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USFP : session Omar Bendjelloun, reportage exclusif

Posted in Politique by hichambennani on décembre 20, 2009

La grande pagaille

par Hicham Bennani

Le conseil national du parti de la rose qui s’est tenu les 5 et 6 décembre derniers, a été marqué par la désorganisation du bureau politique, l’indiscipline de certains militants et la langue de bois du premier secrétaire. Récit d’un week-end tumultueux.

«Inssihab, Inssihab! Mene Houkoumate addiaabe ! (Sortez, sortez de ce gouvernement de loups !)», clament d’une seule et même voix une trentaine de militants de la Chabiba Ittihadia, le 5 décembre 2009, devant le portail du complexe Moulay Rachid de la Jeunesse et de l’Enfance de Bouznika, à mi-chemin entre Rabat et Casablanca. Il est 15 heures et 24 minutes. Les jeunes Ittihadis s’apprêtent à participer à la deuxième session du conseil national de l’USFP (Union socialiste des Forces populaires) qui va durer deux jours. L’opinion publique voyait en ce rendez-vous l’occasion pour les bases du parti de faire entendre leurs voix grâce à une remise en question du bureau politique. «Aujourd’hui ou demain, l’opposition est indispensable», poursuivent-ils. Un agent de sécurité les empêche de pénétrer dans le complexe sportif sous prétexte qu’ils ne sont pas tous munis d’un badge du parti. «C’est honteux ! L’Ittihad est en danger !», préviennent les militants. Ils finissent par entrer par la force et poursuivent leur démonstration à l’intérieur de l’enceinte. Ils chantent avec conviction l’hymne ittihadi. Vêtu d’un béret, le jeune Nawfel Belmir mène le bal. Tous se dirigent lentement, en tapant des mains, vers la salle de conférence où 20 membres du bureau politique, ainsi qu’environ 270 membres du conseil national (sur 320) sont en place. Quatre membres du bureau politique brillent par leur absence (lire encadré). L’horloge affiche 15 heures et 40 minutes. Dix minutes plus tard, le conseil national de l’USFP s’ouvre enfin. Fathallah Oualalou, vice-premier secrétaire de l’USFP, est le premier à prendre la parole.

Bienvenue au souk
«Mes frères et mes sœurs (…), la Chabiba a un rôle essentiel à jouer au sein de l’USFP (…) D’ici trois semaines, l’année prendra fin. (…) J’en profite pour rendre hommage aux militants Mehdi Ben Barka, Omar Bendjelloun et au grand Abderrahim Bouabid…» Au bout d’un quart d’heure de présentation sans aucune nouveauté, Oualalou, qui est également maire de Rabat, indique qu’après présentation de son rapport, le bureau politique allait «annoncer les noms des militants désignés pour débattre de l’organisation du parti…» Il est violemment interrompu par un militant : «Tout le monde n’a pas forcément de badge !» Des échauffourées durent alors pendant près d’une heure. Hassan Tariq, membre du bureau politique, calme un ittihadi et le fait sortir. «Vous n’avez pas le droit de sélectionner les membres du conseil, nous travaillons tous sur l’affaire nationale du Sahara ! C’est scandaleux !», hurle le paria avant de prendre la porte. «Reprenons…», tente Oualalou. Mais l’assemblée ne le laisse pas poursuivre : «Quels sont vos critères pour désigner les intervenants ?» Un militant dénonce : «Ce conseil national a mis beaucoup trop de temps à arriver, nous n’avons pas beaucoup de temps pour débattre. Vous ne dites pas quelles sont les priorités et les objectifs de l’USFP. Quels sont les problèmes internes ? Nous exigeons de connaître le contenu du rapport du bureau politique !» Avec sang-froid mais sans autorité, Oualalou leur demande de respecter les décisions du bureau politique. Le vacarme reprend de plus belle. Les cris fusent de toutes parts. Morceaux choisis : «Pourquoi tout le monde n’est pas là ? Le conseil national n’est pas uni ! Il est clair qu’il n’y a pas d’entente entre les membres du bureau politique qui sont des débutants ! Il faut les nettoyer !» Le malaise est général. Pris de court, Oualalou, Habib El Malki, membre du bureau politique et son secrétaire général Abdelouahed Radi ne donnent pas de réponse. Ils sont totalement désemparés. Un groupe de militants s’opposent à ce qu’un rapport leur soit imposé : «Notre problème est avant tout politique, ce n’est qu’ensuite qu’on pourra passer aux problèmes organisationnels», lance un ittihadi. Mohamed El Yazghi, secrétaire général de l’USFP de 2005 à 2007, arrive à 16h. Il se place au premier rang, en face de Radi. Le ministre d’Etat sans portefeuille avait démissionné après avoir été remis en cause par ses membres après le passage de l’USFP au gouvernement, suite à l’échec aux élections. Donné mort politiquement, certains membres espèrent toujours qu’il aura une seconde jeunesse et qu’il incarnera l’homme qui pourra éloigner le PJD du parti. El Yazghi restera muet sur sa chaise jusqu’à la fin du conseil.

Le vote biaisé
Oualalou tente de calmer les choses : «Lors de la première assemblée générale, nous avons décidé qu’il fallait traiter de l’organisation interne du parti après présentation du rapport du bureau politique.» La foule ne l’entend pas de cette oreille. Le brouhaha intempestif reprend. Le jeune Nawfel Belmir hurle de toutes ses forces au point de se faire rappeler à l’ordre par ses camarades. Menés par Mohamed Boubekri, unique membre du bureau politique à ne pas avoir pris place sur l’estrade (en signe de contestation), des militants réclament que l’ordre du jour ne concerne pas l’organisation interne, mais qu’il soit plus un débat politique qui traite en premier lieu de la question du maintien  dans le gouvernement. Oualalou propose un vote à main levée. A vue d’œil, une majorité se prononce contre le choix du bureau politique. Contre toute attente, Oualalou déclare : «Il est clair que vous êtes surtout en faveur d’un débat sur l’organisation.» De plus en plus bruyants, les Ittihadis sont outrés. «Même Hassan II ne comptait pas les voix comme Oualalou», plaisante une militante d’Agadir au quatrième rang. Radi, qui n’a pas encore pipé mot, finit par rire aux éclats de cette situation ubuesque. Les deux parties finissent tant bien que mal par trouver un terrain d’entente : ceux qui exigent un retrait du gouvernement renoncent à leurs ambitions en contrepartie d’une déclaration finale du bureau politique qui devra être «claire sur la réforme constitutionnelle et la situation politique.» Radi prend enfin la parole à 16 heures et 36 minutes. Le secrétaire général débute son long discours par «Bismi Allah, Arrahmane, Arrahim…» La fougue des militants se dissipe au fil des minutes. «La tenue de cette session coïncide avec la célébration de la Marche verte…», ajoute le ministre de la Justice en lisant son texte parfois avec difficulté. Oualalou à sa droite et El Malki à sa gauche, sont embarrassés. Il finit par ennuyer l’assemblée : «Le souverain vient de confirmer l’attachement du Maroc à la proposition d’autonomie (…) Nous rappelons notre dénonciation de ces visées de crise adoptées par les ennemis de notre intégrité territoriale…» Un membre du conseil national chuchote : «On aurait dû faire cette rencontre au palais, ça aurait été plus approprié !» Le discours se termine à 17 heures et 15 minutes. Une pause d’une heure est décrétée par Oualalou. Les plus engagés enregistrent leurs noms pour participer aux interventions. Rien n’a encore été décidé.

Fièvre du samedi soir
Lorsque la salle se remplit à nouveau, Fathallah Oualalou annonce que 101 demandes ont été enregistrées et prie les intervenants de ne pas dépasser 3 minutes. «Cela fait un an que nous ne nous sommes pas exprimés. Que voulez-vous qu’on dise en 3 minutes ?», se plaint Mohamed Boubekri. Cet ancien “yazghiste” est de loin le plus virulent : «Si on continue sur cette voie, l’USFP n’existera plus. Il n’y aura pas de démocratie dans le pays. L’argent ne peut régler tous les problèmes…» Il se tourne vers le ministre de la Justice : «Les problèmes de la Justice ne peuvent pas être réglés par l’argent.» Et de poursuivre : «Je ne dis pas ça pour vous embêter, mais par amour pour le Maroc et pour vous ! Nous devons sortir du gouvernement !» Boubekri harangue la foule pendant plus d’un quart d’heure. Pratiquement tous les intervenants ne parviennent pas à respecter le temps établi. «Nous déplorons l’absence du frère Ali Bouabid», lance Tariq Kabbage, président du conseil communal d’Agadir. La huitième personne intervient à 19 heures 40. C’est la première femme à s’adresser aux Ittihadis. Elle a du mal à se faire entendre, la salle est trop occupée à bavarder et les appels au silence de Oualalou n’y pourront rien changer. Un peu plus tard, Khadija Raji, ex-conseillère USFP à Casablanca, parvient un peu plus à susciter l’attention d’une salle très indisciplinée : «Les femmes ne sont pas suffisamment représentées au sein du parti.» Ahmed Réda Chami, ministre de l’Industrie, du commerce et des nouvelles technologies, bénéficie de 26 minutes de temps de parole : «Nous devons nous rapprocher des partis les plus forts (…) L’Istiqlal n’a d’autre choix que nous ! La monarchie n’a jamais été aussi puissante parce que les partis n’ont jamais été aussi faibles !» Pour exposer ses idées, Bouchaïb Belmokadem, membre du conseil national, aura moins de chance que Chami.  «Je vous en conjure, il faut laisser du temps pour les autres», le supplie Oualalou au bout de 10 minutes. «Je n’ai jamais dit un mot depuis 1975 !», lui rétorque, furieux, Belmokadem. Les discussions se poursuivent jusqu’à 22 heures. Lorsqu’elles ne sont pas orientées, les réflexions sont parfois captivantes. «Du temps de Abderhaman Youssoufi, on sentait que nous avions un vrai Premier ministre, ce n’est plus le cas aujourd’hui», lâchera Hafid Amili, un fidèle de Driss Lachgar. «Il est temps de se restaurer», tonne Oualalou. La joute reprend de 23 heures à 00 heures 30. Elle se poursuit le lendemain, de 10 heures à 14 heures avec des répétitions d’idées, des remises en question et des débats souvent constructifs.

Au royaume des aveugles…
Sur 120 demandes d’interventions seule la moitié obtient satisfaction. Après une pause, le secrétaire général de l’USFP s’adresse aux militants. Sans lire cette fois. «Vous connaissez tous l’état actuel du parti, vous connaissez également les questions et les réponses que nous devons nous poser… je ne vais donc pas allumer le feu…», avance Radi, au plus grand étonnement de l’assemblée. S’ensuivent des messages politiques éculés et qui déçoivent les Ittihadis. «L’USFP est un médiateur entre le gouvernement et le peuple (…) Sortir du gouvernement ne servira pas nos intérêts. On va limiter les dégâts ! Il vaut mieux être borgne qu’aveugle !», poursuit Radi qui rappelle également que le parti a présenté un mémorandum au roi. «Le rapport du bureau politique nous a laissés sur notre faim parce qu’on pensait qu’il allait y avoir une vraie analyse sur les raisons profondes de l’échec de la gauche, nous déclare à chaud Tariq Kabbage, je suis choqué qu’on mette la responsabilité de l’échec sur la problématique de l’argent sale.» En dénonçant la corruption aux élections, le discours de Radi, lui-même ministre de la Justice du gouvernement El Fassi, est contradictoire…
Au bout d’une heure et dix minutes, il revient sur le traitement fait par Le Journal Hebdomadaire au sujet de la préparation du conseil national (paru le vendredi 4 décembre). «Je tiens à revenir sur les propos d’un journal contre nous paru vendredi dernier, qui a publié des informations sur le conseil national», a déclaré le ministre de la Justice. Et de poursuivre : «Il est déplorable que des éléments aient été repris par un certain nombre de nos militants, cela a biaisé les interventions. Ce journal veut simplement nous saboter !»
Aussitôt après, il revient sur les idéologies basiques du parti et conclut : «La crise qu’a connue l’USFP depuis 2007 est aujourd’hui entérinée !» Pour Tariq Kabbage, «un certain nombre de membres du bureau politique ont échoué pendant les élections. Ils auraient dû avoir l’honnêteté intellectuelle de démissionner comme l’a fait Monsieur El Yazghi. Ces gens ne jouent pas leur rôle, ils ont d’autres responsabilités gouvernementales, le premier secrétaire devrait laisser sa place». Egalement déçu à la fin du conseil, El Houssaine Ben Saih, président du conseil national de Souss-Massa-Drâa, constate qu’«il est évident que la grande majorité des militants est pour un retour à l’opposition. Je ne suis pas contre…» A 17h15, après un déjeuner d’une heure, le texte définitif de la déclaration finale du bureau politique est lu par Abdeljalil Talimate, membre du conseil national (ex-PSD). «Ce texte où tout le monde s’est retrouvé n’a pas été contesté, c’est donc un vote adopté à l’unanimité», nous déclare Habib El Malki. Se voulant rassembleur, Oualalou annonce que cette deuxième assemblée sera dédiée à feu Omar Bendjelloun. Subitement, l’hymne du parti est entonné en cœur. «Ittiihaaaaadi…ah ya mehdi, grina ya omar, dima’oukoum, naroune li nar….dimokratiya hiya l’badil, chtirakiya hiya sabil». Finalement, à en croire les propos tenus par Radi dans la presse quotidienne, «tout s’est bien passé» pendant le week-end…

Les grands absents du conseil national :

Quatre membres du bureau politique ont fait l’impasse sur la deuxième session du conseil national de l’USFP. Il s’agit de Ali Bouabid, fils de Abderrahim Bouabid, un des fondateurs de l’USFP, de l’ex-ministre de la culture Mohammed Achaâri, de Hassan Derham, homme d’affaires de Laâyoune et de Saïd Chbaâtou, président du Conseil de la région de Meknès-Tafilalet. Le jeudi 3 décembre 2009, Ali Bouabid avait indiqué au Journal Hebdomadaire qu’il ne participerait pas au conseil étant donné qu’il n’était «pas solidaire des orientations du bureau politique, la participation au gouvernement a été présentée comme un postulat, alors que c’est une hypothèse qui reste discutable, il faut se poser des questions sur le rôle politique de notre parti au sein du gouvernement.» Durant le conseil, les membres du bureau politique n’ont pas souhaité donner d’explication sur cette absence remarquée. Aujourd’hui, Ali Bouabid nous déclare : «Je ne souhaite pas m’exprimer encore pour le moment.» Actuellement en France, Mohammed Achaâri ne pouvait pas être présent parce qu’il «participait à une manifestation à Strasbourg qui commémorait la mort de Claude Lévi-Strauss», selon Habib El Malki, membre du bureau politique. Comme par hasard, le PAM se trouvait à Laâyoune le 6 décembre. L’animosité du parti d’El Himma à l’encontre de Khalihenna Ould Rachid, président du Corcas, explique peut-être l’absence de Hassan Derham, président du conseil municipal d’El Marsa. Quant à Saïd Chbaâtou, il était absent car «Sa Majesté est actuellement dans notre région à Imilchil», précise l’intéressé, joint par téléphone.

USFP-PAM : Messages subliminaux

Ahmed Réda Chami, ministre de l’Industrie, du commerce et des nouvelles technologies, ne s’est pas privé de chanter les louanges du PAM (Parti authenticité et modernité) lors de son intervention au conseil national : «Il faut remarquer que le PAM, qui a enlevé haut la main les élections, est très organisé et a une vision politique… ». Jawad Chafik, directeur de cabinet d’El Yazghi, prend aussitôt le relais : «Le PAM est aujourd’hui un parti puissant», ose lâcher ce yazghiste après une longue diatribe. Il est immédiatement hué pendant cinq longues minutes par les militants qui le traitent d’ «envoyé du PAM» ! De toute évidence, le PAM ne fait pas l’unanimité au sein du «parlement» de l’USFP. Abdelali Doumou, président du conseil régional de Marrakech, a été plus fin pour ne pas se faire siffler : «Le PAM est-il une machine dynamique ? Il est une greffe exogène ! Idéologiquement, il n’y a ni PAM ni PJD. Pour qu’une sortie du gouvernement ait un sens, nous devons d’abord savoir qui nous sommes.»

Q&R

Tariq Kabbage, président du conseil communal d’Agadir

«Nous sommes dans la schizophrénie !»

Qu’est ce qui aurait du être fait lors de ce conseil national ?

Nous aurions du faire un bilan profond des dernières élections. Nous sommes dans une espèce de schizophrénie au sein de l’USFP. On critique le bureau politique, mais on a pas entendu d’autocritiques des membres du conseil national qui ont aussi leur part de responsabilité. Ils sont représentatifs des contradictions que nous avons au sein du parti. La notion de tendance n’existe pas, il y a des affinités entre personnes. Certains candidats aux derniers élections ont eu des résultats désastreux, ils auraient du en tirer des conséquences.

Pourquoi pensez-vous que la responsabilité de l’échec de la démocratie ne repose pas sur l’argent sale et la corruption ?

Si Monsieur Radi est ministre de la Justice, alors il faut faire avancer la justice. Il n’y a eu aucune arrestation et aucun procès contre les gens qui ont utilisé l’argent sale ! A Agadir nous avons aussi beaucoup d’argent sale et de corruption. Mais nous avons réussi à gagner les élections. Comment peut-on gagner à Agadir ou à Ait Meloul, alors qu’on perd partout ailleurs ? C’est la véritable question que l’USFP doit se poser.

Pourquoi l’USFP s’est allié au PJD à Agadir ?

C’était un choix à faire. Il manquait deux sièges pour avoir la majorité. On ne pouvait pas laisser la ville aux corrompus. Les gens s’enrichissent terriblement à travers les villes, le ministère de l’habitat est très souvent complice de pratiques frauduleuses. Les citoyens ont contacté des membres du PJD pour leur demander de composer une majorité constituée de 35 personnes, dont 7 du PJD. Cette alliance fonctionne bien.

Le Journal Hebdomadaire, décembre 2009

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