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Omar Bendjelloun : L’HERITIER DE BEN BARKA

Posted in Nécro by hichambennani on décembre 25, 2009

Omar Bendjelloun, martyr de la lutte démocratique

par Hicham Bennani

L’icône de la gauche marocaine à été assassinée le 18 décembre 1975. La disparition de ce farouche opposant au régime de Hassan II, emblème de la réorientation de l’USFP, reste encore un mystère.

Portrait.

La deuxième session du Conseil du parti de la rose qui s’est tenu les 5 et 6 décembre derniers a été dédiée à Omar Bendjelloun. 34 ans après sa disparition, le leader de la gauche reste un modèle incontestable au sein de l’USFP (Union Socialiste des Forces Populaires). «C’était un rassembleur, un homme qui savait parler au peuple et en même temps, sa voix était très influente», témoigne un ancien proche de Omar Bendjelloun, qui ajoute : «il avait une aura internationale et contrairement aux leaders d’aujourd’hui, il n’avait pas un discours piloté par le Makhzen, il s’exprimait sur tous les sujets sensibles sans langue de bois : Sahara, droits de l’homme, monarchie, etc.» En 1967, Omar Bendjelloun fonde la revue Palestine avec Ouadie El Assafi, ancien résistant et cadre de l’UNFP (Union Nationale des Forces Populaires). A travers ses écrits, il est considéré comme un acteur important de la lutte pour la cause palestinienne au Maroc. La revue Souffles, ancien support des intellectuels de gauche, publie en 1969 un recueil de textes sur la Palestine, signés par Omar Bendjelloun, Abdelatif Laâbi, Aziz Blal, Abdallah Laroui et Tahar Ben Jelloun. «Quel est le juif qui se dit antisioniste et qui dénonce sans réserves le vol, qui remet en question l’existence d’Israël…il renverse le problème, pour le poser aux arabes, pour le poser aux palestiniens, aux victimes du vol… », écrit Omar Bendjelloun dans la revue. En 1974, il fait renaitre le quotidien Al Mouharrir, organe de presse du parti et principal journal d’opposition, qui lui permet de mener une campagne pour dénoncer la dérive clientéliste qu’il appelle «la marocanisation de la colonisation». Il défend la cause du Sahara en accompagnant notamment Abderrahmane El Youssoufi, futur premier ministre, dans une campagne pour la marocanité du Sahara pour contrer les dirigeants du bloc de l’est.

Peine Capitale

Son esprit révolutionnaire trouve ses racines dès l’enfance. Il voit le jour en 1934 dans la petite ville de Ain Bni Mathar, à 80 kilomètres d’Oujda. Son grand-père, Driss Bendjelloun, avait quitté Fès pour s’installer dans l’Oriental. Mais ce propriétaire terrien a fait faillite, ce qui a paupérisé la famille Bendjelloun. Omar Bendjelloun fait ses classes à Oujda avec l’actuel président algérien Abdelaziz Bouteflika. Il se rend à Paris en 1955 et devient ingénieur en télécom et juriste confirmé suite a l’obtention d’un DES à la Sorbonne. Son activité syndicale se concrétise lorsqu’il prend la tête de l’AEMNA (Association des étudiants musulmans nord-africains), succédant à Ahmed Balafrej. En 1959, sur les traces de Mehdi Ben Barka, il fait partie des meneurs de la fronde à l’intérieur de l’Istiqlal, qui a donné naissance à l’UNFP (Union Nationale des Forces Populaires). Il revient ensuite au Maroc pour prendre les commandes des PTT. En position de patron, Omar Bendjelloun instaure le syndicat des PTT. «Omar a mené une grande campagne à l’intérieur de l’UMT pour la démocratisation de la centrale et l’adoption d’une ligne politique de la lutte syndicale au lieu de la ligne opportuniste du syndicat. Cette bataille a élaboré les galons idéologiques de la lutte syndicale rédigé par Omar Bendjelloun, qui est un document référence du syndicalisme marocain», témoigne un ancien syndicaliste. Des secteurs comme l’enseignement, les PTT, la Santé et les Chemins de fer ont suivi cette ligne pour donner la fondation de la CDT en 1979.

En juillet 1963, au cours d’une réunion du comité central de l’UNFP, ayant pour thème la participation aux législatives, il sera meneur de la ligne de la non-participation. Le comité central vote finalement en faveur de la participation par le biais de Mehdi Ben Barka et Abderrahim Bouabid. Omar Bendjelloun salue les vainqueurs. Les services du général Oufkir accusent les membres du comité central d’être les auteurs d’un faux complot contre la monarchie. Une version étrangement confirmée dans le quotidien saoudien Al Shark Al Awsat en juillet 2006, par le journaliste Hamid Berrada qui avait été recruté par Omar Bendjelloun à l’UNFP. Selon Hamid Berrada, Omar Bendjelloun lui aurait demandé de tuer le roi. «C’est une aberration orchestrée par les membres de l’USFP fraichement intégrées dans le sérail, exploitant un mort pour faire bonne figure vis a vis du régime», dénonce un Tihadi. Omar Bendjelloun, Aberahmane Youssoufi, Moumen Diouri et Fqih Basri, écopent de la peine capitale. Mais suite aux émeutes du 23 mars 1965, Hassan II gracie les condamnés de cette peine. Dans sa cellule, Omar Bendjelloun rédige la Moudakira Tandimia (Mémorandum organisationnel) avec Fqih Basri, suite à de longues tractations idéologiques et historiques. Le document allait instaurer l’organisation partisane basée sur le centralisme démocratique inspirée des œuvres révolutionnaires de Vladimir Lénine, fondateur du parti ouvrier social-démocrate de Russie.

Clarification idéologique

Avocat au barreau de Casablanca, il défendra plusieurs prisonniers politiques comme Anis Balafrej et les mutins du putsch de Skhirat. En 1969 se tient le grand procès de Marrakech où son frère Ahmed Bendjelloun, et Mohamed El Yazghi, qui sera secrétaire général de l’USFP, sont de nouveau poursuivis et incarcérés pour complot contre la monarchie. Omar Bendjelloun fait partie de la délégation chargée de leur défense et de celle d’une centaine de militants aux côtés de Abderrahim Bouabid. En 1973, la DST lui envoie un colis piégé à son domicile, qu’il réussi à déjouer. Un colis similaire est aussi envoyé à Mohamed El Yazghi. Ce dernier est victime d’une explosion en plein visage. Un an plus tard, Omar Bendjelloun est incarcéré et torturé dans les centres de détention de Dar El Mokri et Derb Moulay Cherif.

Après être passé par les geôles du Makhzen de 1963 à 1967 et de 1972 à 1974, il défendra le Maroc auprès de la Cour Internationale de Justice avec une délégation d’avocats. Le 11 janvier 1975, pendant le congrès extraordinaire de l’UNFP qui deviendra USFP, Omar Bendjelloun est la pièce maitresse de la transformation majeure de l’histoire du mouvement Ittihadi. Bénéficiant d’une légitimé syndicale, intellectuelle et partisane et de la confiance de la jeunesse, il parvient à convaincre la majorité de ses troupes de faire évoluer l’option révolutionnaire de son mentor Mehdi Ben Barka, vers ce qu’il appelle avec Abderrahim Bouabid, «la stratégie de la lutte démocratique». Il est aussi l’homme qui a participé à la clarification idéologique du mouvement par l’élaboration d’une synthèse doctrinale, qui marque encore le courant socialiste au Maroc, que les gauchistes connaissent sous le nom de «rapport idéologique». Il convaincra de la nécessité d’avoir comme chef de file, Abderrahim Bouabid, reconnu pour sa sagesse et sa stature internationale. A sa sortie de prison, il avait lancé cette phrase lourde de sens : «ils m’ont relâchés pour m’exécuter prochainement. Ils mettront certainement en application la peine capitale de 63».

Meurtre prémédité

Dix ans après l’affaire Ben Barka, la stature de cet opposant farouche, commence à prendre une ampleur internationale. Jeudi 18 décembre 1975, six jours après la sortie de prison de son frère qui deviendra secrétaire général du PADS (Parti de l’avant-garde socialiste), Omar Bendjelloun est violemment assommé et poignardé d’une vingtaine de coups de couteau par un groupuscule de la Chabiba Islamia, bras militant et politique du PJD, au service du Cab 1 avec à sa tête Mohamed Achachi. Les assassins sont de jeunes chômeurs en situation précaire, instrumentalisés par Abdelkrim Moutea, chef de la Chabiba Islamia, actuellement en exil en Lybie. Ils se réfugieront dans l’une des fermes du Docteur Khatib, fondateur du PJD. Quelques jours après, ils sont capturés et incarcérés par la police. Les autorités donnent ensuite des passeports à Abdelkrim Moutea et à son second Abelaziz Noumani pour qu’ils quittent le pays. La défense constatera que des pièces du dossier ont été dérobées. Aberrahim Bouabid, Mohamed El Yazghi et Moulay El Mehdi Alaoui auraient averti Omar Bendjelloun du danger qu’il encourait et lui aurait demandé de rejoindre Abderrahmane Youssoufi, en exil. Il aurait lâché ses mots : «que voulez-vous que j’aille faire à Paris ? Je militerais aux côtés du peuple, à l’intérieur du pays…» Le 21 décembre 1975 s’est tenu le Congrès de la jeunesse du parti, qui avait été pilotée dans le passé, par Omar Bendjelloun. Leur slogan ? «Si les criminels ont assassiné Omar, nous sommes donc tous Omar !»

Le Journal Hebdomadaire, décembre 2009

Lire également :

Document Exclusif : article de Omar Bendjelloun paru dans la revue Souffles

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