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La drogue au Maroc

Posted in Société by hichambennani on mars 15, 2008

La solitude des drogués

par HICHAM BENNANI


Cocaïne, haschich, ecstasy, héroïne, karkoubi… Après le chantier mis en place par le ministère de la Santé il y a un peu plus d’un an, la prise en charge des toxicomanes au Maroc est toujours quasi-inexistante.

« Nous dormons par terre, il n’y a pas assez de lits pour nous accueillir, aucun médecin pour nous parler… » Mehdi, jeune intoxiqué âgé de 17 ans du fameux pavillon 36 de l’hôpital Averroès de Casablanca ne sait plus à quel saint se vouer. Loin d’être anecdotique, sa situation reflète malheureusement une réalité encore passée sous silence. C’est pourquoi en février 2007, le ministère de la Santé a lancé un vaste programme national pour la santé mentale et la toxicomanie. L’OMS a apporté son aide au projet. Il s’agissait d’une enquête nationale effectuée au niveau des ménages dans le but de déceler le type de toxicomanie qui existe au Maroc. Le CHU Ibn Rochd de Casablanca, l’Hôpital Universitaire Psychiatrique Ar-Razi de Salé et des psychiatres du secteur privé ont collaboré main dans la main pour mener à bien cette mission sous la houlette du ministère de la santé. Il en ressort que la drogue la plus consommée, la plus néfaste et même la plus mortelle est le tabac. « Tout le monde parle du trafic de cocaïne ou du haschich, mais on a tendance à ignorer totalement le tabac ! » s’insurge Jallal Toufiq, médecin chef de l’hôpital Ar-Razi. Autre constat qui est un secret de polichinelle, la drogue la plus utilisée au Maroc reste le cannabis avec 500 000 usagers. Concernant la cocaïne, elle est de plus en plus répandue. Un phénomène général dans le monde qui touche donc fortement le Maroc. La cocaïne est même devenue une drogue douce pour la jeunesse dorée casablancaise. « Nous prenons d’autres choses maintenant, la cocaïne c’est de la rigolade, ça ne nous amuse plus… » raconte Yassine, casablancais âgé de 21 ans qui a préféré s’enticher de l’extasie. Annoncé en grande pompe aux médias, le programme du ministère de la santé qui devait sonner le glas d’une époque où la lutte contre la toxicomanie n’était pas un phénomène de mode au Maroc (comme le Sida ou le cancer), n’a pas encore porté ses fruits. « Quand je suis en état de manque, je me mutile, je regrette ma vie… » clamait une jeune fille filmée en très gros plan sur la vidéo présentée à la presse pour cet événement. Le ministère de la santé reste très réticent à afficher les chiffres de la drogue au Maroc, de peur de provoquer un cataclysme national. Dans ses chiffres officiels, le ministère s’efforce de comparer les résultats du Maroc avec les Etats Unis, la France ou encore l’Algérie, afin de nuancer toute interprétation possible. Les chiffres rocambolesques indiquant le nombre d’établissements mis en place pour prendre en charge les patients atteints de maladie mentale ne sont que l’arbre qui cache la forêt d’un triste état de fait : il n’existe que deux centres de désintoxication au Maroc. Il s’agit du centre de toxicomanie de Tanger réservé uniquement aux consultations et du Centre national de recherche en toxicomanie de l’hôpital A-Razi de Salé qui offre des lits d’hospitalisations et des consultations spécialisées. Fait surprenant, ce dernier est la première structure du genre au Maghreb.
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Psychanalyse en terre d’islam

Posted in Livres by hichambennani on mars 4, 2008

Le livre de Jalil Bennani ouvre le débat sur les racines de la psychanalyse au Maghreb et en particulier au Maroc. Une première

Le concept de psychanalyse est-il le même dans les pays du Maghreb, et en particulier au Maroc, qu’en Europe, où cette discipline est née ? C’est une des questions centrales à laquelle répond Jalil Bennani dans Psychanalyse en terre d’islam. L’ouvrage du psychanalyste vient de paraître en France aux éditions Arcanes Erès. Le livre est également disponible au Maroc sous le sceau des éditions Le Fennec. Dans la préface, Benjamin Stora, spécialiste de l’histoire du Maghreb et de la colonisation française indique que les pays musulmans, et en particulier le Maroc, pourtant si proches de la France, présentent souvent à l’observateur occidental pressé l’image de sociétés impénétrables, figées dans des traditions ancestrales, indéchiffrables. « Jalil Bennani nous invite à penser autrement. Son livre permet de comprendre, d’analyser le regard porté sur le colonisé par les médecins de la maladie mentale » écrit Benjamin Stora. Et d’ajouter : « L’auteur explique bien comment les psychiatres coloniaux ont introduit une rupture dans le champ des croyances traditionnelles. Voulant passer du champ de la magie ou de la religion à celui du savoir, ils ont introduit une pensée porteuse de rationalité ». Jean-Richard Freymann, directeur de la collection pour l’édition française souligne que le travail du chercheur marocain s’ouvre à la fois vers l’ensemble des pays francophones et sur les pays du Maghreb. Il explique que l’œuvre est un outil indispensable qui, à partir d’une approche historique analytique et épistémologique, ouvre la psychanalyse sur ses rapports à l’islam. Un document de travail qui permettra aux praticiens, psychanalystes et étudiants, de trouver des indications incontournables sur le rapport de l’inconscient freudien aux cultures du Maghreb. « Jusqu’à présent nous manquions de documents de travail en France sur la psychanalyse au Maroc et dans les pays du Maghreb sur la pratique freudienne » témoigne Jean-Richard Freymann. Même son de cloche dans les paroles du psychanalyste Mohammed Ham. Ce maître de conférence à l’université de Nice définit l’ouvrage en question comme la première synthèse aboutie qui éclaire de façon pertinemment analytique les conditions de l’arrivée et de l’installation de la psychanalyse au Maghreb. « Il a fallu beaucoup de travail et de don de soi pour réaliser une telle prospection, étude et recherche » déclare ce spécialiste. (more…)

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