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Assaâd Bouab « Le Maroc est mon pays de cœur ! »

Posted in Culture, Interviews by hichambennani on avril 22, 2011

Une interview de Hicham Bennani. Photos Ahmad Bouzoubaa

Assaâd Bouab est un acteur franco-marocain qui s’est fait connaître à travers le film Marock et a notamment joué dans Indigènes, Wathever Lola wants et plus récemment dans Kandisha. C’est en toute simplicité qu’il répond à nos questions dans le salon de thé qui appartient à ses parents, situé à l’Agdal (Rabat). Au café Rive Gauche, duquel on peut voir l’immeuble où il a grandi, l’homme au parcours atypique n’a jamais pris la grosse tête. Il est resté l’enfant passionné qu’il a toujours été. C’est peut-être le secret de sa popularité.

Pourquoi êtes-vous actuellement au Maroc?

Je vais commencer le 10 janvier le tournage d’un long-métrage à Marrakech, produit par une boîte de prod marocaine. Le réalisateur français s’appelle Sébastien Rossi. J’ai eu un vrai coup de cœur pour cette personne après avoir vu un de ses courts-métrages. Il y a une vraie richesse dans son travail. Le film raconte une sorte de course poursuite dans le Maroc. Après avoir volé malgré eux des bijoux à un gangster, un homme et une fille se retrouvent poursuivis par la police. Je forme un binôme avec l’actrice française Beatrice Rosen, qui avait joué la Russe dans le film 2012.

Vous êtes donc de passage pour ce film. Vous vivez en France en temps normal ?

Disons que je suis assis entre deux chaises. Je suis encore domicilié en France et je paye mes impôts là-bas… C’est vrai qu’il y a certains avantages à être comédien en France étant donné que lorsqu’on ne travaille pas l’Etat vous aide financièrement. Je vis avec ma femme dans la ville d’Aurillac où il fait très froid (rires) ! C’est la région de ma mère et je suis né là-bas. Si je peux avoir mon confort et ma qualité de vie, c’est tant mieux !

Ce n’est pas un handicap pour un acteur d’habiter loin de la capitale ?

Non, parce que je suis attaché à la qualité de vie que j’ai à Aurillac, une petite ville de 30 000 habitants. C’est un rythme assez pépère qui me va plutôt bien. J’aime bien ce côté assez calme dans la vie de tous les jours. Maintenant, lorsqu’on m’appelle de Paris, j’en ai pour six heures de route, six heures de train ou une heure d’avion…

Comment vous est venue l’envie de faire du cinéma et du théâtre ?

Tout est parti d’une personne qui s’appelle Jacques Mandrea. C’était mon prof de théâtre au lycée. C’est un homme formidable. Un an avant le bac, mon frère Younès qui faisait déjà du théâtre m’a proposé de le rejoindre dans la troupe. J’avais regardé la pièce Rhinocéros avec mon frère l’année précédente et ça m’a vraiment donné envie de faire du théâtre. Mais à l’époque, on faisait ça pour rigoler, je ne pensais pas du tout que j’en ferais mon métier !

Alors, quel a été le déclic ?

J’ai joué dans deux pièces de théâtre avant de partir pour Paris. J’étais inscrit à la fac d’Eco Gestion. Cela m’a vraiment ennuyé. Je regardais les gens dans l’amphithéâtre, je voulais juste passer à autre chose. C’est alors qu’au bout de quatre mois, Ali Benchakroun, un ami qui avait fait du théâtre avec moi au lycée, m’a proposé de le rejoindre aux cours Florent. Mon frère m’a également encouragé à le faire. J’ai pris du plaisir… Mais le déclic a été ma réussite au Conservatoire National Supérieur d’Arts dramatiques de Paris. Je me suis dit que si j’avais réussi le concours, je pouvais sérieusement envisager de faire du théâtre mon métier.

A cette époque, vous ne pensiez pas du tout que vous alliez faire du cinéma…  

Tout à fait. Les choses se sont faites toutes seules. Après trois ans de cours Florent et deux ans de conservatoire, une directrice de casting m’a repéré dans une soirée alors que je parlais en arabe avec un ami. Après, la réalisatrice Leïla Marrakchi m’a offert un rôle dans le film Marock.

Peut-on dire qu’il y a eu l’avant Marock et l’après Marock pour vous ?

Absolument. Il y a même des gens qui m’appellent encore Mao dans la rue, le nom que j’avais dans le film. C’est une très bonne chose pour ma carrière… Maintenant, c’est à moi de me battre pour pouvoir me défaire de ce rôle qui me colle à la peau. Certains acteurs qui jouent dans des séries ont plus de mal à se faire accepter dans d’autres rôles. Dans Indigènes et Lola, je pense avoir prouvé que je pouvais jouer d’autres rôles.

Comment avez-vous géré votre nouvelle popularité après le film Marock ?

Je ne m’en suis pas rendu compte tout de suite parce que j’étais en France. Mes amis m’appelaient en m’expliquant que le film avait eu beaucoup de succès au Maroc. J’ai vu des articles dans la presse et dès que je suis revenu au Maroc les gens me regardaient différemment. C’est émouvant. Je ne réalise peut-être pas ou je ne veux pas m’accrocher à ça parce que j’ai encore énormément de chemin à parcourir. Le cinéma, ce n’est pas du tout comme le théâtre où on reste souvent beaucoup plus anonyme…

A partir de là, est-ce que vous avez eu plus de facilité à obtenir des rôles de cinéma ?

Pas vraiment. Peut-être au Maroc où des réalisateurs m’ont proposé des scénarios directement, alors qu’en France, je dois passer par les castings. Mais pour le moment, figurez-vous que je n’ai encore jamais joué un premier rôle. Avoir un premier rôle, c’est porter un film sur les épaules. Je ne suis pas pressé, ça viendra…

Justement, est-ce que vous avez l’intention de tourner des films marocains ou français ?

J’ai vraiment envie d’être entre les deux pays. Je suis Franco-Marocain, mais le Maroc est mon pays de cœur. J’ai grandi ici… Je me sens Marocain. J’aime être ici, c’est inexplicable. J’ai vraiment envie de bosser au Maroc. Le cinéma marocain est très riche. Aussi riche que les blagues qu’on fait. Ça vient peut-être du fait que le Maroc a toujours été un pays de l’oral. On a de plus en plus de liberté… Il y a beaucoup de réalisateurs avec qui j’ai envie de travailler. Avoir des rôles où je parlerais en arabe m’intéresserait beaucoup… Un jour, j’aimerais créer une école de théâtre au Maroc. Mais ce n’est pas pour maintenant…

Comment expliquez-vous qu’en France, on fait surtout appel à vous pour jouer « l’Arabe de service », alors que vous n’êtes pas typé ? N’avez-vous pas envie de jouer le rôle d’un Français ou d’un Marocain juif … ?

Je n’attends que ça ! Mais je ne sais pas ce qui coince en France… Peut-être que le fait que je m’appelle Assaâd Bouab pose problème parce que c’est un nom à consonance maghrébine… Je ne sais pas. On m’a déjà envoyé des castings pour jouer le rôle d’un moine ou d’un mec qui s’appelle Philippe, mais je n’ai pas été pris. En même temps, ça me plaît beaucoup de jouer en parlant en arabe… Mais ce serait trop triste de ne faire que ça… un méchant, un Européen, un Italien, un juif… Oui ça m’intéresse. J’ai envie de tout jouer. Je veux être aussi polyvalent qu’au théâtre…

Vous avez les yeux qui brillent en parlant de ça. Vous êtes plutôt théâtre ou cinéma ?

Les deux sont complémentaires. C’est le même métier, mais ce sont deux choses différentes. Il existe une sorte de rapidité dans le cinéma. Une fois qu’on a tourné une scène on ne la refait pas. Je vais reprendre le théâtre à la fin du mois de février. Je travaillerai sur Les mille et une nuits. C’est une grosse production avec un metteur en scène anglais. On va travailler des mois et des mois dessus… peut-être des années. On sera trois mois en Egypte, puis à Toronto, ce sera une tournée mondiale. Je dois avouer que dans le théâtre, il y a une adrénaline qui n’existe pas au cinéma. C’est intense.

Et ça ne vous intéresse pas de tenter l’expérience internationale ? D’être acteur dans des films américains ?

Je n’y ai jamais pensé (rires) ! Pour moi, ça me parait loin… Peut-être que ça me fait peur. C’est difficile de tout abandonner pour aller là- bas. Ce serait un luxe de vivre entre les Etats-Unis, la France et le Maroc… Je n’ai pas l’ambition de percer aux Etats-Unis, mais si ça vient, mrahba !

Que représente le cinéma français pour vous ?

Le festival de Marrakech lui a rendu hommage. Il y a beaucoup de choses qui ont été faites dans le cinéma français. Beaucoup ne l’aiment pas. Le cinéma en France n’est pas le même qu’aux Etats- Unis mais Il peut être pris comme une référence.

Vous aimez qui dans le cinéma français ?

J’ai un coup de cœur pour Guillaume Canet. Il est bluffant dans son parcours. Avant je n’étais pas convaincu par le bonhomme. Mais aujourd’hui il se révèle être quelqu’un d’incroyable ! Il appartient à une nouvelle vague du cinéma.

Etes-vous proche d’une star en particulier ?

Je suis très proche de Sami Bouajila. C’est vraiment un ami. Je ne le vois pas trop souvent parce qu’il bosse beaucoup. On a joué ensemble dans Zayna , et tout de suite après dans Indigènes. On est donc resté ensemble pendant huit mois et ça a créé des liens incroyables ! C’est avec lui que je parle de mes problèmes et de mes doutes. J’ai croisé une fois Gad, je n’ai pas sympathisé avec Jamal… Il faut dire que suis timide en dehors d’un tournage… Je ne vais pas vers les gens, je ne les harcèle pas de questions.

Vous n’êtes pas un fêtard, ni un acteur bling-bling. Pourquoi n’avez-vous jamais profité de votre «beaugossitude» pour vous faire connaitre ?

C’est ma nature. Mais il y a quelque chose qui me fascine chez les gens qui arrivent à sortir tout le temps, qui font du RP, qui arrivent à tchacher… On pourrait me reprocher de ne pas être comme ça. Je ne sais pas trop le faire… Je suis casanier. Le festival de Marrakech par exemple, si je ne suis pas invité, ne n’y vais pas. Je comprends qu’on me reproche de ne pas être présent. Pour tout vous dire, je vais m’installer à Rabat et essayer de trouver un petit appartement. Il y a tellement de choses à faire ici que j’ai décidé de rentrer, tout à en gardant un pied-à-terre en France.

Questionnaire de Proust

Votre principal trait de caractère ? 

La joie. Assaad veut dire le plus heureux.

La qualité que vous préférez chez un homme ?

Son honnêteté.

La qualité que vous préférez chez une femme ?

Sa sensualité… Je parle uniquement de ma femme (rires).

Votre principal défaut ?

Impatient.

Votre occupation préférée ?

Internet. J’y suis souvent.

Ce que vous voudriez être ?

J’aurais bien voulu faire de la musique. Peut-être un jour…

Le pays où vous souhaitez vivre ?

Le Maroc. J’aimerais que mes enfants grandissent ici comme moi.

Vos héros au cinéma ?

J’adore les dessins animés. Je n’oublierai jamais le gardien de but à la casquette dans Olive et Tom : Raad !

Vos héroïnes au cinéma ?

Joker (rires) !

Votre héros dans la vie réelle ?

Mon père.

Votre héros dans l’histoire ?

Salaheddine. J’ai lu un bouquin sur lui. Il a réussi à réunir les Arabes qui étaient très divisés. Il a aidé la civilisation arabe.

Quel état est présent dans votre esprit ?

Le doute.

Votre devise ?

Une phrase de Chateaubriand : « Il faut être économe de son mépris, malgré le grand nombre des nécessiteux. »

Filmographie

2004 : Marock de Laïla Marrakchi

2004 : Zaïna, cavalière de l’Atlas de Bourlem Guerdjou.

2005 : Indigènes de Rachid Bouchareb

2007 : Whatever Lola wants de Nabil Ayouch

2008 : Kandisha de Jérôme Cohen-Olivar

2009 : Rose et Noir de Gérard Jugnot

2010 : Hors-la-loi de Rachid Bouchareb

 Une interview pour le mensuel Zyriab. @2011

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2 Réponses

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  1. dima said, on avril 22, 2011 at 3:22

    Il est plus theatre que cinéma d’après l’entretien et le conservatoire. L’ambition,
    il faut l’avoir surement, doit se conjuguer avec la perséverance et l’opportunité
    pour percer outre atlantique. Le hic est qu’il aura les memes roles que Said
    Taghmaoui : terrorisme et cie. Il est provincial à cause de sa timidité naturelle mais
    il n’est pas agoraphobe. Je partage sa préférence pour Guillaume Canet, un artiste
    polyvalent.

    Merci et pour le retour et pour l’interview.

  2. nahilia said, on septembre 23, 2011 at 2:41

    Moi je dis tout simplement bravo, et encore bravo…ce qui me plait c’est cette simplicité incroyable que vous dégagez…cette timidité qui vous va si bien…surtout ne changez rien et continuez ainsi
    Il est vrai qu’au Maroc de belles choses peuvent être accomplies…
    Je vous souhaite tout le bonheur du monde…..
    Prenez soin de votre femme comme un bijou que l’on ne cesse d’admirer…


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