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Mohamed Achâari : «L’obscurantisme n’est pas uniquement le fait des islamistes»

Posted in Interviews by hichambennani on avril 6, 2010

Mohamed Achâari, membre du bureau politique de l’USFP (Union Socialiste des Forces Populaires

«La transition démocratique est en panne»

Q : Quels souvenirs gardez-vous de Abderrahim Bouabid ?

R : Abderrahim ne comprenait pas que l’on puisse défendre une cause nationale aussi importante que la souveraineté marocaine et l’intégrité territoriale sans avancer sur le plan de la démocratie. On ne peut pas avancer dans le projet de défense de notre intégrité territoriale, sans avancer également dans le domaine des libertés et de la démocratie. C’est l’élément fondamental du renouveau du nationalisme.

Q : Peut-on faire un parallèle entre la situation à l’époque et celle d’aujourd’hui ?

R : Toute la classe progressiste de cette époque n’acceptait pas que dans le domaine de la question nationale, les pouvoirs publics se contentent seulement de nous mettre au courant après l’action. Le rapprochement peut donc être fait avec l’affaire Aminatou Haidar. Il est inacceptable que le ministère des affaires étrangères ait réuni tous les partis politiques pour les informer de décisions déjà prises. Ce sont des choses qui ne devraient pas se faire dans un Maroc qui se dit démocratique.  La transition d’un règne à l’autre s’est bien passée. Mais la transition démocratique est en panne. On ne peut pas continuer dans cette démocratie handicapée.

Q : Qu’avez-vous pensé du dernier remaniement ministériel ?

R : Ce remaniement s’inscrit dans la logique des élections de 2007. Il reprend les mêmes attitudes, les mêmes démarches et produit les mêmes effets. Indépendamment des personnes, ce qui s’est passé est incompréhensible.

Q : La nomination de Driss Lachgar vous a-t-elle surpris ?

R : A partir du moment où le conseil national avait décidé de rester dans le gouvernement et que le bureau politique a été chargé de la continuité, le problème n’est pas Lachgar lui-même. Je ne vois pas pourquoi un Mohamed El Yazghi, devrait être plus légitime qu’un autre…

Q : Quel est l’état actuel de la gauche ?

R : Il y a beaucoup à faire. L’USFP comme force majeure de la gauche connaît de grands problèmes tant sur le plan organisationnel que sur le plan de sa gestion politique. Il ne faut plus attendre. Il faut absolument revoir notre manière de travailler et revoir notre relation avec la société marocaine. Il faut être dans tous les rouages de la société. Aucune instance du parti ne doit se réunir et élire ses responsables sans avoir renouvelé au moins quarante pour cent de ses composantes.

Q : Allez-vous rester au bureau politique ?

R : Si je reste, c’est parce que je suis convaincu qu’il y a encore quelque chose à faire pour concrétiser nos ambitions. Je ne peux pas quitter maintenant. Je quitterai volontiers si une nouvelle génération émerge.

Q : Selon Mohamed Lahbabi, un des fondateurs de l’USFP, vous êtes en rogne contre les membres du bureau politique…

R : Il n’y a pas une seule question traitée par l’USFP où je ne prends pas position. Mais je suis souvent minoritaire. Je n’ai rien à cacher, d’autant plus que je me considère comme un militant indépendant. Mais je ne fais pas dans la politique spectacle.

Q : Cautionnez-vous la théorie de Lahbabi qui prône un parti de la gauche musulmane ?

R : Je respecte l’approche de Lahbabi qui est un grand militant et intellectuel. Mais je n’aime pas ce concept. Je suis pour une gauche moderne qui défend des valeurs universelles de liberté et de démocratie.

Q : Est-ce que l’USFP doit quitter le gouvernement ?

R : Ce n’est pas la question. Le parti ne deviendra pas un héros s’il quitte le gouvernement. L’urgent est de clarifier la situation. Dire pourquoi on est dans le gouvernement et penser à un projet de société. Redevenir ce qu’on était n’est pas un programme. Aller dans l’opposition ne fera qu’affaiblir l’USFP.

Q : Etes-vous en faveur d’un Front démocratique commun avec le PJD pour une réforme de la constitution ?

R : Nous avons des différents très profonds avec le PJD. Nous ne partageons pas les mêmes idées. Nous n’avons pas la même conception de la société marocaine de demain. Ce n’est pas possible d’avoir une alliance stratégique sur le plan politique avec des gens qui ne partagent rien avec vous. Je n’exclu pas le fait qu’à un niveau local, si les électeurs nous mettent face à face, nous pouvons travailler ensemble pour l’intérêt des citoyens. Maintenant, pour des questions nationales, comme la réforme constitutionnelle, nous pouvons travailler avec le PJD. Mais aussi avec d’autres partis.

Q : Le PAM est-il un poison pour la démocratie et les partis ?

R : Tout à fait. Car la manière avec laquelle il s’est créé et avec laquelle il continue d’exister est malsaine. Nous sommes contre les privilèges, qu’ils soient partisans, politiques et économiques. C’est une approche qui appartient au passé que nous avons combattu. La technique d’engloutir ne peut pas aboutir à une construction de la modernité.

Q : Est-ce que le PAM a été créé parce que l’USFP n’a pas réussi à contrer le PJD ?

R : Je considère qu’arrêter les islamistes n’est pas un projet en soi parce que l’obscurantisme n’est pas uniquement le fait des islamistes. Il est le fait du traditionalisme qui va au delà des islamistes et qui est bien ancré dans les structures mentales et politiques au Maroc. Y compris dans des partis progressistes. Bloquer un parti n’est pas une mission historique. N’oublions pas que c’est le pouvoir qui a admis ce parti à référence islamiste.

BIO

1951 : naissance à Moulay Driss Zerhoun

1975 : rencontre marquante avec Omar Bendjelloun

1981 : emprisonné pendant un an à Laâlou

1998 : nommé ministre de la culture

propos recueillis par Hicham Bennani

Le Journal Hebdomadaire, numéro 426

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