Maroc Infos

Mohamed Achâari : «L’obscurantisme n’est pas uniquement le fait des islamistes»

Posted in Interviews by hichambennani on avril 6, 2010

Mohamed Achâari, membre du bureau politique de l’USFP (Union Socialiste des Forces Populaires

«La transition démocratique est en panne»

Q : Quels souvenirs gardez-vous de Abderrahim Bouabid ?

R : Abderrahim ne comprenait pas que l’on puisse défendre une cause nationale aussi importante que la souveraineté marocaine et l’intégrité territoriale sans avancer sur le plan de la démocratie. On ne peut pas avancer dans le projet de défense de notre intégrité territoriale, sans avancer également dans le domaine des libertés et de la démocratie. C’est l’élément fondamental du renouveau du nationalisme.

Q : Peut-on faire un parallèle entre la situation à l’époque et celle d’aujourd’hui ?

R : Toute la classe progressiste de cette époque n’acceptait pas que dans le domaine de la question nationale, les pouvoirs publics se contentent seulement de nous mettre au courant après l’action. (more…)

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Omar Bendjelloun : L’HERITIER DE BEN BARKA

Posted in Nécro by hichambennani on décembre 25, 2009

Omar Bendjelloun, martyr de la lutte démocratique

par Hicham Bennani

L’icône de la gauche marocaine à été assassinée le 18 décembre 1975. La disparition de ce farouche opposant au régime de Hassan II, emblème de la réorientation de l’USFP, reste encore un mystère.

Portrait.

La deuxième session du Conseil du parti de la rose qui s’est tenu les 5 et 6 décembre derniers a été dédiée à Omar Bendjelloun. 34 ans après sa disparition, le leader de la gauche reste un modèle incontestable au sein de l’USFP (Union Socialiste des Forces Populaires). «C’était un rassembleur, un homme qui savait parler au peuple et en même temps, sa voix était très influente», témoigne un ancien proche de Omar Bendjelloun, qui ajoute : «il avait une aura internationale et contrairement aux leaders d’aujourd’hui, il n’avait pas un discours piloté par le Makhzen, il s’exprimait sur tous les sujets sensibles sans langue de bois : Sahara, droits de l’homme, monarchie, etc.» En 1967, Omar Bendjelloun fonde la revue Palestine avec Ouadie El Assafi, ancien résistant et cadre de l’UNFP (Union Nationale des Forces Populaires). (more…)

Najib Boulif : «Nous pouvons nous allier avec l’USFP»

Posted in Politique by hichambennani on décembre 25, 2009

Mohamed Najib Boulif,

membre du conseil national du PJD (Parti Justice et Développement), président du PJD dans la région Tanger-Tétouan, vice président de la commission des finances et vice-président du groupe parlementaire du PJD.

«La politique n’est pas un objectif en soi»

Q : Comment s’est déroulé le dernier conseil national du PJD qui avait lieu les 12 et 13 décembre derniers ?

R : Cette session ordinaire du Conseil national avait pour objectif d’évaluer le processus électoral de l’été 2009 et de tracer la voie pour 2010. Nous avons donc ouvert un grand débat juste après la présentation du rapport du bureau politique par le secrétaire général. Tout le monde à pu dire ce qu’il avait sur le cœur. Nous n’y sommes pas allés de main morte. Toutes les questions ont été évoquées. Il y a eu un certain nombre de recommandations que nous avons essayé de transmettre au secrétariat général du Parti, parmi lesquelles on peut citer l’alliance avec l’USFP. On a ainsi demandé à Monsieur Benkirane de faire le nécessaire de manière à ce que cela ce concrétise, c’est à dire passer à l’acte au lieu de théoriser davantage. (more…)

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USFP : session Omar Bendjelloun, reportage exclusif

Posted in Politique by hichambennani on décembre 20, 2009

La grande pagaille

par Hicham Bennani

Le conseil national du parti de la rose qui s’est tenu les 5 et 6 décembre derniers, a été marqué par la désorganisation du bureau politique, l’indiscipline de certains militants et la langue de bois du premier secrétaire. Récit d’un week-end tumultueux.

«Inssihab, Inssihab! Mene Houkoumate addiaabe ! (Sortez, sortez de ce gouvernement de loups !)», clament d’une seule et même voix une trentaine de militants de la Chabiba Ittihadia, le 5 décembre 2009, devant le portail du complexe Moulay Rachid de la Jeunesse et de l’Enfance de Bouznika, à mi-chemin entre Rabat et Casablanca. Il est 15 heures et 24 minutes. Les jeunes Ittihadis s’apprêtent à participer à la deuxième session du conseil national de l’USFP (Union socialiste des Forces populaires) qui va durer deux jours. L’opinion publique voyait en ce rendez-vous l’occasion pour les bases du parti de faire entendre leurs voix grâce à une remise en question du bureau politique. «Aujourd’hui ou demain, l’opposition est indispensable», poursuivent-ils. Un agent de sécurité les empêche de pénétrer dans le complexe sportif sous prétexte qu’ils ne sont pas tous munis d’un badge du parti. «C’est honteux ! L’Ittihad est en danger !», préviennent les militants. Ils finissent par entrer par la force et poursuivent leur démonstration à l’intérieur de l’enceinte. Ils chantent avec conviction l’hymne ittihadi. Vêtu d’un béret, le jeune Nawfel Belmir mène le bal. Tous se dirigent lentement, en tapant des mains, vers la salle de conférence où 20 membres du bureau politique, ainsi qu’environ 270 membres du conseil national (sur 320) sont en place. Quatre membres du bureau politique brillent par leur absence (lire encadré). L’horloge affiche 15 heures et 40 minutes. Dix minutes plus tard, le conseil national de l’USFP s’ouvre enfin. Fathallah Oualalou, vice-premier secrétaire de l’USFP, est le premier à prendre la parole.

Bienvenue au souk (more…)

USFP : le grand retour de EL YAZGHI ?

Posted in Politique by hichambennani on décembre 2, 2009

L’USFP dos au mur

Même s’il conserve un poids important du fait de son passé politique, le parti de la rose traverse une dangereuse crise où la question du retour à l’opposition se pose en toile de fond. A la veille du conseil national du parti, un retour en grâce de Mohamed El Yazghi serait-il salutaire ?

par Hicham Bennani

Mohamed El Yazghi, qui n’occupe pas de poste officiel à l’USFP depuis décembre 2007, se retrouve en position idéale, après le retrait de la direction actuelle dans la prise en main de l’évolution du parti. Secrétaire général du parti de la rose de 2005 à 2007, il avait dû démissionner après la remise en cause par ses membres de la participation de l’USFP au gouvernement après l’échec des élections. L’homme garde toujours un œil attentif sur les siens. A quelques semaines du conseil national de l’USFP, le ministre d’Etat sans portefeuille pourrait-il faire son retour en grâce ? P (more…)

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Elections communales : le bilan

Posted in Politique by hichambennani on juin 26, 2009

Au delà d’une victoire

Après les résultats rendus publics le 13 juin, le parti d’El Himma est sorti vainqueur des communales. Mais la réalité est plus complexe qu’il n’y paraît.

par Hicham Bennani

«Nous avons réussi à créer un véritable bouleversement», s’est félicité Mohamed Cheikh Biadillah, secrétaire général du PAM (Parti authenticité et modernité) lors d’un point de presse tenu mercredi 17 juin. Le PAM a obtenu la majorité en terme de sièges à l’issue des élections communales du 12 juin. Au nouveau siège flambant neuf du PAM, sis boulevard John Kennedy à Rabat, Biadillah répond aux questions, parfois agressives, d’une flopée de journalistes, en usant de la langue de bois. «Vous avez critiqué les notables et on constate que vous traitez toujours avec eux», constate une personne. «Dans tous les pays, il faut savoir tourner la page. Cela est aussi valable pour notre parti», rétorque sèchement Biadillah. L’arrivée de Fouad Ali El Himma, fondateur du PAM, est annoncée plus d’une fois, en vain. «Nous sommes ouverts aux critiques mais lorsqu’on nous attaque gratuitement, ce n’est pas constructif», lance Biadillah pour mettre un terme au débat qui commence à chauffer. Ce n’est que trois heures après qu’El Himma arrive discrètement, alors que plus personne ne l’attendait. Il s’enferme avec quelques dirigeants de son parti sans faire de déclarations. Pourquoi un tel retard ? «Si vous le rencontrez vous lui poserez la question…», répond Hassan Benaddi, président du Conseil national du PAM qui rappelle que «le fait qu’on ait présenté 68% de gens qui se lançaient pour la première fois en politique a eu un effet bénéfique sur les résultats». Mais peut-on réellement parler de victoire du PAM ? (more…)

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Hamid Chabat : On dénonce bien Hitler ou Mussolini. Pourquoi pas Ben Barka ?

Posted in Interviews by hichambennani on mai 8, 2009

Interview. Hamid Chabat, maire de Fès.

Pourquoi avez-vous déclaré que Mehdi Ben Barka était un tueur ?
J’ai dit ça dans un contexte bien précis. Aujourd’hui, des ministres ont détourné la loi quand ils ont compris que leur parti n’allait pas réussir dans des élections syndicales. Ils ont reporté ces élections. C’était presque la même histoire au début de l’Indépendance avec les membres du parti de l’Istiqlal : ils assassinaient les résistants qui ne voulaient pas entrer dans les syndicats. Cela a été le cas lors des événements de Souk El Arbaa, du Rif, de Dar Bricha… Le responsable du parti de l’Istiqlal de cette époque sanglante, c’était Mehdi Ben Barka. Une période située juste avant les années de plomb que j’appellerai «les années de sang». Les choses ne se sont calmées qu’avec la scission de 1959. Tout cela est bien réel et les historiens marocains l’attestent. Il faut s’excuser auprès du peuple marocain par rapport à ces années sanglantes. Ce n’est pas une honte. Martyr ou pas, Ben Barka a commis des actes graves au nom du parti de l’Istiqlal. C’était le président du Comité exécutif du parti et c’était lui qui donnait les ordres. Ça, c’est l’Histoire du Maroc. Et si on veut porter plainte, on doit accuser les coupables de l’Histoire du Maroc, pas moi. (more…)

Document Exclusif : article de Omar Bendjelloun paru dans la revue Souffles

Posted in Uncategorized by hichambennani on décembre 25, 2000

Comportements de nos cadres devant le problème palestinien

par Omar Bendjelloun

Introduction : la multiplicité des éléments de confusion

Jamais, pour aucun peuple colonisé, la confusion idéologique n’a revêtu une importance aussi primordiale, n’a eu de conséquences aussi dramatiques que dans le cas de la Palestine. A la différence de tous les peuples colonisés d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine, le peuple palestinien a dû consentir une étape supplémentaire de lutte et de sacrifices par rapport à tous les mouvements de libération nationale. Sans compter les luttes d’avant 1948 et les vingt années de silence organisé sur l’existence même de ce peuple, le voilà qui mène depuis quatre années la lutte armée d’abord pour convaincre les milieux dits anticolonialistes que la Palestine est la patrie d’un peuple et qu’Israël n’est rien d’autre qu’une occupation de «type colonial».

Pour avoir la mesure de la confusion idéologique et de ses conséquences sur le problème palestinien, il suffit de reprendre l’exemple de Jean-Paul Sartre, un homme qui a prouvé dans l’action son hostilité au colonialisme, qui s’est rangé totalement du côté du peuple algérien durant sa guerre de libération. Cet homme participait aux «tribunaux» concernant les crimes de l’impérialisme au Vietnam et défendait en même temps Israël et la politique de Moshé Dayan qui revenait de Saïgon où il avait recruté les pilotes criminels chargés de bombarder le Vietnam du Nord. Cet exemple montre à quel point les milieux dits anticolonialistes d’Europe Occidentale et d’Amérique du Nord, y compris les penseurs qui ont prétendu remettre en question tous les postulats de l’idéologie bourgeoise, sont en réalité prisonniers de toutes les évidences mensongères accumulées depuis la fin du 19e siècle comme faisant partie de la pensée de «gauche».

Il s’agit en fait d’évidences nées d’une série de faits qui vont de l’affaire Dreyfus au massacre de millions de juifs par les nazis, de faits spécifiques à la société de l’Europe occidentale capitaliste dont le nazisme est l’enfant et le produit. Soutenir la création d’Israël, puis les agissements d’Israël, est pour le monde occidental avec sa droite et sa «gauche», une façon de se donner bonne conscience. Mais plus la vérité du sionisme apparaissait, plus il était difficile de justifier le sort réservé à la patrie palestinienne et à son peuple par l’hostilité au nazisme disparu, plus la société occidentale et les idéologues de l’impérialisme et du sionisme enfantaient des théories changeantes, qui semblent divergentes ou même opposées, mais qui en fait tendent au même but: justifier et préserver l’existence d’Israël. Cela va de la «tête de pont occidental», au «pacifisme» militant de Rodinson, en passant par le thème du réalisme, du fait accompli et «du développement économique régional». Il s’agit en fait d’une adaptation constante des méthodes de diversion et de falsification aux réalités, méthodes dont l’efficacité est liée à la mainmise grandissante des réseaux sionistes sur l’édition et la presse occidentales, particulièrement celles dites de gauche.

Parmi les victimes du conditionnement idéologique et culturel se trouvent les cadres de l’Afrique du Nord qui ont recu l’enseignement colonialo-bourgeois de la France et dont l’esprit a été plus facilement faconné par les milieux francais dits de gauche, en raison du soutien qu’ils ont apporté au mouvement national nord-africain. On se souvient du cri lancé par Ahmed Ben Bella «Nous sommes des arabes, des arabes, des arabes». On se souvient de ce que de très nombreux intellectuels nord-africains en ont été surpris ou scandalisés, chacun reprenant son compte l’une des explications intéressées qui en ont été présentées par la presse française. Il a fallu le choc de juin 1967, et la Résistance Palestinienne, pour que ces cadres commencent à remettre en question les évidences mensongères propres à la culture occidentale, et nées de faits historiques propres à la société européenne, des faits auxquels nous sommes totalement étrangers.

Mais il s’agit d’une remise en question qui ne porte pas sur l’essentiel, l’analyse et le comportement ayant toujours pour fondement les conceptions occidentales, le «réalisme» qui veut ignorer la réalité concrète, la soit-disant objectivité qui méconnaît l’objet même de ce qu’on appelle indifféremment le conflit israélo-arabe, la crise du Moyen-Orient, le problème palestinien, etc… Il s’agit d’une remise en question qui se limite à prendre en considération la Résistance Palestinienne comme un fait nouveau qui change les données anciennnes et qui pose le problème véritable, celui de l’existence d’Israël. Il s’agit en fait de la même évolution que celle des idéologues du sionisme et de la gauche européenne. Il s’adaptent à la situation nouvelle, dénoncent le dynamitage des maisons, reprochent aux victimes du nazisme de reprendre à leur compte les méthodes du nazisme, mais tout cela pour suggérer des rencontres, créer des comités de paix, appeler aux solutions «fédérales» et «confédérales», etc…

Ceux-là, et à leur tête Rodinson, Uri Avnery, (ce fameux député israélien, ce «patriote israélien» qui se dit «antisioniste»), ces progressistes, ces révolutionnaires sont actuellement l’instrument le plus subtil, le plus efficace du sionisme sur le front de la propagande et de l’intoxication. Aucun d’eux ne remet en question l’existence de l’Etat d’Israël en tant qu’entité, ne pose le problème de l’usurpation de la patrie palestinienne. Ils se contentent de discuter les «structures actuelles» d’Israël, de dénoncer l’expansionnisme de ses dirigeants, etc…, attendent d’eux qu’ils se «désionisent» pour construire «l’Etat binational», les différentes formes de collaboration, de confédérations, etc… Ils sont au sionisme et à la politique d’Israël, ce que les membres de «conscience française» étaient au Protectorat pendant notre lutte pour l’Indépendance nationale – «conscience française» et «présence française», phénomènes qui naissent et s’opposent au moment où la résistance populaire armée ébranle sérieusement l’édifice colonial. L’embryon de l’idée néo-colonialiste naît sous les dehors du paternalisme humanitariste, pense à l’avenir, prépare les moyens de préserver l’essentiel et s’oppose aux intérêts retardataires dont la cruauté exprime le désespoir, le sentiment de la fin qui approche.

Présence sioniste et conscience sioniste, décision objective du travail qui tend à préserver l’essentiel. «Je ne veux pas d’un peuple libéral, anticolonialiste et antimilitariste, parce que ce serait un peuple mort» répond Golda Meir à un journaliste qui s’inquiétait de la disparition des «valeurs du peuple juif» à cause des méthodes proprement nazies utilisées contre les arabes. On ne voit pas ce qu’ont pu être ces prétendues valeurs de ce prétendu peuple dont l’existence même a pour origine et pour fondement le plus grand vol de l’histoire, le vol d’un pays. Et le voleur n’a pas de constitution, ne veut pas dire où s’arrête le pays qu’il entend voler, et par la voix de ses dirigeants proclame que c’est à Israël de déterminer lui-même ses frontières.

Quel est le juif qui se dit antisioniste et qui dénonce sans réserves le vol, qui remet en question l’existence d’Israël, sans consacrer l’essentiel de son propos d’abord à un long rappel historique des injustices subies par les juifs, puis au problème du sort des deux millions de juifs émigrés. Par ce biais, et grâce à cette démarche en arc de cercle, il renverse le problème, pour le poser aux arabes, pour le poser aux palestiniens, aux victimes du vol. Oui, mais, oui mais… Je reconnais le droit du peuple palestinien, la légitimité de la Résistance, etc… mais quelle est la solution? Vous n’allez tout de même pas me dire comme Choukeïri qu’il faut «les jeter à la mer»? Les principes sont saufs, excepté le plus élémentaire de tous, à savoir que ce n’est pas à la victime d’un vol qui continue qu’on demande la solution.

Le point de vue garde l’accent de la sincérité, l’allure de l’homogénéité et le ton du marxisme-léninisme! Cela atteint le sublime lorsque la psychologie et la sociologie s’en mêlent, lorsque le progressiste dit antisioniste s’ingénie à vouloir démontrer «qu’Israël n’est pas une nation». Celui-là, au lieu d’inverser le problème fondamental, au lieu de poser les alternatives à la victime plutôt qu’à l’occupant, sert ce dernier en déplaçant la discussion, en entretenant un débat artificiel créé de toutes pièces. Le combat sanglant d’un peuple dont la patrie a été volée pour servir de base à l’impérialisme et de point de rassemblement du sionisme, se transforme en un sujet d’histoire ancienne. Mais on ne peut exiger plus des intellectuels juifs, si l’on a une idée tant soit peu concrète des méthodes de pression exercées par les réseaux sionistes sous différentes formes et dans tous les domaines.

Mais ce n’est pas de ceux-là qu’il s’agit ici – ni de leur subjectivité ou de leur sincérité en tant qu’individus. Les observations qui précèdent ont pour but de donner une première idée de la multiplicité des éléments de confusion qui entourent le problème palestinien et déterminent le point de vue et le comportement des intellectuels nord-africains formés à l’école capitalo-coloniale française. Cela exige:

1°) de voir comment le sionisme est le premier bénéficiaire de toutes les évidences de l’idéologie bourgeoise régnante, et surtout de celles attachées à la littérature néo-coloniale consacrée au «sous-développement». Pour bien montrer le caractère mensonger de ces évidences, nous devrons nous attarder sur des aspects qui ne sont pas particuliers au problème palestinien.

2°) ce sont ces évidences qui ont permis au sionisme d’agir directement sur nos pays et sur nos cadres, profitant aussi bien des circonstances culturelles, techniques et économiques (attaches avec l’ancienne puissance coloniale et sa «gauche»), que des circonstances géographiques et historiques (éloignement par rapport aux phénomènes du Moyen-Orient dont nous ne retenons que les apparences extérieures et négatives).

3°) à partir de là, on peut s’expliquer que l’évolution d’après 1967, si elle s’est traduite par une remise en question des idées reçues, n’a pas encore porté sur l’essentiel. La confusion subsiste sur le problème fondamental, le défaitisme appelé «réalisme» ou «objectivité» a encore pour fondement l’attachement aux apparences, compte tenu de ce que l’engagement aux côtés du peuple palestinien est partie intégrante du degré d’engagement dans le mouvement de libération.

I – Le sionisme premier bénéficiaire des évidences mensongères de la pensée coloniale et néo-coloniale avant et après juin 1967.

Il s’agit, rappelons-le, de mettre d’abord en évidence les manifestations de l’idéologie capitalo-bourgeoise occidentale dans les conceptions, le raisonnement et le comportement de la majorité des cadres nord-africains de culture française en ce qui concerne le problème palestinien. Nous allons d’abord nous intéresser au fait que cette culture nous a été dispensée à travers la littérature coloniale et néo-coloniale, relative au «progrès» puis au «sous-développement», si bien que les conceptions et le raisonnement appliqués au problème palestinien sont en réalité partie intégrante du comportement intellectuel et pratique de chaque intellectuel nord-africain devant les problèmes de la libération et du néo-colonialisme en général.

Ce lien ne peut apparaître clairement que si l’on illustre l’analyse par des exemples concrets qui matérialisent le degré d’actualité des évidences mensongères composant la pensée néo-coloniale. Rappelons tout d’abord que l’idéologie bourgeoise, l’idéologie occidentale avec toutes les «sciences humaines» qui y sont attachées, est purement descriptive. Enfant et superstructure du mode de production capitaliste, elle a pour fonction de le justifier, si bien qu’elle se limite à en analyser les aspects extérieurs, ou à l’étudier secteur par secteur pour éviter d’avoir à en expliquer le principe moteur, les rapports d’exploitation sur lesquels il est fondé en tant que système global. Le grand mérite de Marx a été de remettre d’abord en question, de dénoncer le caractère purement descriptif et trompeur de cette idéologie, en partant de ce principe fondamental «toute forme d’apparition est une forme de dissimulation».

Nos cadres feraient bien de réfléchir à cette formule qui signifie que la pensée bourgeoise concentre l’attention sur l’arbre pour cacher la forêt, la loi de la jungle capitaliste. Mais il reste que cette pensée, comme le mode de production capitaliste qui l’a enfantée, est un système homogène qui a sa propre logique, et qui s’adapte constamment aux données nouvelles en gardant son homogénéité et sa logique propres.

Ce n’est même pas cette idéologie descriptive qui nous a été inculquee, mais ses sous-produits à travers l’enseignement colonial suivi de toute la littérature néo-colonialiste sur le «sous-développement». Pour plus de clarté et pour ne pas nous éloigner de notre sujet, partons d’un événement sans importance, mais qui illustre à quel point des artifices et des mensonges coloniaux (vieux de 50 ans) passent encore pour des évidences chez des intellectuels marocains. «Les anciens du Collège d’Azrou», réunis en congrès au début de l’été, n’ont admis de prendre position sur le problème palestinien qu’à la condition qu’il soit énuméré au même titre que l’Angola, le Mozambique, etc… et cela non pas pour marquer qu’il s’agit d’un problème colonial mais pour souligner au contraire que c’est un problème «arabe» qui ne les intéresse pas plus directement que la Guinée dite portugaise. Exemple extrême qui matérialise l’opportunisme à l’état primaire, mais aussi et surtout montre à quel point le sionisme est dans nos pays le premier bénéficiaire des formes de pensée installées par les stratèges du colonialisme, à quel point il peut gagner la neutralité ou même l’alliance objective des cadres de nos pays.

Mais les conséquences plus graves et plus générales de la pensée capitalo-coloniale sont le mépris de nous-mêmes en tant que nation arabe, le fait d’attribuer à l’arabe en tant que tel ce qui en réalité est une situation que l’impérialisme a créée et entretient par l’intermédiaire de ses instruments locaux. Quel est celui qui n’a pas entendu les commentaires sceptiques on incrédules lancés par des intellectuels marocains lorsqu’ils entendent tel communiqué arabe énumérant les pertes sionistes? Lorsqu’on leur fait remarquer qu’il n’est pas normal de croire systématiquement les informations sionistes et contester celle des pays ou des résistants arabes, que cela est une façon d’être intellectuellement aux côtés d’Israël, la réponse est toujours la même: depuis juin 1967, je ne peux plus les croire. Et de fait, le journal «Le Monde» façonne l’opinion de ces cadres, leur enseigne le «réalisme et la modération», cultive le désir d’en finir, le désir de «paix», suscite et encourage les discussions sur la «solution» ou les «chances de solution» de ce qu’il appelle le «conflit israélo-arabe». Ce second exemple montre à quel point le sionisme bénéficie non seulement des formes de pensée installées par le colonialisme, mais aussi de toutes les attaches culturelles. techniques et linguistiques du pays avec l’ancienne puissance coloniale, attaches qui permettent la diffusion de tous les instruments d’information plus ou moins noyautés ou contrôlés par le sionisme (sans parler des liens de domination et d’exploitation économiques qui font que les pays arabes constituent eux-mêmes pour le sionisme un secteur essentiel de drainage de ressources financières).

Parler de l’influence des évidences mensongères de la pensée capitalo-coloniale sur nos cadres au sujet du problème palestinien, c’est donc poser le problème du néo-colonialisme et de l’impérialisme. D’ailleurs, à l’échelle des gouvernements comme des individus, le degré d’engagement aux côtés du peuple palestinien, réfléchit directement le degré d’hostilité à l’impérialisme, parce que les faits ont contraint le sionisme à apparaître de plus en plus sous sa véritable nature: non seulement un protégé de l’impérialisme, non seulement son instrument au Moyen-Orient, mais aussi sa cinquième colonne dans d’autres sphères et particulièrement en Afrique. Il faut savoir que les mouvements de libération dans certains pays de l’Afrique équatoriale, mènent maintenant le combat sous la devise «contre l’impérialisme et le sionisme» parce qu’ils ont vérifié que les «assistants techniques» israéliens agissent en fait dans le cadre d’une stratégie impérialiste dont Israël est l’instrument.

Cela nous amène aux artifices les plus subtils et les plus efficaces qui font partie de toute la littérature néo-colonialiste connue sous le thème de «sous-développement» – C’est grâce à elle qu’Israël a pu se faire reconnaître et installer ses «assistants techniques» dans des pays multiples – Les cadres de ces pays (comme les nôtres) formés à l’école de l’idéologie et de l’économie politique bourgeoises et purement descriptives, se sont laissés convaincre par les apparences, par les réalisations d’Israël comme exemple de solution aux problèmes et aux fameux «cercles vicieux» du sous-développement. Ils se sont intéressés à l’arbre qui cache la forêt, ont ignoré qu’Israël consomme 5 fois plus qu’il ne produit grâce aux ressources extorquées à leurs propres pays et aux cadres dont une bonne partie a été puisée dans leurs propres pays. Voilà donc le sionisme qui est encore le premier bénéficiaire, de toutes les évidences mensongères sur le sous-développement diffusées par la revue «Tiers-Monde», l’instrument le plus subtil, le plus efficace et le plus pernicieux du néo-colonialisme (et dont la direction comprend d’ailleurs des sionistes notoires). Cet instrument est l’exemple le plus net de la capacité d’adaptation des idéologues du néo-colonialisme au développement des forces progressistes. Pour mieux convaincre nos cadres, nos «techniciens», il leur enseigne le réalisme, les étapes exigées pour rompre les «cercles vicieux du sous-développement» et en même temps précise que cette rupture exige la réforme agraire, certaines nationalisations, etc…

Il s’agit de procédés qui partent du même principe, qui sont de la même essence que l’adaptation constante des idéologues du sionisme au développement du mouvement d’opinion hostile à Israël. Ils suggèrent des comités de paix, dénoncent l’expansionnisme de Moshé Dayan, etc…, pour sauvegarder l’essentiel, l’existence d’Israël en tant qu’Etat, le problème étant présenté naturellement comme «crise du Moyen-Orient» entre Etats voisins, et non pas comme une affaire de libération d’un pays. Les interférences entre le problème de la Palestine et de la Résistance Palestinienne d’une part, et les relations d’Israël avec les Etats voisins d’autre part, sont présentées comme des «cercles vicieux», de même que les interférences entre l’agriculture, l’enseignement et la balance des paiements d’un pays «sous-développé» présentés comme des «cercles vicieux».

Les divisions des arabes et leur verbalisme sont au problème palestinien ce que la «démographie galopante» est au sous-développement, c’est-à-dire le prétexte, la réponse passe-partout. Le principe est le même: il faut nous en prendre d’abord à nous-mêmes, régler d’abord nos problèmes.

Le raisonnement correspond exactement à la formation et à la mentalité du «technicien» qui veut sincèrement le progrès. Comment douter de la bonne foi de celui qui suggère la nationalisation des secteurs clés de l’économie et la réforme agraire, si l’on ne pose pas de question sur le rôle véritable de ces secteurs, si l’on ne pose pas globalement le problème de l’exploitation du pays? On ne se doute pas que la nationalisation des chemins de fer fait l’affaire du capital colonial puisqu’il continue à drainer les matières premières et à introduire les produits manufacturés, tandis que les victimes elles-mêmes paient le déficit, c’est-à-dire une partie des frais généraux d’exploitation du pays. On ne se doute pas que la «réforme agraire», c’est-à-dire la distribution des terres de colonisation, ne gène en rien le capital colonial puisqu’il continue à recevoir les mêmes produits à des prix infiniment plus bas, tout en garantissant le maintien à plus long terme de cette situation. Il en est de même pour toutes les réformes et solutions d’apparence nationaliste et progressiste, parce que le problème fondamental n’est pas posé, celui de la nature coloniale du système économique et social qualifié de «sous-développement». Tous les efforts fournis par les idéologues du néo-colonialisme tendent à inverser le problème, à convaincre les victimes de l’exploitation impérialiste qu’elles doivent s’en prendre d’abord à elles-mêmes et ceci avec des arguments «techniques» et des chiffes sélectionnés.

Les mots d’ordre de réalisme, d’objectivité prétendument scientifique, de rationalité, qui sont à la base de cette littérature, deviennent pour nos cadres dits «techniciens», les critères d’analyse et de jugement. On a vu un intellectuel irakien écrire une «étude» chiffrée, soutenant que les arabes, avant de vouloir combattre ou éliminer Israël, doivent résoudre les problèmes du «sous-développement» (étude publiée bien sûr en bonne place par le journal «Le Monde»). Et ce point de vue est loin d’être isolé, car, poser le problème en «technicien», en chiffres, tenant compte du soutien inconditionnel de l’impérialisme américain à Israël, de la puissance des réseaux sionistes à travers le monde, c’est la démarche «réaliste», la démarche du défaitisme qui a pour lui l’avantage de la logique.

Mais c’est la démarche «réaliste» de celui pour lequel le combat contre l’impérialisme ne se pose pas; de celui qui, en bon adepte de l’idéologie bourgeoise descriptive, veut voir Israël comme une entité combattue par les arabes à part, et non pas comme une base parmi d’autres de l’impérialisme. Présence culturelle et idéologique du néocolonialisme et du sionisme dans nos pays ne font qu’un, agissent directement sur la pensée de nos intellectuels. L.’attitude de ceux-ci concernant le problème palestinien est inséparable de leur comportement à l’égard des problèmes internes de libération sociale et économique et de lutte contre l’impérialisme et ses agents. Il faut dire que cette action a été d’autant plus efficace qu’elle s’est exercée sur un terrain où les circonstances historiques et géographiques et les échos des événements propres au Moyen-Orient avaient entretenu la confusion et l’indifférence.

II – L’indifférence méprisante d’avant 1967: Conséquence de l’action directe du sionisme, depuis vingt ans, ajoutée à l’incompréhension des phénomènes internes au Moyen-Orient.

Le sionisme ne se contente pas de tirer profit de la présence néo-coloniale, et de ses conséquences directes sur la pensée et le comportement de nos cadres. Il a mené et mine un travail d’intoxication plus direct et a su exploiter les conditions particulières à l’Afrique du Nord pour cultiver l’indifférence sous toutes ses formes à l’égard du peuple palestinien, et après 1967 entretenir la confusion et l’équivoque. Deux facteurs essentiels l’ont aidé dans son action directe:

  • d’une part le fait que cette action était men-le par l’intermédiaire des milieux français dits de gauche qui soutenaient le Mouvement National pour l’indépendance;
  • d’autre part l’isolement de l’Afrique du Nord qui est restée en marge du phénomène de transformation idéologique et politique déclenché au Moyen-Orient par la création de l’Etat d’Israël.

Les réactions suscitées par le cri d’Ahmed Ben Bella (nous sommes des arabes, des arabes, des arabes) manifestent à quel point ces deux facteurs ont pu anesthésier nos cadres pendant vingt ans, cultiver le mépris pour nous-mêmes.

a) l’action directe du sionisme par l’intermédiaire de la gauche française.

Contentons-nous de montrer l’évolution des méthodes d’intoxication depuis la création d’Israël jusqu’à la guerre de 1967.

La première phase, celle qui suivit la deuxième guerre mondiale, a été celle où il était permis de présenter Israël comme un facteur de progrès à côté des émirats et régimes féodaux et moyenâgeux. Les pays socialistes eux-mêmes feignaient d’en être convaincus en raison de considérations stratégiques et diplomatiques bien connues. Rien n’empêchait la littérature et la presse dites de gauche de chanter les mérites du «socialisme original» et à l’état pur représenté par les kibboutzims. Les étudiants nord-africains s’y laissaient prendre, pour n’avoir jamais eu à connaître la genèse d’Israël et celle de ses kibboutzims, dont le «socialisme» n’est rien d’autre que l’organisation matérielle exigée par la fonction du kibboutzim depuis sa création. Base d’implantation du sionisme, par la force, dont les méthodes d’organisation n’ont absolument rien à voir avec le «socialisme», formules de production et de consommation soumises aux nécessités militaires. Il fallait que ces bases puissent subsister en attendant qu’elles soient assez nombreuses, en attendant que l’occasion se présente de créer l’Etat d’Israël et appliquer par conséquent toutes les méthodes d’organisation propres à la vie d’une caserne dans un pays en voie de colonisation. Une fois l’opération réalisée, une fois la Palestine colonisée, il fallait tout d’abord faire oublier le principe même de la colonisation. On a tout simplement créé la justification du «socialisme original» inspiré des principes de David et de la justice de Salomon! ce qui permettait par la même occasion de maintenir et de cultiver le mythe de l’abnégation et de l’esprit de pionnier.

La nationalisation du Canal de Suez, et l’action de ces pionniers au service du colonialisme franco-anglais décadent dans l’agression de 1956 contre la République Arabe Unie ont montré la nature et la fonction véritable de ce prétendu socialisme. Il fallait changer de thème, et en même temps détourner l’attention du but véritable de l’opération, à savoir une opération destinée à éliminer le seul régime patriotique qui avait pu détruire le pouvoir moyenâgeux de la féodalité et amorcer une politique de progrès. C’est alors que commence la deuxième phase, celle de la capacité des juifs à transformer le désert en paradis, à côté de ces arabes peureux et incapables, en même temps que la campagne autour des minorités juives dans les pays arabes. A Mehdi Ben Barka qui lui soumettait le projet de création d’une section de la ligue des droits de l’homme au Maroc, Daniel Mayer, président de la ligue internationale des droits de l’homme, a répondu en posant une condition préalable: que l’U.N.F.P. dénonce d’abord la limitation du droit de sortie des juifs marocains et exige que les passeports leur soient délivrés sans discrimination et sans aucune mention à «caractère religieux». Il faut dire que la plupart des intellectuels juifs marocains qui se disaient antisionistes menaient une campagne permanente pour faciliter l’émigration massive sous prétexte de «principes». Il a fallu que la démocratie soit totalement étouffée dans notre pays, qu’y soient remis en question tous les aspects de la politique de libération, pour que les juifs marocains soient très démocratiquement et massivement exportés vers Israël (les adolescents d’abord, puis les jeunes, les parents ensuite à partir de camps de regroupement). En Tunisie, les responsables n’ont pas eu besoin des interventions du Conseil Juif Mondial et du marchandage américain pour permettre et même encourager cette exportation (sans doute pour embêter Nasser!).

La troisième phase d’adaptation de la propagande sioniste dirigée vers nos pays est celle où «les modérés» multipliaient les déclarations «réalistes» suggérant la reconnaissance du fait israélien après avoir eux-mêmes aidé à son renforcement par leur passivité complice ou leur politique active pro-impérialiste. Durant cette phase, le thème n’était plus le socialisme des kibboutzims ou le génie des juifs transformant le désert en paradis, mais une double lamentation qui peut se résumer ainsi:

  • sur les Etats arabes, qui s’épuisent en dépenses militaires au lieu de s’attaquer aux problèmes du «sous-développement»;
  • sur Israël, ce petit Etat de constructeurs courageux, entouré d’ennemis armés par Moscou.

C’est que depuis l’agression de 1956, les pouvoirs féodaux tombaient les uns après les autres. L’impérialisme ne dictait plus à tous les gouvernements de la région leur politique et les dirigeants sionistes n’ont pu détourner aussi facilement et impunément les eaux du Jourdain. En fait, la campagne de conditionnement pour l’agression de 1967 avait commencé deux années plus tôt, devant la multiplication des régimes progressistes en RAU, Syrie, Irak et Algérie qui ont posé le véritable problème pour la première fois, la libération de la Palestine par les Palestiniens eux-mêmes.

Les Palestiniens n’avaient d’ailleurs pas attendu qu’on le pose. Dès le premier janvier 1965, ils avaient déclenché la Résistance armée en faisant sauter les installations destinées au détournement des eaux du Jourdain. Mais jusque-là, les cadres d’Afrique du Nord subissaient les thèmes sionistes que nous venons de citer, d’autant plus facilement qu’ils y trouvaient une confirmation de leur jugement global et méprisant sur les pays, les peuples et les dirigeants du Moyen-Orient.

b) l’incompréhension des phénomènes internes au Moyen-Orient

Loin du Moyen-Orient, l’Afrique du Nord n’a pas subi les phénomènes de transformation qui ont secoué le Moyen-Orient depuis le choc de 1948. De ces phénomènes nous ne connaissions que des aspects extérieurs et négatifs, tels que les rapportait la presse occidentale pro-sioniste. Ces phénomènes se ramènent schématiquement à trois courants.

Le premier, celui des jeunes officiers qui, sur le front de Palestine, ont pu se rendre compte que les véritables responsables de la création d’Israël sont les féodalités de traîtres au pouvoir, ce qui s’exprimait par la formule très juste «Israël est au Caire». Ayant pris le pouvoir à la suite de complots militaires, et alors que leur formation politique et idéologique étaient rudimentaire, les jeunes officiers égyptiens, puis irakiens et syriens, ont voulu faire du problème palestinien une affaire d’Etat, d’armée officielle. Ils tombaient ainsi dans le piège de l’ennemi, dont tous les efforts tendent à poser le problème comme un conflit entre Etats voisins, pour faire oublier jusqu’à l’existence du peuple palestinien. Et de fait la conception des juntes militaires les amenait à accepter et encourager le mouvement palestinien, mais à la condition qu’il soit sous leur tutelle, qu’eux-mêmes gardent l’initiative et le choix du moment, moment qui naturellement devait attendre que soient mises en place des armées entraînées, etc…

Le second phénomène est celui des frères musulmans qui a perdu actuellement de son importance, mais qui entre les années 1948 et 1960 fut un courant très fort et très actif. Il posait le problème en termes religieux, en devoir religieux qui nécessite le combat permanent, fut-il désordonné et désespéré. Les initiatives qu’il prenait l’ont amené progressivement à se comporter en ennemi des gouvernements nouvellement mis en place, à négliger le problème palestinien pour engager contre eux l’action violente. L’impérialisme, attentif à cette réalité, n’a pas manqué d’intervenir pour encourager cette tendance et placer ses «conseillers techniques» auprès des dirigeants du mouvement qui ont fini par devenir des agents conscients de l’impérialisme depuis l’Atlantique jusqu’à l’Indonésie.

Le troisième phénomène est celui du «parti socialiste baath». Son créateur, Michel Aflak, a tenté de poser le problème palestinien comme la partie d’un combat global, idéologique et politique au niveau du monde arabe dont la transformation socialiste entraînerait sa libération de la féodalité, du sionisme et du colonialisme. Mais ce socialisme baathiste, fondé sur les références à la gloire passée et refusant a priori les vérités du socialisme scientifique, devait indubitablement s’organiser en sectes de carbonaris, en cellules semi-clandestines et agir sur des catégories sociales limitées, en particulier l’intelligentsia et les officiers. Mais le fait qu’il se posait en mouvement au niveau de l’ensemble du monde arabe, a amené ses fondateurs syriens à susciter la mise en place de sections baathistes dans les autres pays arabes.

Chacun de ces trois courants s’est opposé aux deux autres pendant que, pour leur part, les communistes arabes se contentaient de dénoncer la «petite bourgeoisie», opportuniste, de droite ou de gauche. Excepté en Irak, voisin de l’U.R.S.S., ils sont restés un épiphénomène, parce que dès 1948, leur internationalisme prolétarien consistait à justifier la diplomatie et la stratégie soviétiques. Mais malgré les polémiques et les luttes qui les opposaient, ces trois courants combattaient la féodalité, ont eu chacun sa part dans l’élimination des pouvoirs féodaux. La vigilance et la solidarité des gouvernements féodaux qui ont subsisté ne pouvaient que se renforcer de même que leur alliance avec l’impérialisme.

De tout cela, nous ne retenions que les aspects extérieurs, les polémiques et les divisions. Ces divisions ont toujours été présentées comme inhérentes à la mentalité arabe, comme si un féodal valet de l’impérialisme pouvait s’unir à un mouvement de libération. Ne retenant que les aspects extérieurs, les cadres nord-africains se sont habitués à juger le Moyen-Orient en bloc, à confondre peuples et gouvernements, à se convaincre et à se féliciter d’être mentalement «supérieurs et différents» de l’arabe du Moyen-Orient incapable de rationalisme et de cartésianisme! En fait, cet arabe-là ne s’est pas laissé conditionner par la gauche française et la culture néo-coloniale réunies dans la même solidarité agissante avec le sionisme. Son objectivité à lui, c’est d’avoir vécu le problème palestinien, directement, c’est de ne s’être jamais dégagé de sa subjectivité patriotique sans laquelle on ne peut raisonner en patriote.

Il a fallu la guerre de 1967 pour que la remise en question s’opère, mais une remise en question très partielle comme nous l’avons dit. Il ne pouvait en être autrement étant donné les formes de pensée de la culture capitalo-coloniale, le travail de conditionnement permanent mené par le sionisme, soit directement, soit par l’intermédiaire de la gauche française, et enfin les réalités même du monde dont nos cadres ne retenaient que les aspects extérieurs et négatifs. Le déclenchement et le développement de la Résistance Palestinienne a provoqué la remise en question des idées reçues, mais la confusion demeure sur l’essentiel, avec les graves conséquences qui y sont attachées puisqu’il ne s’agit plus de solidarité intellectuelle et affective, mais d’un combat sanglant et quotidien.

III – Les nouveaux éléments de confusion et leurs conséquences pratiques actuelles.

Nous avons longuement insisté sur les éléments idéologiques et culturels permanents qui déterminent la façon de penser de nos cadres et montre en quoi le sionisme peut en bénéficier jusqu’à présent. Nous nous sommes ensuite attachés à préciser les thèmes développés par le sionisme à travers la gauche française avant 1967, ainsi que les raisons pour lesquelles les cadres d’Afrique du Nord ne retenaient que les aspects extérieurs et négatifs du phénomène profond et libérateur qui a remué le Moyen-Orient depuis la première défaite de 1947-48.

Il s’agit maintenant d’analyser les conséquences actuelles et concrètes de ce conditionnement idéologique permanent durant 20 années, de se demander pourquoi dans leur grande majorité, nos cadres de culture française restent en marge du combat engagé contre le sionisme et Israël, tout en entretenant des discussions sans fin, sur les erreurs du passé, récent et lointain, la tactique, les rapports de force, «la solution», les chances de solution, etc…

a) D’abord le principe moteur de la libération qui porte en lui-même sa solution et ses moyens.

Nous avons dit que la guerre de 1967, puis le développement rapide (et impressionnant) de la Résistance Palestinienne, ont provoqué la remise en question, en précisant que c’est une remise en question qui ne porte pas sur l’essentiel. Il s’agit en fait de la même évolution subie par l’opinion mondiale et occidentale, évolution accélérée par le comportement arrogant d’Israël et des sionistes dans leurs pays respectifs. Ce que nous appelons l’essentiel, c’est la confusion qui subsiste sur l’objet même de ce que l’on appelle indifféremment le problème palestinien, la crise du Moyen-Orient ou le conflit israélo-arabe. Tant que cette confusion subsiste dans l’esprit d’un individu arabe, son attitude ne peut être que nuisible à la Révolution Palestinienne, ce que les sionistes et la féodalité arabe comprennent parfaitement, d’où leurs efforts conjugués qui tendent à présenter «la crise du Moyen-Orient» comme un conflit entre Etats voisins.

Pour donner une idée concrète des conséquences immédiates et lointaines de cette confusion soigneusement entretenue, partons de l’exemple vietnamien. Tous ceux qui soutiennent ou prétendent soutenir le peuple vietnamien dans sa lutte ne se sont jamais permis de discuter le «réalisme» ou l’opportunité de ses décisions et actions. Chacun se contente d’admirer les décisions et les sacrifices du héros des peuples, de constater qu’elles sont toutes déterminées par l’attachement au principe moteur: le Vietnam appartient aux seuls vietnamiens, même s’ils doivent y être massacrés jusqu’au dernier. Le principe contient aussi bien «la solution» que les moyens et les sacrifices qu’elle exige, et la discussion porte sur «les solutions» pratiques, tactiques, qu’appelle l’organisation et le développement de la lutte contre l’agresseur, solutions inspirées de l’expérience acquise d’une bonne connaissance des moyens et méthodes de l’ennemi mais aussi de la foi en la justesse de la cause qui entretient et renforce la volonté de vaincre.

Le principe porte en lui-même «la solution» et les moyens d’y parvenir. Et lorsque la lutte atteint un stade de développement déterminé, c’est dans les rangs de l’agresseur que naissent et se multiplient les discussions sur «la solution», sur la façon de se soumettre au droit du peuple combattant sans perdre la face. C’est alors que se développent les dissensions internes à l’envahisseur, qu’apparaissent les lignes de démarcation entre «colombes et faucons», entre «conscience française et présence française», entre «conscience sioniste et présence sioniste». Mais «les colombes» appartiennent à l’agresseur, elles pensent aux intérêts supérieurs et à long terme de l’agresseur, ce qui est le cas du mouvement progressiste dit antisioniste représenté par Rodinson et les autres. Leur rôle est de transporter une discussion interne au camp de l’agresseur, dans les rangs de la victime, dans les rangs arabes. Ils y réussissent parfaitement.

C’est ce que nous avons appelé le renversement du problème, le fait de poser la question sur «la solution», non pas au voleur mais à sa victime. Le peuple qui ne connaît pas Rodinson et la revue «Eléments» ne se laisse pas duper, s’inscrit par milliers (14.000 marocains) pour aller se battre. De même ce médecin égyptien de 27 ans tombé dans les faubourgs de Haïfa, ou cet émir du Koweit arrivé à un degré de conviction tel qu’il a abandonné ses enfants, ses richesses et son harem pour subir un entraînement et s’introduire en Palestine avec le serment d’y mourir ou d’en ressortir avec un passeport palestinien.

Question de conviction d’abord: la Palestine aux Palestiniens, le principe moteur qui porte en lui-même «la solution» et les moyens d’y parvenir. Question d’attachement au principe, de subjectivité patriotique, de haine envers l’envahisseur et son crime, sans quoi la logique et les analyses tactiques ne sont qu’une façon d’entretenir dans le camp de la victime des palabres utiles à l’envahisseur. Et ces palabres existent parmi les cadres marocains qui gardent une attitude de spectateur, mais de spectateur attentif et inquiet parce que conscient d’être arabe, de moins en moins honteux de l’être.

«Nous sommes des arabes, des arabes, des arabes». Ce n’est pas à nous de discuter, de nous poser la question posée au sionisme par le danger qui menace l’existence d’Israël, ce n’est pas à nous de discuter «la solution» du problème posé à l’envahisseur, d’exiger de la Révolution Palestinienne qu’elle se prononce sur cette «solution». La Palestine aux Palestiniens, avec toutes les conséquences attachées à la libération d’un pays colonisé. C’est au colon de décider s’il doit rester ou partir, de juger s’il est disposé ou capable de s’adapter à la nouvelle situation et ses implications. Pourquoi le colon juif installé en Palestine serait-il différent de ceux installés un siècle avant en Algérie ou ailleurs?

Il est normal que les milieux libéraux d’Europe occidentale, que des hommes comme Jean-Paul Sartre veuillent introduire des variantes sous prétexte de réalisme ou de différences de «contexte». Nous avons commencé par les raisons intellectuelles et historiques pour lesquelles ils ne veulent même pas savoir s’il y a quelque contradiction à soutenir en même temps Ho chi Minh et Moshé Dayan, qui personnalisent la libération et l’occupation coloniale. Et lorsque la Résistance Palestinienne a posé dans les faits le problème véritable, lorsque la contradiction et sa signification réelle sont devenues trop voyantes, trop flagrantes, il leur a suffi de jouer sur les mots, de parler du «problème palestinien» comme une partie, un élément accessoire de la «crise du Moyen-Orient», du «conflit israélo-arabe».

Et grâce à leur influence intellectuelle, ils ont instauré parmi nous, parmi nos cadres, les discussions interminables sur «la solution». Ce n’est pas, dit-on, aussi simple qu’au Vietnam, la Palestine n’est pas le Vietnam, et les «arabes» ne sont pas les vietnamiens, n’ont pas leur expérience, leurs forêts, etc… D’autre part, les «boys» américains n’attendent que le jour du départ, ne sont pas comme les juifs de Palestine qui ont le «dos à la mer». Enfin, les vietnamiens ne subissent ni les interventions, ni les divisions entre gouvernements et partis du Moyen-Orient. Et à partir de là, «la solution» est recherchée à travers les problèmes de la Ligue Arabe, la stratégie de l’Union Soviétique, etc… si bien que la Résistance Palestinienne devient un «élément nouveau» né de la guerre de 1967, qui change les données, qui empêche Hussein de négocier… Les cercles vicieux naissent, prennent forme, et en désespoir de cause, l’on revient insensiblement aux critères de jugement façonnés par vingt ans de conditionnement intellectuel et l’on se donne bonne conscience en s’enfermant dans l’attitude de spectateur attentif mais inquiet.

C’est pourquoi nous avons insisté sur le fait que la remise en question provoquée par la guerre de 1967 et accélérée par le développement de la Résistance Palestinienne, est encore très partielle, ne porte pas sur l’essentiel. Tant que le principe moteur n’est pas le postulat de départ, tant qu’on recherche et discute des solutions autres que celle que le principe porte en lui-même, on reste un arabe parmi les progressistes d’Europe, un progressiste d’Europe introduit dans les rangs arabes pour y entretenir le débat qui existe et doit rester dans les rang des envahisseurs. Mais ce n’est là que le côté intellectuel du problème.

b) Conséquences pratiques.

Précisons tout d’abord que l’engagement intellectuel aux côtés du peuple palestinien n’a aucun sens s’il ne se traduit pas par un minimum de participation sur le front de la propagande et du rassemblement de ressources financières, et dans l’action plus nécessaire que jamais, en vue de localiser les intérêts et activités sionistes dans le pays pour les dénoncer et les combattre. Cela pose automatiquement des «problèmes délicats de politique intérieure»! Répétons-le, le degré d’engagement aux côtés du Peuple Palestinien est directement lié, fait partie intégrante, du degré d’engagement intellectuel et pratique dans le Mouvement de Libération à l’intérieur et à l’extérieur (dans certains cas il s’agit même d’intérêts qui craignent la mainmise sioniste sur certains secteurs de l’activité économique).

Or, il se trouve que l’attachement au principe moteur de toute action patriotique de libération, qui porte en lui-même la solution et les moyens de la libération, exige dans le cas de la Palestine une conception globale, une prise de position globale à l’égard de la féodalité arabe inféodée à l’impérialisme, et dont la passivité complice a été la raison déterminante de la création d’Israël. Signaler que Hussein, lors du «Sommet Islamique», a tenté d’éviter que soit mentionné et soutenu le droit du peuple palestinien, ou qu’il a tenté d’obtenir que le délégué du peuple palestinien parle à partir des sièges réservés à la Jordanie, c’est choisir entre deux camps, deux conceptions, deux groupes d’intérêts opposés. Le camp de tous les féodaux et de tous les réactionnaires du monde arabe, qui, au lendemain de la guerre de juin 1967, faisaient de Hussein un «héros» et ont manifesté toute leur haine vis-à-vis de Nasser, s’appliquent à présenter «la crise du Moyen-Orient» comme un conflit entre Etats voisins.

Tous les efforts d’Israël tendent à entretenir la même impression, la même confusion, en multipliant les opérations aux frontières, en exigeant le principe de la négociation, ce qui permet simultanément

  • d’éviter la discussion sur l’existence d’Israël et de présenter la Résistance Palestinienne comme un épiphénomène, une action complémentaire à la guerre de position ou d’usure menée par les armées arabes officielles;
  • de justifier ses prétentions relatives aux hauteurs stratégiques et aux frontières sûres et garanties, tout en exigeant des Etats arabes voisins qu’ils se rétablissent dans le rôle de policiers du sionisme contre les palestiniens, sans quoi Israël n’aurait que faire de la reconnaissance par les Etats arabes.
  • de multiplier les actions d’éclat sur les lignes de cessez-le-feu, pour que la lutte de libération menée par le peuple palestinien, soit reléguée au second plan, couverte par «l’agression contre les Etats arabes».

Et les Etats arabes à gouvernements féodaux, continuent à jouer le jeu, à limiter leurs «ambitions» à la liquidation des «séquelles de l’agression» bien qu’elle continue, ce qui leur vaut d’être qualifiés de modérés ou de réalistes.

Tout cela ajouté aux considérations de politique internationale, aux concertations des grandes puissances, à la stratégie bien connue de l’U.R.S.S., renforcent les faits qui donnent aux hostilités toutes les apparences d’un conflit qui oppose des Etats voisins. Et de fait l’Etat d’Israël existe, est en guerre avec les Etats arabes voisins, et continue à recevoir de l’Impérialisme et du réseau sioniste international suffisamment d’armes et d’argent pour tenir tête à ses voisins. Encore faut-il tenir compte de ce que la situation actuelle est déjà radicalement différente de ce qu’elle était il y a moins de dix-huit mois, même si l’on s’en tient aux relations et rapports de force entre Etats. Quantitativement et qualitativement, le rapport des forces militaires se transforme rapidement, si l’on veut bien se rappeler que l’armée de la R.A.U., inexistante il y a deux ans, s’est progressivement et efficacement installée dans une stratégie offensive.

Mais guerre de positions ou d’usure, la libération de la Palestine n’est pas l’affaire des armées arabes officielles, ce que ni la R.A.U., ni la Syrie, l’Irak, l’Algérie, le Soudan ou la Libye ne prétendent d’ailleurs. Simultanément ni les gouvernements de ces pays, ni aucun mouvement progressiste arabe ne prétend non plus qu’il s’agit «de liquider les séquelles de l’agression», c’est-à-dire d’obtenir l’évacuation des territoires occupés en 1967 et de laisser le peuple palestinien à son destin. Ils dénoncent au contraire ceux qui le prétendent, ou parlent de «la libération des lieux saints» pour dire exactement la même chose et camoufler par la même occasion le caractère anti-impérialiste du conflit.

C’est au peuple palestinien de libérer sa patrie, y compris les lieux saints qui s’y trouvent. Le soutenir c’est d’abord lui reconnaître le droit de déterminer les moyens et méthodes de sa libération, étant entendu que la libération de la Palestine est un problème posé à chaque arabe comme devoir national et patriotique, d’où la nécessité de reconnaître au peuple palestinien chassé de son territoire, le droit de considérer chaque portion du territoire arabe comme base de préparation et d’organisation, matérielle et militaire, de la lutte. Cela suppose que le problème du lien entre la libération de la Palestine par le peuple palestinien d’une part et les relations de guerre opposant l’Etat d’Israël aux Etats arabes voisins, soit posé comme suit:

  • c’est en l’existence même de l’Etat d’Israël que consiste la véritable agression, l’agression première qui est la cause du conflit actuel (quel que soit le nom qu’on lui donne);
  • cette agression a été et continue à être une partie de la stratégie impérialiste appliquée au Moyen-Orient pour y créer et y perpétuer une situation favorable à l’exploitation des richesses pétrolières;
  • par conséquent, la libération de la Palestine suppose la disparition de l’Etat d’Israël, c’est-à-dire une lutte contre l’impérialisme à l’échelle du monde arabe.

Poser le problème en ces termes, n’est ni de l’extrémisme, ni de la modération, ni du réalisme, ni de l’idéalisme. C’est tout simplement l’objectivité élémentaire qui constate des faits indiscutables et indiscutés, qui consiste à énoncer des évidences, mais des évidences qui ne sont pas mensongères. C’est avant tout se libérer de celles qui sont attachées à la pensée néo-coloniale, et regarder les phénomènes internes au Moyen-Orient sans en retenir uniquement les aspects extérieurs et négatifs.

Nous y avons longuement insisté pour montrer que la libération de la Palestine, la libération tout court, exige d’abord la libération de la pensée, ce qui suppose au préalable une remise en question globale des conceptions fondées sur l’idéologie descriptive bourgeoise. En fin de compte, la responsabilité des cadres et leur passivité à l’égard du problème palestinien, fait partie d’une attitude globale, intellectuelle et pratique vis-à-vis du mouvement de libération en général.

Souffles, numéro spécial 15, 3e trimestre 1969