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Fondation Bouabid : bilan d’une rencontre

Posted in Politique by hichambennani on janvier 22, 2010

Le 8 janvier dernier, plusieurs prises de position engagées sont ressorties d’une rencontre-hommage à l’icône de l’USFP Abderrahim Bouabid. Driss Lachgar, le nouveau ministre du parti de la rose qui flirte aujourd’hui avec le PAM, a brillé par son absence.

«La prison est préférable au silence sur un sujet qui touche à l’avenir du pays.» Ces paroles de Abderrahim Bouabid, un des principaux fondateurs de l’USFP (Union socialiste des forces populaires), décédé le 8 janvier 1992, étaient inscrites en langue arabe sur une banderole, au siège de la Fondation Abderrahim Bouabid, le vendredi 8 janvier 2010. Ce jour-là, plus d’une cinquantaine d’acteurs de la société civile s’étaient donné rendez-vous pour commémorer le 18è anniversaire du décès de Abderrahim Bouabid. Driss Lachgar, membre du bureau politique de l’USFP qui vient d’être nommé ministre chargé des Relations avec le Parlement, était absent. Une fois son portefeuille obtenu, l’homme qui parlait d’un Front national pour la démocratie avec le PJD a radicalement changé d’orientation. «Je n’ai pas été invité. De toutes les façons, je n’ai pas l’habitude de participer à toutes les rencontres associatives, que ce soit pour la gauche ou pour El Himma !», nous déclare Lachgar. Pourtant, selon les organisateurs, tous les membres du bureau politique ont été invités. Abdelouahed Radi, secrétaire général de l’USFP ayant également eu des pourparlers avec le PAM et qui vient d’être éjecté de son poste de ministre de la Justice, était également absent. «Je suis très malade en ce moment», se justifie l’ex-ministre au bout du fil. Dernière absence remarquée, celle de Habib Malki, membre du bureau politique et proche de Radi. Contacté par téléphone, Habib Malki, un des fondateurs et membre actif de la Fondation Bouabid, a indiqué qu’il n’avait été prévenu que mardi 12 janvier et qu’il s’était rendu sur la tombe de Abderrahim Bouabid le vendredi matin avec Radi. «J’ai ensuite pris la route, car j’avais un engagement important en dehors de Rabat», précise H. Malki.

Le pouvoir de dire non
Le premier à prendre la parole est Omar Balafrej, président de la Fondation Abderrahim Bouabid. «J’ai fait exprès de m’adresser à des jeunes qui seraient nés à la mort de Abderrahim Bouabid et qui seraient âgés de 18 ans, donc en âge de voter», nous indique Omar Balafrej. Selon lui, la notion de patriotisme est intéressante à condition qu’elle soit liée à la notion de liberté : «Il ne faut pas suivre la parole du Pouvoir à n’importe quel prix !» Il ajoute que Abderrahim Bouabid était un vrai patriote libre parce qu’il disait «non» lorsqu’il sentait que le discours officiel n’allait pas dans la bonne direction. «Dans la classe politique actuelle, les gens sont incapables de dire non. Ce ne sont pas de vrais patriotes libres», a-t-il lancé à l’assemblée. «On a perdu la capacité de dire non aujourd’hui.»
Le leader de l’Istiqlal Aboubakr Kadiri prend ensuite le relais. En relatant avec précision des faits vécus, le vétéran impressionne le public. «Bouabid était plus jeune que moi, c’était un de mes élèves à l’école Annahda», a rappelé A. Kadiri. Avec spontanéité, il rebondit sur les propos de O. Balafrej : «Comme le dit le militant qui vient de parler, la force de Bouabid était de dire non. Et cela, nous l’avons malheureusement perdu.» En reprenant un verset du Coran, A. Kadiri s’est tout de même voulu rassurant sur l’avenir politique du Maroc. Autre intervention choc, celle de Mohamed Achâari, membre du bureau politique de l’USFP qui a évoqué son expérience en prison aux côtés de Bouabid. En 1981, Hassan II s’était déplacé à Nairobi pour accepter la résolution de L’Organisation de l’unité africaine (OUA) qui prônait le référendum pour le Sahara occidental. Bouabid, membre du bureau politique de l’USFP à l’époque, avait demandé au roi de mettre en place un référendum à tous les Marocains pour accepter ou refuser le référendum. Hassan II l’avait alors mis en prison. «Le 9 septembre 1981 était la plus longue nuit que nous ayons passée en prison avec Bouabid», a mentionné Achâari. Par ailleurs, il n’a pas manqué d’évoquer le cas Aminatou Haidar : «Nous devons sortir de ce théâtre, la manière dont les partis ont été convoqués sur cette affaire est inadmissible», a fustigé l’ex-ministre de la Culture. Pour rappel, le mardi 1er décembre 2009, le ministère des Affaires étrangères avait convoqué 29 partis politiques concernant l’affaire Haidar.

Gauche musulmane
Mohamed Lahbabi, un des fondateurs de l’USFP, n’a pas mâché ses mots : «Que d’injustices aujourd’hui, d’humiliation, de besoins insatisfaits, de différences sociales, de pourris triomphants, que de résistances, de spasmes de la part de la pratique makhzenienne…», a dénoncé Lahbabi. Dans une lettre adressée au Premier ministre Abbas El Fassi, secrétaire général du Parti de l’Istiqlal au Premier secrétaire de l’USFP Abdelouahed Radi et au secrétaire général du PPS (Parti du progrès et du socialisme) Ismail Alaoui, datée du 11 janvier 2010, Mohamed Lahbabi appelle à l’unification des trois ramifications de la gauche (Istiqlal, PPS, USFP) pour «la création d’un grand parti de la gauche musulmane» appelé le Parti de la citoyenneté de la dignité. Dans la salle, un petit groupe de jeunes militants se fait également remarquer par ses prises de positions : «Le remaniement ministériel ne servira pas le parti et la démocratie au Maroc, le gouvernement actuel ne gouverne pas !», a martelé le groupe composé de Mountassir Sakhi, Kheldoune Mesnaoui, Mehdi Benkhouja et Najib Fassi. Ils ont également revendiqué un retour du parti de la rose à l’opposition. «Les gens qui ont été éduqués au sein du patriotisme ne sont pas restés les véritables patriotes. Ils ont vécu à l’ère de Bouabid et ont vendu leurs principes. Je parle des intellectuels qui ont choisi d’être des petits-bourgeois au lieu de se battre pour la démocratie», nous déclare Mountassir Sakhi, coordinateur général de l’association Mouvement nouvel horizon. Le rôle de modérateur a été donné au jeune avocat Youssef Chehbi. Ce dernier n’est autre que le fils d’Assia El Ouadie, sœur de Salah El Ouadie : «Khali, il faut que tu prennes la parole», a-t-il lancé à Salah El Ouadie, ancien détenu politique, actuel membre du bureau politique du PAM. «Le PAM a beaucoup de respect pour l’USFP. Il y a une montée du conservatisme, nous PAM et USFP sommes des modernistes et nous devons nous allier contre le conservatisme», a déclaré El Ouadie. Une sorte de conservatisme social et politique défendu par El Ouadie. Quant à Fathallah Oualalou, maire de Rabat estampillé USFP, qui était au centre des tractations avec El Himma, fondateur du PAM, il était bien présent. Mais s’est fait très discret…

Hicham Bennani

Le Journal Hebdomadaire, janvier 2010

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