Maroc Infos

Jallal Toufiq : le spécialiste de la toxicomanie au Maroc

Posted in Interviews by hichambennani on août 2, 2009

Jallal Toufiq, directeur de l’Hôpital Arrazi (Salé) et du Centre national de prévention, de traitement et de recherche en addictions

Jalal Toufiq GCombien y a-t-il de toxicomanes au Maroc ?
Il y a 4,2% de la population marocaine de plus de dix-sept ans qui a un problème d’usage problématique, c’est-à-dire dépendance ou abus, et qui ont potentiellement besoin de se faire traiter. Sinon, il y a environ 500 000 usagers qui consomment du cannabis de façon problématique.

Quelle est la place du Maroc concernant la prise en charge de la toxicomanie par rapport aux voisins maghrébins ?
Je pense que nous avons été pionniers dans ce domaine par rapport aux pays non seulement du Maghreb mais également du Moyen Orient. Le Maroc, depuis la fin des années 80, a entamé une série d’études épidémiologiques qui s’intéressent à la nature et à l’étendue du problème. J’ai eu la chance de faire partie des groupes de chercheurs qui ont accompagné ces études. Nous avons eu le courage politique de mettre le problème sur la table et de vouloir en connaître la nature. Je crois beaucoup à l’adage anglais qui dit : «If you can’t measure it, you can’t improve it». Autrement dit, si vous ne mesurez pas le problème, vous ne pourrez pas l’améliorer. C’est ce qui nous différencie des autres pays du Maghreb.
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La drogue au Maroc

Posted in Société by hichambennani on mars 15, 2008

La solitude des drogués

par HICHAM BENNANI


Cocaïne, haschich, ecstasy, héroïne, karkoubi… Après le chantier mis en place par le ministère de la Santé il y a un peu plus d’un an, la prise en charge des toxicomanes au Maroc est toujours quasi-inexistante.

« Nous dormons par terre, il n’y a pas assez de lits pour nous accueillir, aucun médecin pour nous parler… » Mehdi, jeune intoxiqué âgé de 17 ans du fameux pavillon 36 de l’hôpital Averroès de Casablanca ne sait plus à quel saint se vouer. Loin d’être anecdotique, sa situation reflète malheureusement une réalité encore passée sous silence. C’est pourquoi en février 2007, le ministère de la Santé a lancé un vaste programme national pour la santé mentale et la toxicomanie. L’OMS a apporté son aide au projet. Il s’agissait d’une enquête nationale effectuée au niveau des ménages dans le but de déceler le type de toxicomanie qui existe au Maroc. Le CHU Ibn Rochd de Casablanca, l’Hôpital Universitaire Psychiatrique Ar-Razi de Salé et des psychiatres du secteur privé ont collaboré main dans la main pour mener à bien cette mission sous la houlette du ministère de la santé. Il en ressort que la drogue la plus consommée, la plus néfaste et même la plus mortelle est le tabac. « Tout le monde parle du trafic de cocaïne ou du haschich, mais on a tendance à ignorer totalement le tabac ! » s’insurge Jallal Toufiq, médecin chef de l’hôpital Ar-Razi. Autre constat qui est un secret de polichinelle, la drogue la plus utilisée au Maroc reste le cannabis avec 500 000 usagers. Concernant la cocaïne, elle est de plus en plus répandue. Un phénomène général dans le monde qui touche donc fortement le Maroc. La cocaïne est même devenue une drogue douce pour la jeunesse dorée casablancaise. « Nous prenons d’autres choses maintenant, la cocaïne c’est de la rigolade, ça ne nous amuse plus… » raconte Yassine, casablancais âgé de 21 ans qui a préféré s’enticher de l’extasie. Annoncé en grande pompe aux médias, le programme du ministère de la santé qui devait sonner le glas d’une époque où la lutte contre la toxicomanie n’était pas un phénomène de mode au Maroc (comme le Sida ou le cancer), n’a pas encore porté ses fruits. « Quand je suis en état de manque, je me mutile, je regrette ma vie… » clamait une jeune fille filmée en très gros plan sur la vidéo présentée à la presse pour cet événement. Le ministère de la santé reste très réticent à afficher les chiffres de la drogue au Maroc, de peur de provoquer un cataclysme national. Dans ses chiffres officiels, le ministère s’efforce de comparer les résultats du Maroc avec les Etats Unis, la France ou encore l’Algérie, afin de nuancer toute interprétation possible. Les chiffres rocambolesques indiquant le nombre d’établissements mis en place pour prendre en charge les patients atteints de maladie mentale ne sont que l’arbre qui cache la forêt d’un triste état de fait : il n’existe que deux centres de désintoxication au Maroc. Il s’agit du centre de toxicomanie de Tanger réservé uniquement aux consultations et du Centre national de recherche en toxicomanie de l’hôpital A-Razi de Salé qui offre des lits d’hospitalisations et des consultations spécialisées. Fait surprenant, ce dernier est la première structure du genre au Maghreb.
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