que l’islamologue Mohamed Darif tue dans l’œuf. «Cela n’aurait jamais pu arriver en France ou en Hollande, car la procédure de vote est beaucoup plus compliquée». Si le vote a donc bien eu lieu en Suisse, c’est parce que le système constitutionnel du pays facilite ce type de référendum. Darif ajoute que la Suisse est le seul pays d’Europe et du monde ayant un régime d’assemblée, car c’est le Parlement qui gouverne. Force est de constater que le Maroc joue la carte de la vigilance.
Pourrait-on imaginer au Maroc un vote qui serait favorable à la construction de nouvelles cathédrales ou au bruit des cloches ? «Nous avons pris la décision de ne pas faire sonner les cloches parce que nous sommes une minorité», tranche celui qu’on appelle Monseigneur Landel à Rabat. Cet évêque qui représente la plus haute autorité religieuse francophone du Maroc précise qu’il est «fatigué d’être toléré, mais je veux être accueilli». Monseigneur Landel se demande pourquoi personne n’évoque le cas de l’Arabie Saoudite qui ne permet pas aux chrétiens de faire la prière sur ses terres. «L’Arabie Saoudite n’est pas un exemple en matière de liberté politique et sociale. Au nom de ma religion, cela n’est pas admissible. Le régime saoudien trahit beaucoup plus l’islam qu’il ne le représente», a répondu Tariq Ramadan sur France Info le 30 novembre dernier, tentant ainsi de prôner un respect mutuel des religions. Depuis le 11 septembre 2001, les néoconservateurs ont instrumentalisé la religion afin d’alimenter un nouveau discours qui a été légitimé à travers les attentats du 11 mars 2004 à Madrid. Le référendum suisse n’est finalement que l’incarnation des idées de la droite extrémiste européenne. La droite helvète n’a pas évalué l’impact de ce choix car une grande manne financière qui atterrit en Suisse est de couleur verte.

Interview Tariq Ramadan :

HB : Pensez-vous que le Maroc doive se sentir concerné par le vote suisse ?
Tariq Ramadan : Oui, le Maroc est concerné. Tous les Marocains doivent comprendre que ce qui est essentiel pour nous, Européens de confession musulmane, c’est que notre installation en Europe est problématique. Il est important que des voix qui viennent de l’ensemble du monde musulman ne soient pas des voix d’appel au boycott, de rejet de l’Occident ou de rejet de la Suisse. Mais de véritables voix qui mettent en évidence, de l’intérieur d’une société majoritairement musulmane, un vrai message de ce qu’est l’islam et de ce qu’est un être humain qui est porté par les valeurs de l’islam.

Pourquoi le message d’un pays comme le Maroc est important à vos yeux ?
Je viens souvent au Maroc. Mon discours y est entendu. Dernièrement, 4000 personnes sont venues entendre ma vision de l’islam. Il faut normaliser la dimension citoyenne de l’engagement. La question des minarets est anecdotique par rapport à ce qui se passe dans toute l’Europe. Chaque pays a son sujet problématique. La France, c’est le foulard et la burqa. L’Italie, ce sont les écoles islamistes et l’immigration. La Hollande, c’est le statut du Coran et l’homosexualité. La Suisse, c’est les minarets et bientôt la burqa. Derrière les minarets se tient une véritable discussion fondamentale pour la visibilité des musulmans et sur la capacité à résoudre leurs problèmes. Les citoyens marocains, devenus aujourd’hui citoyens européens de confession musulmane, ont leur responsabilité, mais pas seulement.

Est-ce que cette polémique ne va pas être reprise à mauvais escient par les islamistes ?
Toutes les polémiques sont utilisées par les plus extrémistes qui entretiennent un discours de radicalisation, voire de violence. Ils y gagnent. Les partis d’extrême droite y gagnent aussi. Il faut saluer dans le monde majoritairement musulman, comme dans les sociétés européennes, les positions générales qui sont raisonnables bien que troublées par le résultat, et qui n’ont pas répondu émotionnellement au choc.

Le 30 novembre dernier, vous avez déclaré sur les ondes de France info qu’ «aucun pays majoritairement musulman ne représente les vraies valeurs de l’islam». Qu’en est-il du Maroc ?
Le Maroc, parmi tous les pays majoritairement musulmans et arabes, est le pays qui a de loin le plus évolué vers le respect et la diversité. Mais quand on est dans le respect et la diversité, il ne faut pas simplement se défendre. Il faut défendre la transparence politique et la lutte contre la corruption. Le pluralisme religieux est une vieille tradition marocaine. Il faut continuer à aller dans ce sens-là et lutter contre n’importe quelle disposition politique qui pourrait aller dans le mauvais sens. Cesser toutes les dimensions de la torture ou du mauvais traitement des prisonniers serait un bel exemple donné au monde arabe.

Le Journal Hebdomadaire, numéro 420

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Une Réponse

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  1. Biorg said, on décembre 18, 2009 at 8:43

    La haine envers les musulmans c’est aussi à cause de Caroline Fourest la lesbienne.
    Ne soyez pas choqué par le mot « lesbienne », il existe donc je l’utilise, Caroline Fourest l’assume très bien donc je l’utilise. Elle, elle utilise bien les mots « terroriste, islamiste etc. » à mauvais escient donc, n’ayons pas peur des mots.

    Lettre ouverte à Caroline Fourest
    http://www.dailymotion.com/video/xbbnil_ramadan-tariq-lettre-ouverte-a-caro_news


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